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lundi 18 janvier 2021
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Notation-Tunisie : Fitch en rajoute une couche !

Pourrait-il en être autrement au regard de la situation économique, financière, sociale, sanitaire et politique sous le joug duquel vit la Tunisie. Et le verdict des agences de notation a vite fait de tomber.  Intervenant dans le sillage de Moody’s,  Fitch Ratings a abaissé, ce lundi, la perspective du pays de stable à négative, tout en confirmant sa note  de défaut émetteur à long terme en devises étrangères (IDR) à « B ».

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La perspective négative reflète une aggravation des risques de liquidité budgétaire due à une forte détérioration des finances publiques et à l’environnement macroéconomique général provoqué par le choc de la pandémie de coronavirus, a expliqué l’agence de notation. Elle épingle aussi « un  paysage politique fragmenté et des tensions sociales bien ancrées qui font peser des risques importants sur les progrès des réformes budgétaires essentielles et pourraient compliquer les efforts visant à obtenir de nouveaux financements du FMI et de bailleurs de fonds commerciaux , bien que les autorités restent attachées aux politiques d’assainissement budgétaire et bénéficient du soutien important des créanciers officiels ».

Fitch prévoit que le déficit budgétaire se creusera pour atteindre 10,5 % du PIB en 2020, contre 3,3 % en 2019, ce qui est globalement conforme à l’objectif de la loi de finance complémentaire  et supérieur à la médiane de la catégorie « B » prévue de 7,8 %. Cela reflète une augmentation des dépenses salariales en raison des augmentations de salaires accordées dans le cadre d’un accord avec les syndicats en 2019, ainsi que des dépenses plus élevées pour lutter contre la pandémie du Covid-19, parallèlement à une baisse des recettes budgétaires due à un ralentissement économique sans précédent.

L’aggravation du déficit budgétaire reflète également l’augmentation des dépenses visant à apurer les arriérés de l’État envers les fournisseurs privés et les entreprises publiques. L’accumulation d’arriérés publics, qui n’avait pas été révélée auparavant, indique qu’une part importante des dépenses hors budget est effectuée par l’intermédiaire des entreprises publiques, ce qui met en évidence une détérioration de la gestion des finances publiques et un éventuel resserrement des liquidités budgétaires. Ces arriérés s’élèvent à 8 milliards de dinars (7,2 % du PIB de 2020) selon une déclaration de l’ancien chef du gouvernement en juin, bien qu’une certaine incertitude persiste quant à leur montant total. L’agence de notation prévoit que l’écart budgétaire se réduira à 7,1 % du PIB en 2021 (prévision « B » médiane : 7 %), ce qui est légèrement supérieur à l’objectif de 6,6 % du projet de budget pour 2021, reflétant une suppression progressive des dépenses liées à la pandémie et une lente reprise des recettes fiscales.

Les besoins de financement liés aux déficits budgétaires élevés sont importants par rapport aux ressources identifiées, tandis que les remboursements de capital dus sur la dette commerciale extérieure souveraine sont sur le point d’augmenter, souligne Fitch. Les limites de la capacité d’absorption du marché financier intérieur vont compliquer le plan des autorités visant à lever un financement intérieur net record de 8 % du PIB en 2020. En comparaison, l’encours de la dette intérieure totale s’élevait à 21 % du PIB à la fin de 2019, dont la moitié était détenue par le secteur bancaire.

Indispensable FMI !

En attendant, un arrangement sur un accord du FMI succédant au programme qui a expiré plus tôt cette année reste essentiel pour soutenir la flexibilité du financement extérieur de la Tunisie, estiment les analystes de l’agence de notation. Ils ajoutent que la chute du précédent gouvernement de coalition en juillet a contribué à retarder les négociations avec le Fonds, et disent croire savoir   qu’une reprise des discussions est maintenant en attente d’une mission au titre de l’article IV en novembre et d’un accord sur les réformes entre le gouvernement et les syndicats.

Une partie des autres prêts officiels est directement ou indirectement liée à un accord avec le FMI et tout retard supplémentaire dans la conclusion d’un accord avec le Fonds pourrait compromettre le plan de financement du gouvernement pour 2021, qui repose sur un emprunt extérieur net record de 8 % du PIB, dont 3,5 milliards de dollars (8 % du PIB) sont des émissions d’euro-obligations. La Tunisie doit faire face aux échéances de deux obligations de 500 millions de dollars US garanties par les États-Unis en 2021 et la volonté des créanciers officiels de reconduire ces garanties est incertaine.

Les projets du gouvernement de recourir pour la première fois au financement monétaire, s’ils sont mis en œuvre sans garanties institutionnelles, pourraient compromettre les progrès réalisés depuis 2018 dans le rétablissement de la stabilité macroéconomique, même s’ils permettraient de soutenir la flexibilité de financement du souverain à court terme, conformément aux politiques similaires mises en œuvre sur les marchés émergents. La banque centrale reste déterminée à préserver la stabilité des prix et la stabilité financière et a conditionné son soutien au gouvernement à une approbation parlementaire explicite et à des mécanismes de sauvegarde adéquats.

Fitch s’attend à ce que la Tunisie couvre ses besoins de financement sur la période 2020-2022 principalement par le soutien des créanciers officiels et l’émission sur le marché intérieur et, en 2020, par le financement de la BCT. Le redressement des réserves en devises, qui sont passées de 5,4 milliards de dollars à la mi-2019 à 8,4 milliards de dollars à la fin octobre, soutient la capacité du gouvernement à assurer le service de la dette extérieure. Toutefois, la capacité à faire face à tout écart important par rapport à la trajectoire budgétaire actuelle est limitée compte tenu des contraintes de plus en plus contraignantes en matière de financement.

Les prévisions de Fitch tablent sur  un accord à court terme relatif à un programme du FMI, mais la persistance d’une forte opposition sociale aux réformes budgétaires ainsi que la fragilité et l’hétérogénéité de la base de soutien du gouvernement de coalition au Parlement signifient que les risques de mise en œuvre restent élevés. Les résultats de la Tunisie dans le cadre des deux précédents accords avec le FMI ont été mitigés. Les griefs sociaux sont illustrés par des mouvements de protestation répétés, qui ont provoqué de graves perturbations dans l’extraction des hydrocarbures et des phosphates en 2020.

Niveau record de la dette publique en 2021

La dette publique  devrait reprendre son trend haussier  qui se poursuit depuis une décennie, après une baisse temporaire en 2019. Il est prévu que l’endettement public atteindra le niveau record de 89 % du PIB en 2021, bien au-dessus de la médiane « B » prévue de 70 %, contre 72,5 % en 2019.

La trajectoire de la dette est très vulnérable aux fluctuations des taux de change, étant donné la part importante de la dette en devises étrangères dans la dette totale, soit 71 % à la fin du mois de septembre. Une dépréciation supplémentaire de 10 % du dinar au-delà de l’hypothèse de Fitch  de 2021 entraînerait une augmentation de 6 % du PIB de la dette publique.

Des passifs éventuels importants provenant d’entreprises publiques financièrement faibles et du secteur bancaire font peser des risques à la hausse sur la trajectoire de la dette dans le contexte d’un choc économique grave. La dette des entreprises publiques  garantie par l’Etat est élevée, à 15 % du PIB, dont la moitié à la STEG, la compagnie d’électricité en difficulté. Les transferts vers les entreprises d’État en difficulté grèvent le budget. Le gouvernement prévoit d’avancer la restructuration d’une série d’entreprises, mais Fitch fait remarquer qu’elle n’a  pas pris en compte les coûts qui en découlent dans ses projections budgétaires, car la transparence sur les paramètres de santé des entreprises d’État est faible, explique-t-elle.

Les banques publiques représentent un tiers des actifs du secteur bancaire et présentent des indicateurs de santé financière plus faibles que leurs homologues du secteur privé. Les indicateurs de santé du secteur bancaire au sens large sont plus faibles que les médianes « B », avec une forte proportion de prêts non performants, soit 13,6 % du total des prêts à la fin juin 2020. La qualité des actifs devrait se détériorer au cours des prochains mois, bien que les mesures de politique monétaire proactives prises par la Banque centrale de Tunisie soient de nature à réduire  les pressions sur les liquidités à court terme.

Les risques de liquidité budgétaire et externe de la Tunisie sont étroitement liés, car les emprunts souverains couvriront la majeure partie des besoins de financement extérieur au cours des deux prochaines années. Fitch prévoit  que le déficit des comptes courants de la Tunisie  se réduira à un niveau encore important de 7,2 % du PIB en 2020 (prévision « B » médiane : 5,2 %), contre 8,5 % en 2019, car la chute du prix du pétrole, la forte contraction de la demande intérieure et la résilience  des envois de fonds compensent la baisse des exportations manufacturières et du tourisme. L’agence prévoit que le déficit courant s’élargira modérément pour atteindre 7,6 % du PIB en 2021 et 2022, dépassant les prévisions de la médiane « B » de 4,5 % et 3,6 %, respectivement.

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