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Où va notre Tunisie ?

Les résultats de l’enquête réalisée par SIGMA sur les intentions de vote des Tunisiens en âge de participer au scrutin (de 18 ans et plus) pour le mois de février, ont révélé un nouveau paysage politique.

C’est vrai que la date de l’enquête ( du 12 au 14 février 2013) coïncide avec une période d’ébullition politique sans précédent : le 6 ,assassinat de Chokri Belaid et annonce ,le même jour , par Jebali de son initiative de constituer un gouvernement de compétences, donnant ainsi l’impression de rompre avec l’establishment de son propre parti Ennahdha ,le 8, funérailles grandioses de Chokri Belaid , et réplique, le lendemain d’Ennahdha par une manifestation au centre de la capitale , manœuvres ,tiraillements politiques et ballet diplomatique, du lundi 11 au jeudi 14 février, au sujet du remaniement .

Les conclusions de l’enquête indiquent que le parti Ennahdha arrive en tête avec 37,7%, ce qui représente près de1.3 million de votants (plus précisément 1 290 000 voix potentielles),talonné par Nida Tounes avec 34,6%, soit 1 180 000 électeurs potentiels à la date mentionnée . Le troisième parti est le Front Populaire avec 13,3%, soit près de 460 000 voix potentielles.

Le CPR voit sa part réduite à 3,5% d’intentions de vote (120 000 voix estimées), Al Joumhouri avec 3,1% (106 000 votants potentiels à la date indiquée ), Ettakatol 1,7% (57 000 voix), Al Aridha 1.5% (53 000 voix), Al Moubadara 1,3% (44 000 voix), Al Majd 1,0 (35 000 voix) et Al Massar qui ferme la marche des 10 premiers partis en termes d’intentions de vote avec 0,6% représentant près de 22 000 votants potentiels.

La donnée principale du nouveau paysage politique est l’émergence de 3 grandes formations politiques : Ennahdha (37.7%) Nidaa (34.6%) et le front populaire (13.3%) qui totalisent à eux seuls 85.6% des suffrages potentiels . les autres partis obtiendraient des voix qui varieraient entre 3.5% (CPR) et zéro virgule pour d’autres .

-Ennahdha a l’air, donc, de se maintenir dans un score « honorable » , bien qu’elle ait été déstabilisée par la crise gouvernementale ,le cautionnement sans nuance de la violence et les dissensions internes . D’ailleurs, elle maintient ce taux inchangeable (autour de 37.5%), depuis les premières enquêtes par sondages réalisées après la révolution en mars 2011.Est-ce là le signe que les adeptes du parti islamiste se soucient peu de son bilan d’exercice? Est-ce que ce corps électoral est si homogène et monocolore que même d’aussi profonds déboires politiques ne parviennent à la dissocier de son électorat ?

– Le front populaire s’installe confortablement dans la 3ème position .Il aura ainsi le précieux statut d’arbitre, tant les deux autres forces en présence auront inévitablement besoin de son concours pour former, le cas échéant, une majorité viable .Pour se maintenir et encore se développer, le front populaire aura à travailler sur 2 registres porteurs : défendre le projet de société moderniste et ne

pas en laisser le monopole à Nidaa Tounès , et , dans le même temps, prôner une politique de rupture avec le passé et établir des règles de redevabilité à l’égard de l’ancien régime pour empêcher Ennahdha de gérer ce dossier unilatéralement . Ce programme à double volet peut être un des points forts du front populaire, et lui permettra de valoriser son apport dans ces dossiers vis-à-vis des 2 grands partenaires. Or le Front populaire, meurtri par la perte de Chokri Belaid , et alourdi par les contraintes du moment, risque de rater cet élan .

-Les 3 principaux partis (Ennahdha , Nidaa et le Front populaire ) ont des points d’appui régionaux très différents : car, au moment où Nida Tounes est le premier parti dans le Grand Tunis, au Nord-est et surtout au Sahel, Ennahdha est le parti leader, dans les régions ouest et sud du pays dont Sfax ,avec des pics dans le Sud – est (Gabès, Médenine et Tataouine) . Les électeurs potentiels du front populaires, eux, on les retrouve plus qu’ailleurs dans les régions Nord-ouest et le Centre-ouest.

Ce faisant, le comportement électoral peut s’inscrire dans la continuité de celui général du Tunisien qui a donné un relief bien spécifique à la géographie de la contestation et de la violence dans des régions, pour en épargner d’autres .Or, la conjonction de cette double cartographie( celle électorale ,et celle de la rue ) peut donner lieu à des cassures irréparables dans la société tunisienne. Ce qui commande une grande prudence aux politiciens.

-Les femmes ont leur mot à dire. Et malgré la parité toute artificielle, imposée par la force de la loi, lors des dernières élections, et qui a conféré à Ennahdha une réelle prédominance féminine à l’ANC ,le profil type des votants Ennahdha est dominé par les hommes (41% d’intentions de vote contre 33% pour les femmes). Les votants potentiels de Nida Tounes sont constitués de plus de femmes (37,5% contre 32,4% des hommes).Quant à l’électorat potentiel du Front Populaire, il est formé d’un peu plus de femmes (14,5%) que d’hommes (12,6%).

-Les classes sociales et les âges constituent également une autre démarcation entre les 3 partis : car, au moment où Ennahdha recrute chez les classes populaires (43% d’entre eux voteraient Ennahdha contre 35,7% des classes moyennes ) et chez les ruraux (41%) plus que chez les urbains (36,7%), la tranche d’âge des moins de 45 ans est plus représentée dans l’électorat potentiel d’Ennahdha (42% des 30-44 ans voteraient Ennahdha). Pour le Nida, Il s’agit d’un électorat plutôt urbain (36,7% contre 27,9% de ruraux), âgé de plus de 45 ans avec un pic de 48% chez les 60 ans et plus. On retrouve l’électorat de Nida Tounes davantage dans les classes moyennes (36,3% contre 30% dans les classes populaires). L’électorat potentiel du Front Populaire se recrute plus dans les zones rurales (15,3%), avec deux tranches d’âge extrêmes : les moins de 30 ans (17,6%) et les plus de 60 ans (16%). Très faible dans la classe aisée, il est davantage présent dans les classes moyennes et populaires.

-Les abstentionnistes potentiels sont très nombreux. Leur taux a été mesuré potentiellement à travers celui des sondés qui ne se sont pas exprimés. Il est de l’ordre de 54%, contre un taux d’abstention, lors des élections du 23 octobre 2011, de 50,5% . Pour ce qui est de leur structure , ils sont plus femmes (58%) qu’hommes (50%), très présents dans la région du Nord-ouest (66,7%) et le Centre-ouest (64,5%). Il s’agit aussi de plus de ruraux (60,9%) que d’urbains (51,5%). Les plus de 60 ans seraient à hauteur de 66% abstentionnistes et de près de 63,8% des classes populaires..

Ces conclusions portent des éléments pertinents, et préfigurent peut-être des tendances lourdes du comportement du tunisien .Aux politiciens de les méditer s’ils cherchent la stabilité , l’unité du tissu social et l’harmonie régionale du pays .

Aboussaoud Hmidi

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