AccueilLa UNEQuand le coronavirus et l’exode font la paire selon le Washington Post

Quand le coronavirus et l’exode font la paire selon le Washington Post

En cette année 2020, la Tunisie a eu à pâtir-et le demeure- de deux vagues dont la subsidiarité n’est plus à prouver, le coronavirus et l’exode vers les côtes italiennes.

Une conjonction qui a un retentissement certes national mais qui arrive à intéresser l’un des journaux les plus influents dans le monde, à savoir le Washington Post qui note dans un article daté du 24 septembre courant que « les retombées économiques de la pandémie de coronavirus poussent des milliers de Tunisiens à faire le périlleux voyage en Méditerranée à la recherche de meilleures conditions de vie, la plus grande vague en près d’une décennie atteignant les côtes italiennes ». Un constat qui en appelle un autre quelque peu mitigé où il est estimé que « le strict confinement imposé par la Tunisie en mars a largement réussi à contenir l’épidémie, mais les mesures prises ont dévasté l’économie du pays, déjà en difficulté ».

En fait, au cours des huit premiers mois de cette année, près de 8 000 Tunisiens ont traversé la Méditerranée pour rejoindre l’Italie, soit six fois plus que l’année dernière, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, et les Tunisiens sont désormais de loin la plus grande nationalité qui arrive en Italie. En moyenne, deux bateaux de migrants quittent la ville côtière de Zarzis chaque soir pendant l’été à destination de l’île italienne de Lampedusa, selon les pêcheurs locaux, cités par le WP.

Dans l’ensemble, les arrivées par mer en Italie cette année, toutes nationalités confondues – environ 20 000 personnes au mois dernier – sont bien inférieures aux centaines de milliers enregistrées en 2016 et 2017, selon les Nations unies.

Néanmoins, les experts affirment que l’afflux de migrants tunisiens est probablement le signe avant-coureur d’une nouvelle vague, car le coronavirus affecte de plus en plus les moyens de subsistance dans les pays en développement.

« A moyen terme, je pense qu’on peut supposer sans contredit qu’il y aura davantage de pression sur le front migratoire vers l’Europe », a déclaré Olivia Sundberg Diez, analyste politique à l’European Policy Centre, un groupe de réflexion à Bruxelles.

D’autant que l’obtention d’un visa pour l’Europe est coûteuse et difficile pour la plupart des Tunisiens. Pendant des années, ils ont eu recours à des traversées dangereuses de la Méditerranée, connues sous le nom de « harraga » ou « brûlage » à travers l’Afrique du Nord, car les migrants « brûlent » les frontières à la recherche d’une vie meilleure en Europe.

Au printemps, les frontières ont été fermées pour la première fois en raison du confinement, et la migration clandestine vers l’Europe a pratiquement cessé. Mais après la levée des restrictions, plus de 4 000 Tunisiens ont traversé la frontière italienne rien qu’en juillet, selon les Nations unies. Les Tunisiens ont représenté environ deux cinquièmes de toutes les arrivées par mer cette année, une proportion qui, selon les experts en migration, est inhabituellement importante.

Tensions diplomatiques entre Rome et Tunis

Cet afflux a suscité l’inquiétude dans le sud de l’Italie et a accentué les tensions diplomatiques entre l’Italie et la Tunisie. Certains Italiens d’extrême droite ont entretenu la crainte que les migrants apportent le coronavirus dans le pays, malgré les déclarations des fonctionnaires italiens selon lesquelles les migrants irréguliers représentent un faible pourcentage des cas importés.

Lorsque des cas ont été signalés pour la première fois en Tunisie en mars, les autorités ont réagi rapidement, fermant les frontières extérieures et la plupart des entreprises, imposant un couvre-feu strict et interdisant les voyages entre les régions. Ces mesures ont porté leurs fruits. Au moment de la réouverture des frontières en juin, la Tunisie n’avait enregistré que 1 064 cas et 50 décès, rappelle le Washington Post.

Mais les mesures de confinement ont encore endommagé une économie déjà affectée par un chômage élevé, une baisse du pouvoir d’achat et de fortes inégalités. La plupart des Tunisiens ne peuvent pas travailler à domicile et ont donc été particulièrement touchés. « Ces fermetures ont des effets très différents dans les pays en développement et dans les pays développés, où il est plus facile de travailler à domicile et où davantage de personnes sont officiellement employées », a déclaré Max Gallien, chercheur en économie politique à l’université du Sussex.

Le tourisme, vital pour l’économie du pays, s’est tari, les recettes touristiques ayant chuté de 61 % en août, selon les statistiques de la Banque centrale de Tunisie. Et à cause du coronavirus, l’économie du pays devrait se contracter de 4,3 % en 2020, selon les projections du Fonds monétaire international, ce qui représente la plus grande récession depuis que la Tunisie a obtenu son indépendance de la France en 1956.

L’instabilité politique a, quant à elle, exacerbé la crise. Le ci-devant chef du gouvernement Elyes Fakhfakh a démissionné en juillet, suite à des allégations de corruption, laissant la Tunisie sans gouvernement à un moment critique et entachant encore plus la confiance du public.

L’Italie, rien qu’une porte d’entrée !

La plupart des Tunisiens qui font le voyage vers l’Italie, espèrent se retrouver en France. Mais dans le cadre du système d’asile de l’Union européenne, le pays où débarque un migrant est responsable du traitement de sa demande d’asile ou de son retour. Mercredi, l’Union européenne a proposé de revoir son système afin d’accélérer les expulsions et de permettre une répartition plus équitable des demandeurs d’asile entre les pays européens.

Le ministre italien des Affaires étrangères, Luigi Di Maio, a déclaré à plusieurs reprises que l’Italie considère la Tunisie comme un pays sûr et qu’elle renverra tous les Tunisiens qui entrent illégalement sur son territoire. Fin juillet, Di Maio a menacé de suspendre l’aide au développement de la Tunisie jusqu’à ce que les autorités se mettent d’accord sur un plan visant à endiguer l’exode. Les autorités italiennes et européennes se sont rendues à Tunis en août pour discuter de la question avec le président tunisien Kais Saied.

L’Italie a promis à la Tunisie 13 millions de dollars pour des mesures de contrôle aux frontières. L’Union européenne, quant à elle, va prolonger de 20 mois un programme de gestion des frontières existant avec la Tunisie, et 11,8 millions de dollars, a confirmé Hichem Dhahri, un porte-parole de la délégation de l’Union européenne en Tunisie. Saied a qualifié d’insuffisante une approche de la migration axée sur la sécurité et a souligné que la Tunisie doit générer des emplois et du développement.

Ces dernières semaines, les cas de coronavirus en Tunisie ont augmenté en flèche. Mais il y a un large consensus sur le fait que le pays ne peut pas se permettre un nouveau confinement, conclut le Washington Post.

Traduction AM

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