Que celui qui y comprend quelque chose lève le doigt !

Que celui qui y comprend quelque chose lève le doigt !

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Economiquement, tout le monde, intramuros et extramuros, est d’accord pour dire que rien ne va plus. La devise tunisienne est à la dérive. Les déficits jumeaux (commercial et budgétaire) se creusent. L’inflation repart à la hausse. Les prix aussi, et dans des secteurs où la mévente dépasse parfois les 20 %. De l’investissement, IDE et local, il ne reste que les bonnes intentions. La dette tunisienne atteint des niveaux historiques et place la Tunisie à la 74ème position sur 137. Les taux d’intérêts bancaires deviennent prohibitifs et la BCT n’en finit plus de relever son taux directeur… Et pourtant !

Les banques tunisiennes, supposées malades et en mal de ressources, font toujours plus de bénéfices. Les super et hypermarchés font encore plus de bénéfices d’année en année. Les franchises explosent comme des champignons dans un tissu entrepreneurial de plus en plus commercial. C’est que le Tunisien achète et ne se prive de rien, même pas des augmentations salariales qui deviennent récurrentes, dépassent tous les plafonds mondiaux, dans un pays où l’indice de production industrielle baissait encore de 0,5 % au cours du 4ème trimestre 2018.

A croire que la Tunisie ne connait point de crise. A croire que BCT, FMI, BM et tutti quanti se trompent et que la Tunisie va bien, alors que le chômage refuse de tomber sous 15 % et que 40 % des jeunes travaillent dans le secteur parallèle et où ils gagnent nettement plus que s’ils étaient dans un secteur organisé, fortement éprouvé par les grèves et les mouvements sociaux incessants.

Sur le plan de la sécurité, le chef du gouvernement assure avoir «pu maitriser la menace terroriste». Les prolongations de l’Etat d’urgence se succèdent pourtant, jusqu’à presqu’à faire du mandat de Béji Caïed Essebssi celui de l’état d’urgence. Cela, sans dire que ces relances sont effectivement justifiées par la menace terroriste, mais cette fois née d’un déplacement sur terre tunisienne du terrorisme islamique et du retour des terroristes tunisiens des foyens de tension à l’étranger. Et pourtant. Le tourisme se remet en marche et René Trabelsi est plus que confiant et se projette aisément dans l’avenir.

  • Tous sont d’accord sur le fait qu’il n’y pas mieux que leurs propres personnes

Politiquement, la Tunisie aborde ses secondes élections, présidentielle et législatives, toujours sans Cour Constitutionnelle. Après 8 ans de révolution, la Tunisie compte 216 partis politiques, tous remplis d’égos surdimensionnés et qui cuisinent encore, à quelques mois des élections, d’improbables coalitions.

Les deux partis au pouvoir sont en bisbilles, depuis la fin de l’entente BCE-Ghannouchi. L’islamiste (Ennahdha), fortement organisé, se prépare fébrilement, et bien qu’ébranlé par les dernières révélations sur son appareil secret en lien avec les assassinats politiques en Tunisie, pour les prochaines élections. Le civil (Nidaa Tounes) est dispersé entre père (BCE), fils (HCE) et fils prodige (YC) et n’arrive toujours pas à faire son congrès constitutif. Le chef du gouvernement, troisième tête tout aussi impotente que les deux autres (BCE et l’ARP), siège toujours à La Kasbah sous les feux croisés de toute l’opposition et même des partenaires, qui l’accusent, à cause de son travail au gouvernement, de faire sa propre campagne par les quelques réalisations qu’on le laisse quelques fois concrétiser.

Youssef Chahed reste comme une ombre de Tahia Tounes. Il en est l’image, le porte-drapeau, mais n’apparait nullement dans l’image sur la scène politique tunisienne et nul ne sait s’il sera candidat et à quelle partie de l’Exécutif à naitre des prochaines élections.

D’anciennes forces politiques, comme Afek, se disloquent. D’autres comme la Moubadara de Kamel Morjane renaissent à peine, alors que les Destouriens cherchent encore et essaient de faire d’Abir Moussi la Superwoman des prochaines élections.

Ailleurs, anciens et nouveaux visages politiques dissertent, se concertent et convergent. En attendant, les starting-blocks pour les présidentielles se garnissent chaque jour un peu plus. Le dernier est le banquier du Front Populaire et président de la commission des finances à l’ARP, Mongi Rahoui. Une candidature qui divise déjà les rangs de son parti. Et pourtant tous font comme si tout allait bien dans le pays de la révolution du Jasmin. Ce dernier flétrit et puerait presque. Tous s’auto-vaporisent, pour l’instant, des parfums de leurs propres réussite ou de celles des défaites de leurs adversaires.

  • Economie, l’oubliée de la politique tunisienne

En attendant les députés font comme si tout était normal dans le pays et comme s’il n’y avait ni crise économique, ni crise financière. Ils bloquent, ou oublient de s’occuper, de toutes les réformes qui pourraient permettre à l’économie de leur pays de rebondir. En attendant, enfin, tous les sondages mettent en garde contre le taux d’absentéisme électoral. Un taux qui plonge encore plus la Tunisie dans l’incertitude politique et électorale.

On ne finira pas sans attirer l’attention sur le fait que les élections se déroulant entre octobre et novembre 2018, tous, dont les actuels membres de l’ARP, devraient ainsi rentrer bien avant ces dates en campagne électorale. Qui s’occupera alors du budget et de la loi de finances 2020. Et si BCE et Chahed se déclaraient candidat, qui dirigera alors Etat et gouvernement et qui s‘occupera d’autre chose que sa propre campagne et celle de son parti politique ?

La même Tunisie attend au moins deux déblocages de tranches (dont une en retard depuis 2018) de «l’Extended Fund Facility» du FMI. Ce dernier attend que la Tunisie en remplisse les dernières conditions. Ces dernières doivent être concrétisées en lois et mesures gouvernementales. Qui s’en occupera lorsque tout le monde n’aura en tête que le résultat des prochaines élections ? Les réunions du printemps, du FMI et de la Banque Mondiale, sont pour dans quelques semaines. Qu’a-t-on préparé pour assurer la continuité de l’assistance internationale ? Il faudra aussi convaincre le FMI et le reste des bailleurs de fonds que le prochain gouvernement donnera les mêmes garanties que l’actuel, pour garantir la continuité de l’aide internationale. Bon courage pour simplement payer les salaires et importer nos besoins sans aides internationales !

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