AccueilLa UNETunis : Après l’apostasie, les accusations et les menaces, le 2ème ...

Tunis : Après l’apostasie, les accusations et les menaces, le 2ème meurtre politique de la Révolution.

La Tunisie, dite de la révolution du Jasmin, s’était réveillée, ce mercredi 6 février 2013, sur l’odeur fétide de la mort dans le nez, la peur dans le ventre et la gorge nouée face à ce à quoi sa Révolution avait abouti : le meurtre. Jamais, pendant les 50 ans de son histoire récente, les querelles politiques n’avaient autant dégénéré. Ben Ali, aussi dictateur et aussi tortionnaire qu’il fût, n’avait jamais osé franchir ce Rubicon, celui du meurtre, prémédité et de sang froid, tel que la Tunisie d’Ennahdha venait de le découvrir en cette journée de deuil. Deuil de la démocratie, deuil de l’islamisme et deuil d’un modèle de société qu’Ennahdha et tous ses satellites politiques essaient vainement d’instaurer en Tunisie, depuis les élections d’octobre 2011.

– Un assassinat qui marque la montée en puissance de la violence politique.

L’assassinat de Chokri Belaïd, comme l’a signalé à juste titre le ministre Samir Dilou, est à forte consonance politique. Il n’est pas le premier. Bien avant, le militant de Gauche qu’était Chokri Belaïd, la Tunisie avait était traumatisée par le meurtre politique de Lotfi Nagdh de Nida Tounes. Son caractère, peut-être, moins évidemment prémédité, l’avait presque fait oublier par la classe politique tunisienne, le classant dans la case de la simple violence politique que tout le monde condamne, sans oser dénoncer. Certains élus de l’ANC avaient même publiquement essayé de l’élever à la magnificence de l’acte révolutionnaire. Mieux, le Conseil de la Choura d’Ennahdha avait même osé demander l’acquittement des accusés de l’assassinat de Lotfi Nagdh.

Avec Chokri Belaïd, c’est un nouveau palier que franchit la violence politique dans la Tunisie d’Ennahdha. Ce nouveau meurtre marquera, on s’en doute, un virage important de la période de transition politique que vit la Tunisie de l’après Ben Ali. Les querelles politiques et les différences idéologiques, viennent ainsi de dépasser le stade des accusations d’apostasie, des menaces verbales, d’agressions physiques, d’incendies des locaux des partis et d’assauts des meetings. Le refus de l’acceptation de la différence, politique et idéologique de l’autre, vient de monter d’un cran vers l’élimination physique pure et simple.

– Un meurtre, hautement politique, né du bras de fer idéologique.

L’assassinat de Chokri Belaïd est, à plus d’un titre, symptomatique de la fin d’une époque. Cet avocat, a, en effet, été membre de la haute instance de protection des objectifs de la révolution. En l’exécutant, ses assassins, essaient de planter un clou dans le cercueil de la révolution et enfoncer un pieu dans l’élan premier de la révolution. Un élan qui n’avait pas été encore pollué par les calculs politiciens.

L’assassinat de cet illustre dirigeant de la Gauche tunisienne, avec Hamma Hammami, intervient aussi, à un moment critique du développement de l’opposition d’Ennahdha vers des fronts, politiques et électoraux. Son meurtre pourrait ainsi constituer un message sanglant destiné à l’opposition, diverses fois accusée d’être derrière les mouvements populaires qui empêcheraient la Troïka de gouverner à sa guise. Le premier signe de ce genre, avait été reçu par Nida Tounes, le premier adversaire politique d’Ennahdha. Loin de nous cependant l’idée de pointer du doigt un quelconque parti. La justice dira son dernier mot. Mais, les meurtriers de Nagdh courent toujours !

Ce deuxième meurtre politique intervient aussi dans un contexte où les luttes pour le pouvoir, sont purement idéologiques et n’ont aucun lien avec un quelconque programme, surtout économique. Le combat, en Tunisie, est, depuis le 21 octobre 2011, un combat entre les forces religieuses et les forces laïques en Tunisie. C’est, donc, un combat hautement politique et de société. A ne point en douter, Chokri Belaïd était devenu, au fil des plateaux TV, une icône du laïcisme et le défenseur d’un modèle de société aux antipodes de celui d’Ennahdha et de ses ailes dures.

– Un geste attendu, presque comme un «pousse au crime» !

L’assassinat de Chokri Belaïd est, par ailleurs, un acte presqu’attendu. Les luttes politiques dans la Tunisie de l’après Ben Ali, se faisaient par les discours, sur les plateaux TV, sur les ondes des radios les plus populaires et dans l’arène de l’ANC dont les débats sont transmis par les TV de la place et fortement suivis par tous les journaux .

Sur tous ces supports et après une campagne similaire engagée contre Nida Tounes, Chokri Belaïd a été accusé, parfois nommément, d’être l’instigateur de tout ce qui pouvait nuire au gouvernement de la Troïka et d’Ennahdha. Ces accusations avaient certainement fini par enflammer tous ceux qui se prennent pour les protecteurs de la révolution et son bras armé, contre tout ce qui pourrait empêcher la réalisation de ses objectifs, non laïcs, revanchards et révolutionnaire au sens complètement destructeur de tout ce qui est considéré comme les restes du régime de Ben Ali.

Sans le vouloir, peut-être, tous ceux qui ont accusé et vilipendé Chokri Belaïd, ont poussé ses assassins à passer à l’acte, croyant faire ce qu’Ennahdha, parti politique, ne pouvait faire sans se compromettre et compromettre tous les desseins, les siens et ceux de tous ceux qui comptaient sur elle pour arriver à leurs propres fins. La pousse au crime a fini par fonctionner !

Reste à souhaiter que le meurtre de Chokri Belaïd serve de leçon à tous les apprentis sorciers de la politique en Tunisie et qu’ils s’arrêtent, avant de franchir la ligne rouge de la violence politique, comme l’avait appelé Chokri Belaïd, dans sa dernière conférence de presse date.

Khaled Boumiza.

- Publicité-

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Réseaux Sociaux

108,654FansJ'aime
480,852SuiveursSuivre
5,135SuiveursSuivre
624AbonnésS'abonner
- Publicité -