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Tunis : Des chiffres et pas de lettres, ou comment gaspiller de l’argent dans un pays endetté.

En décembre 2010, un vendeur ambulant s’immolait par le feu, à Sidi Bouzid, poussé, nous dit-on, par le besoin et le chômage après que des agents municipaux lui ont confisqué sa marchandise. En mars 2013, un vendeur ambulant s’immolait par le feu, cette fois, en plein centre de la capitale tunisienne, mais pour les mêmes raisons que le premier. Ce parallèle permettrait presque d’affirmer que rien n’a changé entre 2011 et 2013 et que les mêmes causes produisent les mêmes effets dans la Tunisie d’Ennahdha.

La dette, interne et externe, de la Tunisie dépasse maintenant les 48 % de son produit intérieur brut (PIB). Aux deux tiers, c’est-à-dire à presque 66 %, cette dette est en devises. L’indice de la production industrielle n’est que de 2,1 % pour toute l’année 2012, contre un indice de 7,8 %, en 2010 et un indice négatif de 3,8 %, en 2011. Le pays s’endette donc beaucoup et travaille très peu.

L’indice des prix de vente industriels, pour l’unique mois de janvier 2013, est en hausse de 4 %, comparé au même mois de 2011. L’inflation est à 5,9 %, en janvier dernier. Calculée sur la base de l’enquête de consommation de 2005, son chiffre reste quelque peu fiable et l’ODC la place déjà à 10 % au moins. Entre exportation et importation, la Tunisie a enregistré, en février dernier, un déficit de 1,538 milliard DT. Les prix volent partout et le kilo de viande ovine se négocie désormais à plus de 20 DT. Les causes principales de cette hausse des prix, restent l’envolée des prix des intrants industriels, les prix du carburant et la contrebande des produits agricoles tunisiens vers la Libye notamment et surtout la déstructuration des circuits traditionnels de vente qui permettent désormais à l’agriculteur d’éviter les marchés de gros et de vendre au prix qui est le sien. Il faut enfin ajouter à ce sombre tableau de l’économie tunisienne de l’après Ben Ali, le taux à deux chiffres du chômage qui avoisine les 19 %, compte non tenu de l’annonce de la création de 100 mille emplois par le ministre Maatar, que tous les professionnels et les économistes remettent en cause.

En face, chez ceux qui gouvernent la Tunisie, la situation est totalement différente. L’opacité est totale chez les partis politiques qui dépensent sans compter pour leurs meetings et leur communication et, pour certains, pour leurs milices. Il est donc encore impossible de savoir ce que ces personnes dépensent dans un pays qui s’appauvrit. Pour le reste, la présidence de la République, le chef du Gouvernement et les députés, les chiffres sont disponibles. Ils démontrent que les gouvernants d’un pays criblé de dette, qui ne produit presque rien et n’aime travailler que dans la fonction publique, vivent bien au-dessus du niveau de ceux qui leur ont donné le pouvoir. Des niveaux de vie, scandaleux et une richesse insolente. Jugez-en :

– 950 mille DT pour ses frais de bouche et 30 mille DT à vie.

Au Palais de Carthage, c’est un homme de gauche, ancien médecin des hôpitaux publics et ancien réfugié en France, qui s’accorde 30.000 DT de salaire… à vie, qui reconduisait en 2012, les mêmes frais de costume que Ben Ali, c’est-à-dire 1,450 MDT. Il augmente même ses frais de bouche (nourriture), de 700 mille DT à 950 mille DT par an. Cela fait une dépense de nourriture pour Moncef Marzouki et sa suite, de 2,602 mille DT. Il s’accordait, l’année dernière, 2,8 MDT pour ses frais de réception, augmente ses frais d’hébergement des 5 MDT que prenait Ben Ali, à 3,7 MDT pour Marzouki et 2,525 MDT pour ses frais de carburant. Tout cela pourrait paraître «normal» pour une institution représentative d’un Etat.

A ce même président, sans grandes prérogatives et qui passe une grande partie de son temps sur les réseaux sociaux, on accordait même la possibilité de faire sa propre promotion par l’argent public. Le budget de la présidence, en 2012, comportait 150.000 DT à donner en aides (a qui ?), 1,205 MDT à dépenser sus la rubrique floue de «intervention à caractère général », 630.000 DT à dépenser sous le libellé de «interventions à caractère social » et même 110.000 DT à donner sous la forme de Prix divers !

Tout cela devient, pourtant, presqu’insultant, pour un Etat où la misère augmente, où le chômage se généraliserait presque, où le Smig dépasse à peine les 300 DT, qui s’endette pour payer les salaires de ses fonctionnaires qui augmentent comme une armée de généraux et où des régions entières crient la misère et le sous-développement.

– 30.000 DT à vie et des dépenses de gestion de 111 MDT.

C’est dans ce même pays et dans ces mêmes conjonctures, que l’ancien chef du Gouvernement démissionnaire, s’accorde, tout comme celui qui lui succède, un salaire mensuel ad vitam æternam, de 30.000 DT, que la présidence du gouvernement s’accordait, à elle seule, un budget de 111 MDT, en hausse par rapport au cabinet Caïed Essebssi de 1,217 MDT. Un cabinet où les salaires (en dehors de ceux du personnel titulaire du Premier ministère) dépassent les 83 MDT, en hausse de plus de 1 MDT pour que Jbali puisse se payer 4 chefs de cabinet supplémentaires de ses ministres dont le nombre avait explosé par les innombrables conseillers ayant rang de ministre. Une présidence de gouvernement qui a consommé pour 250 mille DT, rien qu’en téléphonie et plus de 1 MDT en bons d’essence pour ceux qui ont des fonctions administratives, 170 mille DT pour que ces Messieurs du gouvernement puissent recevoir et 805 mille DT (Plus de 3 fois ce que le gouvernement de Ben Ali avait prévu !) pour qu’ils puissent se déplacer à l’extérieur. Un gouvernement qui n’a rien réussi, ni en politique ni en économie, de l’aveu même de son chef qui a fini par rendre le tablier, et non le salaire.

– Une ANC qui mange pour 200 mille DT, pour un taux de présence ne dépassant pas les 44 %.

C’est ce même pays, la Tunisie de l’après Ben Ali et, dans cette même conjoncture économique et sociale où tout le monde veut et est payé sans travailler, que le président de l’Assemblée Constituante est payé 8.000 DT par mois, plus que ce que recevait Béji Caïed Essebssi lorsqu’il était premier ministre, que sa remplaçante qui préside plus de séance que lui, se fait payer en euros et non en dinars tunisiens. Une ANC, selon les chiffres d’un expert, qui a consommé pour 150.000 DT, rien qu’en frais de carburant, 100.000 DT pour les frais de voyages à l’étranger, 100.000 DT pour les frais de réception qu’on ne voit nulle part et 200.000 DT pour les frais de restauration et de logement, tout en sachant que la prime de chaque député comprend un volet logement. Des députés, selon la présidente de l’Association Bawsala (Boussole), dont le taux de présence à l’ANC, entre le 17 janvier et le 25 février de l’année 2013, n’a pas dépassé les 44 %. Une ANC qui n’a jamais pu réunir la totalité de ses 217 membres dans une seule réunion, même lors du jour de la prestation de serment , une ANC où le quorum n’a jamais pu dépasser les 109 membres. Une ANC où le salaire journalier de chaque membre représente le Smig. Tout cela, sans encore arriver à faire ce pour quoi ils ont été élus, l’écriture de la constitution et encore moins la loi électorale ou toute autre haute institution, nécessaires pour terminer cette période transitoire. Les mauvaises langues disent qu’ils ne pensent qu’à étirer leur mandat dans le temps pour s’assurer une confortable retraite de député.

Ainsi, le gâchis n’est pas que politique, mais éminemment financier, pour un peuple qui n’arrête pas de s’endetter, non pour faire des projets, mais surtout pour se payer des salaires, des voyages et des bons d’essence.

Khaled Boumiza.

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