AccueilLa UNETunis : La BCT, comme une chatte sur un toit brûlant !

Tunis : La BCT, comme une chatte sur un toit brûlant !

Réuni la semaine dernière, le Conseil d’administration de la Banque Centrale de Tunisie a pris au moins 3 décisions importantes. Certains diront qu’elles sont courageuses et pourraient, peut-être, participer à sauver les meubles, notamment du côté du déficit commercial. D’autres diront qu’elles ne feront que rendre le crédit et donc l’investissement difficiles. La BCT a, en effet, décidé de relever le taux d’intérêt directeur de la Banque centrale de 25 points de base pour le porter à 4%, de déplafonner le taux de rémunération des dépôts à terme, de relever le taux minimum de rémunération de l’épargne et enfin de revoir les mesures prises, en octobre 2012, portant sur la rationalisation des crédits à la consommation afin d’y introduire plus de souplesse à travers la réduction du taux de la réserve obligatoire y afférent. Ce qui est sûr, c’est que ces mesures, si elles ne font pas date, feront polémique. Cette dernière commencera, le jour du poisson d’avril, par la conférence de presse de la BCT qui compte s’en expliquer.

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– Un coup d’épée dans l’eau

Présentées comme des mesures devant in fine combattre l’inflation et juguler la hausse du déficit commercial, ces mesures sont loin de faire l’unanimité, bien qu’elles soient quelque part attendues même. «Un coup d’épée dans l’eau et sans aucune portée», nous dira un expert financier qui préférera garder l’anonymat, de l’augmentation d’un quart de point du taux directeur. «Le marché monétaire qui était, à fin mars, à 4,25 %, dépassait déjà cette majoration, et la BCT n’aura ainsi fait que suivre», précise-t-il encore. Pour l’expert financier, cette mesure ne contribuera pas, non plus, à juguler l’inflation, «car le taux d’intérêt réel (la différence entre le taux nominal qui est de 4,25% et l’inflation qui est de 6 %), demeure largement négatif et ne couvre donc même pas l’inflation.

Notre interlocuteur ira jusqu’à nous dire qu’actuellement, un crédit bancaire à TMM+2 est un crédit avantageux puisqu’il est presque avec une valeur nulle, car il couvre juste les 6 % d’inflation, et que, ’au TMM+1, comme pourraient l’avoir certaines entreprises, c’est même un crédit subventionné par le système financier. Cela serait donc de nature plus à encourager à la consommation qu’à la décourager. Cette petite majoration du taux directeur et donc du TMM et qui laisse le taux d’intérêt négatif par rapport à l’inflation, «a un effet désastreux sur la consommation qui galope face à une production qui stagne, un effet largement négatif sur les importations, et cela lutte contre la progression des exportations », ajoute notre expert qui estime que cette hausse du TMM ne fera que maintenir artificiellement le dinar tunisien à un niveau élevé. Cela serait de nature à bloquer la croissance des exportations, à augmenter le coût des importations, et cela n’arrangera donc pas les affaires du déficit commercial qui dépasse déjà les 11 milliards DT.

La mesure de la majoration du taux directeur et partant du TMM, aura, par contre, les banques comme seules bénéficiaires. Les dépôts à vue qui ne sont pas rémunérés, rapportent aux banques au moins le TMM en revenus. Lorsque le TMM augmente, les revenus des banques augmentent aussi.

D’autres diront que cette hausse de 25 points de base, pourrait aussi renchérir le coup du crédit et représenter ainsi un handicap pour l’investissement. Il est pourtant clair que la décision d’investir n’obéit actuellement pas à de simples considérations financières, mais plutôt à des considérations politiques et sécuritaires.

– Pourquoi déplafonner alors que le marché est presqu’à sec ?

Nos deux interlocuteurs considèrent, certes, que la mesure est positive. Ils insistent, cependant, pour dire qu’elle est trop timide jusqu’à en perdre tout impact. Cette mesure aurait pu être plus positive, si l’augmentation du taux directeur et donc du TMM, avait été plus importante. Cela n’aurait pas été une nouveauté, puisque le TMM avait même frôlé les 6 %, en janvier 2003, et s’était stabilisé entre 5 % et 4,75 %, depuis 2004.

Il semblerait, cependant, selon certaines autres sources, que l’existence, à l’intérieur du Conseil d’administration de la BCT, d’hommes d’affaires influents, constituerait jusqu’à présent un frein au réajustement réel des taux d’intérêt et donc à la lutte contre l’inflation.

La seconde décision de la BCT fait plus polémique. Il s’agit, en effet, du déplafonnement de la rémunération des dépôts à terme, qui devrait, en effet, augmenter le coût des ressources des banques. Ces dernières, rappelons-le, fonctionnent avec les dépôts des clients. Ces derniers sont de plusieurs types. Seuls les dépôts à terme et l’épargne sont rémunérés.

Ce déplafonnement intervient dans une conjoncture caractérisée par le resserrement de la liquidité bancaire et qui devrait ainsi enflammer la course au placement chez le mieux-disant et exacerber la concurrence entre les banques. Et comme tout ce qui s’achète cher se vend généralement encore plus cher, le crédit, tant aux entreprises qu’aux particuliers, devrait ainsi devenir plus cher. Le risque d’une hausse du prix de l’argent, au-delà même de la réalité du marché, devient ainsi plus grand. Une course aux ressources qui affectera aussi le coût de gestion des banques tunisiennes et pèsera ainsi sur leurs bénéfices.

La mesure de la BCT pose en tout cas la question de savoir pourquoi avoir choisi ce timing et pourquoi avoir choisi de livrer le système bancaire tunisien à la voracité des placeurs d’argent, si elle avait réellement la capacité de subvenir à aux besoins de refinancement des banques en liquidité ? La question aussi de savoir si c’est le début de la libéralisation des taux d’intérêts ? La question enfin de savoir pourquoi la BCT choisit de déplafonner les taux de rémunération pour les dépôts à terme et ne pense pas à exiger des banques la rémunération des dépôts à vue, ceux des salariés, par exemple, et qui représente la grande majorité de la masse financière qui fait travailler les banques ?

Dans tout cela, la BCT, qui se retrouve dans la position de la chatte sur un toit brûlant, reste à plaindre. Quoiqu’elle fasse, elle aura mal fait, tant l’issue de la crise économique lui échappe, la solution n’étant plus économique. Et si elle ne fait rien, la BCT sera toujours le fusible idéal !

Khaled. Boumiza

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