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Tunis- Le pari risqué d’Ali Laarayedh

Ali Laarayedh qui vient d’être désigné officiellement chef de Gouvernement, ce vendredi 22 février 2013, suite à la démission de Hamadi Jebali, est un des leaders d’Ennahdha à l’instar de son prédécesseur. Le parti islamiste voulait par cette désignation parier sur la continuité, mais sera-t-il en mesure de maintenir le cap ?

Ali Laarayedh avait le même parcours que le chef du gouvernement sortant : tous deux étant ingénieurs de formation, ayant fait la prison sous Bourguiba et Ben Ali, condamnés à mort par contumace en 1987, faisaient partie des « gens de l’intérieur » qui n’ont pas tiré profit de leur statut de militants persécutés au contraire de ceux qui ont « coulé des jours heureux » en exil. Durant l’exercice du pouvoir pendant les 14 derniers mois, ils sortaient tous les deux du lot des ministres critiqués, vilipendés ou même ridiculisés. De par leurs charges, ils devraient être tous deux les plus exposés à la critique, mais on remarque que les salves prennent pour cibles le plus souvent les ministres CPR ou ceux d’Ennahdha lesquels venaient de l’extérieur et répondaient au sobriquet de ministres-hommes d’affaires.

La période qui nous sépare du 26 décembre 2011 a vu la popularité d’Ennahdha se réduire en peau de chagrin. Le parti islamiste, crédité de 37% des intentions de vote constamment exprimées de sondage en sondage , depuis mars 2011 , s’expose au risque de voir ballotté ou réduit à un courant de pensée avec une audience de 15 à 18% , une fois le paysage politique remodelé sous l’effet de l’arrivée sur l’échiquier de nouvelles formations ou de l’émergence de nouvelles alliances. C’est ce que craignait spécialement Jebali , et ce qui a motivé son initiative .

En fait, le parti Ennahdha se trouvait isolé au sein de la coalition gouvernementale, avec la fronde de ses alliés, le CPR et Ettakattol et les attaques qu’il subissait de toute part. il finira par se résoudre à reconnaître son incapacité à gérer les affaires de l’Etat, et à mettre fin à la flambée de violence ,qui a monté d’un cran avec l’assassinat de Chokri Belaid .

Ce sont là les causes qui ont amené Hamadi Jebali à forcer les choses en vue d’infléchir la tendance pour sauver ce qui peut l’être de son expérience au pouvoir. Or, il se trouve que c’est Ennahdha le principal bénéficiaire de ce changement de cap, qui fait capoter cette initiative .

La question qui se pose maintenant est de savoir ce que Ennahdha va apporter au nouveau chef de Gouvernement pour qu’il réussisse, dès lors que le parti au pouvoir n’a pas de programme abouti à décliner , ni de compétence à faire valoir , encore moins un esprit de partage qui l’aiderait à grossir les rangs de ses alliés , sachant que Ali Laarayedh ne présente pas les qualités et les atouts intrinsèque qui le distingueraient de son prédécesseur .

Mais, si cette nouvelle expérience venait à échouer , Ennahdha se retrouverait les mains vides, à la prochaine échéance électorale , ce qui pourrait sceller son destin politique pour des décennies .

Aboussaoud Hmidi

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