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Tunisie-Assassinat de Chokri Belaid : Marzouki et l’Intérieur savaient. Vérité ou moyen d’intimidation ?

La fin de Chokri Belaid était-elle fatale ? La question est sur toutes les lèvres au lendemain de l’assassinat du secrétaire général du parti des patriotes démocrates unifié. Personne n’ignorait et d’abord l’illustre défunt lui-même que cette dramatique issue était inéluctable au vu des menaces récurrentes dont Chokri Belaid faisait l’objet, lui et d’autres figures de l’opposition vouées aux gémonies par les supplétifs du parti islamiste, dont particulièrement les ligues de protection de la Révolution.

D’ailleurs, la veuve du disparu, Basma Khalfaoui , n’y est pas allée par quatre chemins en déclarant solennellement qu’elle « impute la responsabilité de l’assassinat de son époux à Ennahdha avec ses deux branches démocrate et fasciste ». Et pour étayer ses propos, elle a révélé que, depuis quatre mois, Chokri Belaid recevait des menaces de mort et qu’il avait, à plusieurs reprises, averti la police par écrit ou par téléphone pour demander sa protection, ajoutant que « le téléphone du disparu était sur écoute ».

De toute évidence, le défunt se savait menacé et très sérieusement menacé, étant notoirement l’une des cibles potentielles des ennemis de la transition démocratique en Tunisie. Il en était tellement convaincu que le président de la République provisoire, Moncef Marzouki lui-même, le lui avait dit de vive voix, lors d’une rencontre récente, au palais présidentiel de Carthage, comme l’a confirmé Mohamed Jmour, porte-parole du Parti des patriotes démocrates unifié, lors d’une conférence de presse tenue, mercredi 6 février. Il a précisé, toutefois, à l’agence TAP, que Marzouki n’a pas révélé l’identité des parties qui ciblaient Belaid. Il n’en demeure pas moins que le ministère de l’Intérieur était au courant de ces menaces et n’a pas pris les mesures nécessaires pour le protéger. Et puis, L’assassinat de Chokri Belaïd a été commis au lendemain d’une réunion du conseil de la Choura du mouvement Ennahdha, au cours de laquelle les meurtriers de Lotfi Naguedh, représentant du parti Nida Tounès à Tataouine ont été soutenus, défendus et dont l’acquittement a été réclamé, relève Mohamed Jmour qui a, ce faisant, imputé la responsabilité de l’assassinat du secrétaire général du parti au gouvernement, au ministère de l’Intérieur, ainsi qu’au mouvement Ennahdha et à son président, Rached Ghannouchi.

Il ne s’agit plus, dès lors, de présomptions ni d’intentions prêtées à de potentiels tueurs, mais des certitudes qui s’appuient sur des déclarations ostentatoires qui ne tombent pas sous la preuve contraire. Et il n’ya qu’à se référer aux vidéos qui ont circulé dans lesquelles, entre autres exemples, des prédicateurs ont appelé au meurtre de Chokri Belaïd et d’Ahmed Nejib Chebbi, le chef du Parti républicain. Ces appels au meurtre ont été lancés contre eux car ils avaient soutenu un meeting et s’y étaient rendus. Ahmed Nejib Chebbi n’avait-il pas déclaré, jeudi 6 février, qu’il figurait « sur une liste de personnalités à assassiner » et qu’il bénéficiait d’une protection officielle.

A ne point en douter, il existe une blacklist comprenant toutes personnalités à abattre pour cause d’opposition aux politiques et visées des islamistes qu’ils soient modérés ou des ultras. Et sans qu’il soit nécessaire de revenir aux rituels avertissements du président de Nida Tounès, Béji Caïd Essebsi dont la tête à été sentencieusement mise à prix par le prédicateur Bousarsar, force est de relever cette déclaration faite par le constituant et membre éminent d’Ennahdha, Habib Khedher qui, le jour même de l’assassinat de Chokri Belaid, affirmait que « la liste est longue ».

La lancinante question qui vaut , dès lors, d’être posée est de savoir pourquoi les forces de sécurité n’ont pas bougé, en s’abstenant de faire quoique ce soit pour assurer la protection des personnes menacée ou du moins pour surveiller et pourquoi pas mettre hors d’état de nuire les meurtriers potentiels. Il ne peut échapper à personne que les services du ministère de l’Intérieur sont parfaitement au fait de toutes les intentions d’agissements qui visent les adversaires ou, pour le dire crûment, les ennemis des islamistes. On comprend d’autant moins cette inaction, que leur hiérarchie est immanquablement et régulièrement mise au courant et « briefée » de ces menaces. Comment se fait-il que des responsables qui sont censés veiller à la sécurité des administrés et plus encore à celle des figures politiques sur lesquelles pèsent de fortes menaces de mort, s’exonèrent de l’obligation impérative de fournir la protection indispensable à ceux qui en ont besoin ? C’est sans doute parce qu’ils ont failli à cette prescription que Chokri Belaid a été assassiné.

Maintenant qu’ils ont reconnu l’existence d’une liste noire, sans doute nominative, n’est-il pas temps, après l’assassinat de Chokri Belaid, de la rendre publique ou du moins, en avertir officiellement ceux qui y figurent et de leur fournir la protection nécessaire. Sinon, il serait permis de conclure qu’il n’existerait point de liste et que des forces occultes tenteraient d’utiliser la mort d’une figure publique de l’opposition comme épouvantail et moyen d’intimidation à l’encontre de l’ensemble de l’opposition. Cela voudrait dire que l’assassinat de Chokri Belaid n’aura servi à rien dans le processus de transition politique et que ceux qui parlent maintenant de liste noire commettraient un troisième assassinat politique, celui de toute velléité d’opposition au régime en place.

Mohamed Lahmar

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