La ville de Ben Guerdane au Sudest de la Tunisie s’est réveillée encore une fois ce lundi 7 mars 2016 sur une nouvelle incursion en territoire tunisien par un groupe terroriste qui a mené une série d’attaques planifiées contre des institutions sensibles comme la caserne militaire, les districts de police et de la Garde nationale.
Des attaques simultanées ont duré une dizaine d’heures et se sont soldées par la liquidation de 35 assaillants, l’arrestation de 7 autres alors que 18 agents de la sécurité et civils sont tombés en martyrs, et le bilan peut s’alourdir, selon le ministre de la Défense Farhat Horchani qui était en visite à Ben Gerdane en compagnie de son collègue de l’Intérieur Hedi Mahjoub.
Le couvre-feu nocturne décrété par les autorités dans cette ville et ce, à partir d’aujourd’hui de 19h à 5h pour les personnes et les véhicules. Ila été décidé aussi la fermeture des postes frontaliers de Ras Jedir et Wazen et Dhehiba ainsi que la sécurisation des accès à l’Ile de Djerba qui sont toujours contrôlés par l’armée.
Des actions viennent quelques jours après une première attaque déjouée par les forces de sécurité qui a ciblé la ville de Ben Guerdane et qui s’est terminée par l’élimination de cinq djihadistes qui s’étaient retranchés dans une maison.
Un passage aux tentatives de « conquêtes » des villes…
Pour plusieurs experts en sécurité, la série d’attaques perpétrées aujourd’hui dans la ville de Ben Gerdane est un changement de tactique de la part des groupes terroristes.
Aleya Allani a dans ce cadre affirmé lors d’une intervention radiophonique qu’ « il s’agit du passage des tactiques des loups solitaires aux tentatives de conquêtes des villes » tout en soulignant la nécessité de la mise en place de mesures plus rigoureuses et d’une vision « claire » de la part la classe politique pour pouvoir éradiquer le terrorisme.
Un avis partagé par le parti de la coalition au pouvoir Ennadha qui n’a pas beaucoup tardé à réagir appelant, pour sa part, à la tenue d’une réunion d’urgence de la coordination de la coalition au pouvoir pour prendre les bonnes décisions.
« La coordination doit agir et le peuple tunisien est appelé aussi à prendre position par rapport à ce nouveau front dans la guerre livrée par le peuple tunisien au terrorisme», a dit le chef du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi à l’issue de la réunion du bureau exécutif de son parti avant de mettre l’accent sur « le rôle de tous les citoyens tunisiens dans ce processus et qui sont appelés à être aux côtés de nos forces de sécurité et de l’Armée, mais surtout aux côtés des habitants de la ville de Ben Gerdane, région menacée par les djihadistes venant de la Libye »
La vigilance est encore impérative dans pareille situation, a encore indiqué Ghannouchi, mais elle nécessite aussi la mobilisation nationale pour relever ce défi de taille et mettre fin au danger terroriste qui continue de prendre de l’ampleur dans le pays surtout avec la situation sécuritaire chaotique en Libye, selon ses dires.
Le parti islamiste a par ailleurs recommandé la création d’un fonds du soutien aux familles des martyrs et des blessés.
Il est temps d’investir dans le corps sécuritaire
Cette série d’attaques comme la Tunisie n’en avait jamais connues exige encore une révision de la politique menée par le gouvernement envers le corps sécuritaire.
Pour plusieurs observateurs, c’est un corps qui nécessite outre l’augmentation de son budget, un investissement énorme pour pouvoir résister dans cette étape fragile surtout que les djihadistes de Daech ont à maintes reprises exprimé leur détermination à intervenir en Tunisie tout en profitant de la situation chaotique du Sud tunisien pour faire de Ben Gerdane, l’un de ses fiefs..
Une hypothèse déjà confirmée par les services occidentaux qui ont alerté les Tunisiens sur la possible fuite d’une trentaine de djihadistes de l’EI de la Libye vers la Tunisie notamment après le raid aérien américain qui a ciblé une maison à Sabratha faisant plus de 40 morts.
C’est pour cette raison que plusieurs voix se sont élevées aujourd’hui exigeant une meilleure protection du corps sécuritaire pour qu’il puisse accomplir sa mission. L’expert en sécurité Ali Zeramdini dans cette optique, a souligné que « ceci passerait également par une meilleure consolidation de l’institution sécuritaire, mais aussi par la mise en place des nouvelles lois garantissant les droits sociaux de nos forces de l’ordre ».
Côté gouvernemental, le ministère de la Défense a assuré que les frontières tunisiennes sont sécurisées, la situation est sous contrôle et il n’y a pas de place pour le terrorisme en Tunisie.
Wiem Thebti








