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Un ministre, surtout d’Etat, ne peut pas enquêter sur son chef, laissait entendre Mohamed Abbou !

A l’entendre parler le lundi 22 juin 2020 devant Commission de la réforme administrative, de la gouvernance et de la lutte contre la corruption à l’ARP, on lui donnerait presque « le bon Dieu en confession » comme disent les francophones. Le ministre d’Etat chargé de la Fonction publique, de la bonne gouvernance et de la lutte contre la corruption, parlait bien, semblait être sûr de ses arguments et bien maîtriser son sujet. Il parlait comme un bon avocat qui avait bien potassé son dossier, et passé en revue tous ses documents. Un avocat, qui oublie cependant de bien réciter les textes de lois, comme lorsqu’il oublie que la notion de conflit d’intérêts est clairement définie dans l’article 4 de la loi 46 de l’année 2018 datée du 1er août 2018.

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Quelques instants auparavant, et toujours à l’ARP où les ministres sont sous serment, le même Mohamed Abbou parlait pourtant très bien des cas de conflits d’intérêts : « On pense même à permettre aux fonctionnaires de l’Etat d’exercer dans le secteur privé, à condition qu’il n’y ait pas de conflit d’intérêts, et qu’ils n’usent pas de leurs fonctions pour des intérêts en faveur du secteur privé. Pour la nomination d’administrateurs au sein des entreprises publiques, elle se fera sur concours, et il a été fait mention de quelques règles pour éviter les conflits d’intérêts ». Ce n’est qu’une heure plus tard lorsque la question du député Elloumi se précise et concerne directement Elyes Fakhfakh que le ministre d’Etat, avocat de son patron trouve l’excuse, qui paraphrasait à la fin celle du chef du gouvernement: « Le conflit d’intérêts n’est pas nécessairement de la corruption (Fassed). (…) Nous ne protégeons personne. La chose était connue depuis le vote de confiance et il n’a pas caché la chose aux parties gouvernementales, dont je suis. Personnellement, je suis contre le fait de mêler politique et affaires. Mais si voulez-vous appliquer ce choix dans le pays, que vous restera-il pour exercer au service de l’Etat ».
On se demanderait presque si le ministre d’Etat ne voudrait pas dire que tous les procès faits à Ben Ali et ses familles n’étaient pas infondés, et toutes les confiscations qui en ont découlé, les procès et non-procès, injustes ? La loi deviendrait-elle borgne en face d’Elyes Fakhfakh ?
Cet article [Ndlr : sur le conflit d’intérêts] n’est pas clair et nous pose problème, car il ne clarifie pas s’il est interdit pour les personnes physiques, ou pour les personnes morales, et clarifie le taux de participation qui interdirait tout contrat avec l’Etat. En attendant d’amender la loi, j’ai notifié aux entreprises publiques de ne pas faire contrat, dans les cas où le député serait une personne morale, s’il est le représentant légal de l’entreprise, où s’il a une position importante dans l’entreprise et fait usage de son pouvoir pour les contrats », dit encore Mohamed Abbou. La loi est pourtant la loi et reste applicable tant qu’elle n’a pas été changée ! Thémis, déesse de la justice, devait certainement se retourner dans sa tombe lorsqu’elle l’avait entendu ce mardi 22 juin 2020 !

Abbou ministre de Fakhfakh, et non ministre de la République ?

Mohamed Abbou oublie, aussi et surtout, qu’il est certes ministre dans un gouvernement, mais qu’il avait fait serment de travailler pour l’Etat et le pays. « Moi, je suis un ministre et la personne dont vous parlez (Ndlr : Elyes Fakhfakh), est chef de gouvernement. Un membre de gouvernement ne peut pas enquêter sur la question de conflit d’intérêts, car cela pourrait être compris comme étant une action politique », avait ainsi dit Mohamed Abbou, répondant au député Elloumi qui l’interpellait sur le « FakhfakhGate ».
Une déclaration qui en dirait long, si besoin est, sur la personne d’un ministre, plus soucieux de ne pas mettre le parti politique qui est le sien en porte-à-faux avec la coalition dont il fait partie au gouvernement, que de la sincérité et de l’impartialité du pourfendeur de la corruption dont il s’était forgé l’image.
Au fil des jours et même des heures, le cas de conflit d’intérêts s’étaye de dates et de faits. On connaît déjà le montant des contrats de l’entreprise du chef du gouvernement tunisien Elyes Fakhfakh, et la période où ces contrats ont été accordés, directement ou indirectement, à son entreprise. Tout, dans cette affaire, désigne un cas flagrant de conflit d’intérêts. Le dernier à en donner les détails, a été l’ancien ministre de l’Emploi Faouzi Abderrahmane sur sa page des réseaux sociaux [ar].
Le député Iyadh Elloumi aura beau tancer le ministre d’Etat lui faisant remarquer qu’il y a beaucoup à dire sur le contrat accordé à l’entreprise où le chef du gouvernement avait des actions, et demandé enquête, Abbou l’avocat, fidèle à son client, reste sur sa ligne de défense de non-coupable. « Et je vous le dis, s’il y a quelqu’un qui a de l’argent et qui veut faire de la politique, ce n’est pas interdit. Cela a un coût oui, et il doit en tenir compte dès le 1er jour. Lui, il l’a déclaré et a changé le mode de gouvernance de son entreprise conformément à l’article 18 de la loi de 2018 sur la déclaration des biens et les conflits d’intérêts, comme en a témoigné Chawki Tabib. Pour l’article 20 qui interdit aux députés, chefs de gouvernement etc., tout contrat avec l’Etat », dit encore mordicus le ministre d’Elyes Fakhfakh.

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