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Tunisie : Les députés européens durcissent le ton, face à des réformes qui ne viennent pas

Les politiques, les fameux politiques par qui le salut va arriver, selon Faouzi Elloumi, dirigeant de Nidaa Tounes, ont tous les yeux – ou le ventre ?? – braqués sur le gouvernement d’union nationale. En ferai-je partie ? A quel poste ? Ce sont les questions qui taraudent en ce moment les acteurs de la scène politique, bien loin des préoccupations des citoyens, mais surtout des urgences nationales, l’économie en tête. Mais à la décharge – ce qui ne veut pas dire dédouaner – des politiciens, les citoyens aussi se sont détournés des vrais problèmes du pays, vaquant à des occupations qui n’apportent pas de pierres à l’édifice national, ou très peu, en tout cas pas suffisamment pour détourner la Tunisie de sa mauvaise trajectoire.

Mais puisque tout ce beau monde semble avoir la tête ailleurs, d’autres se penchent sur les affaires intérieures de la Tunisie. Et eux quand ils le font, ils taillent dans le vif, ne s’embarrassant pas de tous ces détails et atermoiements qui malheureusement ont fait le lit du retard des pays africains. Le Parlement européen a dernièrement approuvé, le 08 juin 2016, un prêt de 500 millions d’euros à la Tunisie pour l’accompagner dans son effort de consolidation de son assise démocratiques et de relance de son économie, très affectée par des années de vaches maigres. Mais ce qu’on sait moins c’est la tonalité des échanges qu’il y a eus à la Commission du commerce international du Parlement européen sur la situation de la Tunisie et les réformes structurelles qui lui sont exigées par ses partenaires. Huffington Post nous a rapporté les propos des uns et des autres, et le moins qu’on puisse dire est que la Tunisie est loin d’inspirer la confiance.

Aide oui, mais avec des réformes structurelles

Jyrki Katainen, député et ancien Premier ministre de la Finlande, y est directement allé de son alerte en assénant : « la situation est très grave » en Tunisie. D’après lui,  » La Tunisie est confrontée aux conséquences des attentats terroristes de 2015. Le résultat est que son secteur touristique, vital, a été particulièrement affecté et les investissements étrangers ont fortement diminué. Ces évolutions ont conduit à une baisse des taux de croissance et les réserves en devises étrangères ».

Passée cette compassion de circonstance pour la jeune démocratie tunisienne, il a déclaré que le prêt de 500 millions d’euros à la Tunisie devra être assortie de conditions. « Bien sûr, la nouvelle opération de l’Assistance Macrofinancière (AMF) sera subordonnée à la réalisation d’un certain nombre de conditions de politique économique. En effet, la Tunisie doit mettre en œuvre le nouveau programme du FMI et satisfaire les conditions de politique économique et financière à convenir entre l’UE et la Tunisie dans un protocole d’accord », a tenu à dire l’ancien Premier ministre finlandais.

Le député italien Salvatore Cicu, dont le pays en a vu des vertes et des pas mûrs pour se remettre sur les rails du développement, n’a pas été plus tendre :  » Il y a le gros problème des réformes structurelles dont la Tunisie a besoin ». Il a rappelé que les besoins de la Tunisie se chiffrent à 5 milliards d’euros, et pas les 500 millions d’euros que l’UE vient de lui accorder.

La Tunisie trouvera un peu de clémence, d’indulgence chez le député socialiste français Emmanuel Maurel. Lui milite en faveur d’une « grande flexibilité », d’une « intelligence » dans la mise en oeuvre des réformes structurelles en Tunisie, « parce qu’il ne s’agit pas non plus d’étouffer complètement l’économie tunisienne », a-t-il ajouté.

Mais à peine il a fini, Sander Loones, député belge, en remet une couche sur la thérapie de choc que doit subir la Tunisie. Pas question de donner « de chèques en blanc » à la Tunisie, a-t-il claironné, ajoutant : « Nous demandons avant que quelque chose se fasse pour le pays (la Tunisie) de profondes réformes pour la croissance, l’emploi et la stabilité financière ».

La Tunisie a également trouvé grâce aux yeux de Patrick Le Hyaric, député français et directeur du journal l’Humanité. Normal vous me direz sans doute, venant du patron d’un journal d’obédience communiste. D’après lui le soutien macrofinancier « ne peut se faire aux vieilles conditions du Fonds monétaire international, qui aggravent l’endettement et réduisent la souveraineté populaire ».

Plaidoyer pour la refonte de la dette tunisienne

Selon le député Emmanuel Maurel, « on parle d’AMF, mais qui dit AMF, dit prêt, qui dit prêt, dit dette, or la dette tunisienne, aujourd’hui, c’est un problème. C’est un problème qui est essentiellement hérité de la période Ben Ali et il ne faudrait pas que l’argent que l’on prête aux Tunisiens ne serve qu’à une seule chose, à savoir rembourser les intérêts de la dette qu’elle avait contractée dans l’ancien régime. »

Yannick Jadot, député français du groupe Les verts, a enfourché le même cheval en ces termes : « nous devons favoriser l’aide macro-financière à la Tunisie et, en même temps, nous devons – et le Parlement européen avait voté en ce sens en 2012 – revenir sur la dette odieuse de la Tunisie notamment contractée sous les années Ben Ali ». Pour conclure il a appelé à « alléger le poids de la dette » de la Tunisie.

Pour certains aider la Tunisie ça ne passe pas

Nicolas Bay, député du Front National, a troublé cette communion en remettant sur la table les choses qui fâchent. « Qu’il est loin le temps où l’on se félicitait sans réserve du modèle tunisien de transition démocratique », a-t-il déclaré.

Il a enchainé en pourfendant l’accord de libre échange : « Je ne me réjouis pas de cette zone de libre-échange approfondi que vous voulez mettre en place et que je ne crois profitable ni aux Européens, ni aux Tunisiens. Contrairement à vous, je ne prêche pas que, je cite, ‘l’assistance macro-financière de l’Union devrait renforcer l’adhésion de la Tunisie aux valeurs qu’elle partage avec l’Union’. Selon lui, il y a une « perpétuelle volonté d’ingérence, qui crée plus de problèmes qu’elle n’en résout ».

Pour le député grec Lambros Fountoulis, injecter de l’argent en Tunisie est presque criminel au regard de la conjoncture en Grèce.  « Vous êtes vous déjà demandé comment réagiront tous les citoyens des pays du Sud, comme la Grèce, quand ils découvrent que l’Union Européenne dépense des milliards en aide aux pays tiers? » a déclaré M. Fountoulis, avant de conclure en ce termes : « Vous savez qu’avec une fraction de l’argent que vous offrez à la Tunisie, les sans-abri (…) auront au moins un toit sur leur tête? ».

Voilà, c’est clair, les parlementaires européens ne regardent plus la Tunisie post révolutionnaire avec des yeux de Chimène, séduits par un pays touché par la grâce et dont les citoyens ont bouté hors du territoire l’un des dictateurs les plus tristement célèbres de la planète. Cette musique c’est du passé, les députés européens, et derrière eux les Etats membres de l’UE, exigent un sursaut des dirigeants tunisiens. Le réveil sera brutal, inéluctablement.

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