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mardi 20 octobre 2020
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Tunisie : Les nouveaux assassins !

En 2011, lorsque les trois tentatives de Putsch contre Ben Ali s’étaient télescopées et que le soulèvement a abouti au résultat que l’on sait, l’Administration tunisienne avait su résister et trouver les réflexes salvateurs qui avaient empêché l’édifice Tunisie, économique et social, de s’écrouler. D’anciens responsables avaient alors quitté leurs lits pour organiser le transport et le transfert de milliers de personnes, tunisiennes, libyennes, égyptiennes et d’autres nationalités qui déferlaient, fuyant une Libye embrasée, vers une Tunisie à peine sortie de plusieurs journées de révolution destructrice.

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Des ingénieurs de la STEG avaient bravé couvre-feu et manifestations de rues pour maintenir les centrales d’électricité en activité, des transporteurs avaient continué à travailler pour assurer la continuité de l’approvisionnement en carburants. La même chose chez la société des eaux, SONEDE, ou encore chez les trois opérateurs téléphoniques. Pendant des mois, l’Administration tunisienne avait tenu tout un pays à bras-le corps et l’avait maintenu debout et en activité et rien n’a manqué, ni à la population, ni à ses invités malgré eux, transfuges d’une autre révolution dans un pays voisin.

Les nouveaux venus sur la terre de la révolution avaient avoué cette performance de l’Administration, mais lui tenaient rigueur en même temps d’avoir empêché que le pays sombre dans le chaos administratif, comme ils en avaient le dessin. Leur dessin était de pouvoir construire un «autre pays», soit comme ils en rêvaient dans leur délire révolutionnaire, notamment religieux, soit par soif de revanche à l’endroit d’un ancien pays qui ne les avait pas soutenus et ne les avait pas défendus dans leur lutte contre Ben Ali. Et c’est dès 2012 que commenceront les tentatives de purge, qui prendront par la suite d’autres formes, plus conformes à l’esprit d’une révolution recadrée par ses soutiens, politiques et financiers, locaux et internationaux.

  • Les menacés sans preuve

Le vendredi 13 avril 2012, le ministre de la Réforme administrative, Mohamed Abbou, annonçait aux journalistes : «nous allons éloigner les gens qui sont notoirement suspects, ou connus pour leur corruption ainsi que ceux pour qui les preuves de corruption existent», annonce sans ambages le ministre CPR, qui ajoute «nous avons déjà effectué des changements administratifs pour éviter ces personnes suspectes (…). Nous allons poursuivre l’assainissement du département. Une liste est en train d’être constituée (…). Ceux qui font l’objet de soupçons seront traduits devant les conseils de discipline et ceux dont les preuves de corruption sont déjà établies seront traduits en justice», menaçait-il alors. Abbou a démissionné, mais pas la volonté de toute la nouvelle caste politique de faire le vide autour d’elle. D’anciens PDG ont ainsi été chassés, littéralement pied au derrière, de leurs bureaux, des Directeurs mis au frigo, d’autres persécutés jusqu’à être poussés à recourir aux certificats médicaux de l’hôpital psychiatrique Errazi de la Mannouba.

D’anciens prisonniers politiques, cadres ou simples employés renvoyés, même de façon légale, mais recyclés dans les nouveaux partis en place (Ennahdha et le CPR de Moncef Marzouki), ont été remis en selle. Le reste se terre depuis et s’auto-castre administrativement, refusant toute initiative et même la simple signature d’une quelconque décision ou document, de peur qu’on ne leur mette sur le dos un quelconque dossier de l’ancien régime et qu’on leur réserve le même sort.

D’autres, comme ce nouveau DG d’une banque publique qui traîne encore devant le pôle judiciaire où il a été dernièrement convoqué pour de longs interrogatoires à propos d’une affaire de l’ancien temps, regretteraient presque d’avoir quitté leurs anciens boulots à l’extérieur du pays. D’autres, comme dans le domaine de la finance, refusent les postes de responsabilité qui leur sont offerts.

  • Les Corbeaux font la pluie et le beau temps

Tout de suite après la révolution, la Tunisie avait inventé le crime du «Fassed», un mot dont la signification en langue arabe englobe un ensemble de crimes et délits, personnels, moraux, financiers, de gestion et un tas d’autres choses. En langue françaiss, c’est la corruption, la prévarication et concussion à la fois.

L’idée de lui consacrer une commission d’enquête est d’ailleurs, paradoxalement, de Zine El Abidine Ben Ali même. Depuis, les enquêtes de tous genres ne se sont jamais arrêtées et n’ont épargné personne. Une Instance nationale de lutte contre la corruption (INLUCC) sera installée et outillée comme une haute autorité d’inquisition.

A entendre son président, l’avocat Chawki Tabib, on croirait volontiers que tout le monde en Tunisie est corrompu jusqu’à preuve du contraire, du petit au grand fonctionnaire, en passant par les gouvernements et tutti quanti. Tabib est de tous les plateaux TV et de toutes les radios et n’épargne personne ou presque, et évoque chaque fois un nombre plus grand de dossiers sans donner de noms, faisant ainsi planer le soupçon sur tout le monde.

Et pour mieux alimenter les tiroirs de l’Instance avec plus de dossiers de soupçons, on met en place une loi qui protège les dénonciateurs et on décerne même désormais des attestations de bonne dénonciation lors de cérémonies de décoration. Certains d’entre eux se couvrent en plus des médias pour mieux dénoncer, parfois à tort et à travers, sans cacher les noms et les endroits, avant même l’enquête sur la véracité des soupçons. Reprenant le système policier de l’ancien régime du fameux «Istoufida», traduisez «on croit savoir», la dénonciation devient le sport national de tous les mécontents, tous les renvoyés et tous ceux qui n’avaient rien gagné de la révolution, relayés par les réseaux sociaux qui veulent faire passer, sans vergogne, les vessies pour des lanternes.

Une lourde atmosphère, de suspicion, de corbeaux, plane depuis 2011 sur la Tunisie et fait régner la peur parmi tous les corps de métiers, pointant du doigt sans la nommer l’Administration tunisienne à toutes ses échelles et ses échelons. Une atmosphère d’autant plus lourde que la justice, lente, très lente à la détente, reste muette sur le sort des milliers de dossiers de Tabib, en face de centaines de corbeaux et de centaines de milliers de pages d’allégations d’une INLUCC qui fait aussi la pluie et le beau temps.

  • Eradiqués dans le silence des prisons

Entretemps, presque toute la famille des Trabelsi, qui personnifiait la corruption comme il a été dit à la population tunisienne, est pratiquement décimée, pour ne pas dire exterminée. Adel Trabelsi qui était hospitalisé en janvier 2011 aurait été débranché le jour de la révolution. Moncef Trabelsi est décédé en prison en 2013. Ayant subi une chirurgie au cerveau, il est remis en cellule moins de 24 heures après l’opération chirurgicale pour mourir quelques jours plus tard. Le mari de Jalila Trabelsi, sœur de Leila, n’a pas reçu les soins nécessaires. Il est mort peu de temps après sa libération. Faouzi Ben Ali décédé aussi. Il aurait été débranché quelques jours après la révolution, selon sa famille. Soufiene Ben Ali, neveu de l’ancien président tunisien, n’aurait pas reçu les soins nécessaires lors de son incarcération. Ses deux ans de prison lui ont coûté récemment la vie. Tout dernièrement, Mourad Trabelsi, atteint d’un cancer des poumons, essuyait le refus d’être soigné. Presque aveugle, entre la vie et la mort, il reste en prison. Avant, de petits enfants avaient été mis sur la liste des recherchés par Interpol, car ils suivaient simplement leur père, certes qui fuyait et un grand-père empêché de voir ses petits-enfants alors qu’il n’était plus interdit de voyager.

Entretemps aussi d’autres anciens politiciens de l’ancien régime décédaient quelques années après leurs passages dans la case prison d’où ils étaient pourtant sortis blanchis. Des noms comme Abdelaziz Ben Dhia et le Doyen Lazhar Bouaouni, objet d’un virulent harcèlement judiciaire qui le mènera au cimetière. D’autres sont toujours maintenus sous enquête et interdits de voyage. Avant, il y avait l’homme d’affaire Jilani Daboussi, dont la famille fait toujours procès des conditions de son décès.

Et maintenant, que vont-ils faire encore et pourquoi le harcèlement de l’Administration se poursuit-il et cet assassinat de l’Administration et de toute volonté chez elle de participer à relever le pays et à le remettre sur pied ?

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