Tunisie : Les prémices d’une paix sociale, achetée à 13 milliards DT...

Tunisie : Les prémices d’une paix sociale, achetée à 13 milliards DT !

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Trop à gauche des positions, économiques et financières, d’un gouvernement qui joue plus au pompier qu’au constructeur planificateur, la Centrale syndicale ouvrière reste incomprise. Incomprise surtout pour sa position sur la proposition de report des augmentations salariales, au vu de la taille déjà plus que critique de la masse salariale dans le budget en l’absence de croissance, bien que plusieurs indices pointeraient vers un assouplissement probable de cette position et même une possible intervention médiatrice du chef de l’Etat, constitutionnellement garant de la sécurité économique du pays.

Béji Caïed Essebssi avait été le 1er à minimiser cette seconde place mondiale de la masse salariale (14 % du PIB) et de la justifier même par le «prix de la paix sociale», l’incluant même dans la stratégie de lutte contre le terrorisme. Et même si cela se discute, ce n’est pas, à notre sens, complètement faux. Anticipant, à tort ou à raison, une reprise de la croissance, l’ancien chef de gouvernement, Habib Essid, avait alors signé ce qui avait été appelé un pacte social, pour des augmentations salariales en contrepartie d’une paix sociale. La croissance ne sera pas au rendez-vous, ce qui mettra son successeur, Youssef Chahed, dans de sales draps et en fera le pompier qu’il est devenu, paliant au plus urgent et colmatant les brèches sur le dos des réformes structurelles, de la planification et de la reconstruction.

De l’autre côté, il semblerait que l’UGTT ait fini par lâcher du lest, de peser sur ses bases afin qu’elles lèvent un peu le pied côté grèves.

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Les derniers chiffres, officiels, dont nous disposons, l’indiquent. En effet, selon des statistiques de la DGITC (Direction générale de l’inspection du travail et de la conciliation), relatifs à la situation sociale en Tunisie pour le 1er semestre 2016, les grèves battent la retraite.

En effet, la DGITC a remarqué que le nombre des grèves, dans le secteur privé et les établissements publics à caractère commercial, ont diminué de 22 % par rapport à la même période de 2015 et même de 48 % par rapport au 1er semestre de l’année 2014. Le nombre d’entreprises concernées par les grèves a baissé de 19 % en 2016 et de 43 % par rapport à 2015. Le nombre des grévistes a chuté de 68 % à la fin de juin 2016 (de 62 % en 2015 à 50 % en 2016).

Toujours dans ce trend baissier, qui pourrait être salvateur pour la croissance dont le pilier est le travail, le nombre d’heures perdues a, lui aussi, chuté de 82 % au cours du 1er semestre 2016 en comparaison avec la même période de 2015. Les seuls premiers mois de 2015 avaient en effet vu la perte de 281.617 journées de travail. Elles n’étaient plus que 51.025 journées perdues à la fin juin 2016.

Dans le secteur privé, les grèves ont baissé de 15 %, le nombre d’entreprises concernées de 13 % et le nombre de journées de travail perdues de 76 % au 1er semestre 2016 par rapport à la même période 2015.

Une lecture par nationalité montre que les grèves ont surtout touché les entreprises tunisiennes (82) et concerné à moindre mesure les boites françaises (16 grèves), les italiennes (11 % des 122 grèves). Quant à l’objet de ces grèves, elles demandaient, à 43 %, le versement des salaires et des augmentations, à 34 % l’amélioration des conditions de travail et 15 % par solidarité corporative.

Dans la fonction publique, le premier semestre 2016 aurait connu 7 grèves (municipalités, la santé et l’éducation), un nombre en baisse de 56 %.

On ne sait pas encore si ce trend baissier va continuer et si la centrale syndicale, qui se prépare à un nouveau congrès électif, va pouvoir continuer à maitriser sa base pour donner le répit nécessaire au gouvernement. Pour l’instant, cela semble être le cas !

 

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