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Tunisie : Mme Htira, parlez-leur plutôt de Turquie !

Le Centre de Promotion des Exportations (CEPEX) organise, fin mars, la 2ème série de «Parlons Export», sur le thème des «clés du succès pour pénétrer le marché italien».

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Dans communiqué, le Cepex que dirige Mme Aziza Htira, explique le choix de l’Italie par le fait que ce pays est le 2ème client et le 2ème fournisseur de la Tunisie, avec respectivement 17.4% et 14.5% de parts dans la globalité de nos échanges transfrontaliers en 2016, devancée seulement par la France.

Avec son «Parlons d’export », le Cepex, ambitionne «d’apportera un éclairage exhaustif au profit des PME désireuses de développer leur business sur ce marché dans la perspective de traduire ce potentiel en projets et flux concrets qui seront à même d’impulser les échanges commerciaux et stimuler les synergies conduisant à un partenariat plus énergique». Ce faisant, pourtant, le Cepex se met presque en dehors du temps et complètement hors actualité.

En effet, depuis quelque temps, la Tunisie exportatrice ne parle plus de la France avec laquelle le solde était positif de 2.611,6 MDT à fin novembre 2016, ou même de l’Italie même son solde négatif de 1.092,9 MDT, pour des exportations de 4.438,8 MDT contre des importations d’une valeur de 5.531,7 MDT. Et d’ailleurs, sur la liste des pays avec lesquels les échanges commerciaux tunisiens ont un solde négatif, l’Italie n’est pas la première. Avant, il y a la Chine, la Turquie et la Russie.

Ce qui préoccupe depuis quelques mois la Tunisie, c’est la situation des échanges commerciaux avec des pays comme la Turquie, dont le solde était, à fin novembre 2016, négatif de 1.330,5 MDT (plus important qu’avec l’Italie) ou encore plus la Chine avec laquelle le solde était négatif de 3.474,2 MDT, selon des chiffres de l’INS (Institut national de la statistique) qui est le triple de l’Italie.

Il est vrai, qu’à fin février 2017, les importations d’Italie ont dépassé le Milliard DT (1.000,033 MDT) contre des exportations de 746,6 MDT. Il est, cependant, tout aussi vrai qu’à cette même date et malgré toute la levée de boucliers officielle, les réunions au ministère du Commerce, le départ de l’ancien secrétaire d’Etat au commerce et le renvoi de l’ancien DG du commerce, les CMR qui ont été tenus sur le sujet et les promesses du chef de l’Etat, les importations tunisiennes de Turquie (310.451.804 DT) représentaient dix fois les exportations vers le pays du Sultan Erdogan (32.733.196 DT) en volume financier. Là où le bât blesse, c’est surtout l’importation par des opérateurs tunisiens de marchandises turques qui ont leurs semblables produits par la Tunisie. Des importations qui tuent donc le tissu industriel tunisien.

En 2016 par exemple, la Turquie a exporté vers la Tunisie pour 252.680.251 DT en produits textiles divers (Tissus Denim et tissus en coton) selon des chiffres tout ce qu’il y a plus d’officiels. En 2015, ce n’étaient que 204,6 MDT. Les Tunisiens n’avaient pourtant pu exporter vers la Turquie que pour l’équivalent de 10.983.644 DT en tissus Denim l’année dernière, de 8,7 MDT en 2015 et de 10,5 MDT une année plutôt. Denim, dont la Tunisie est l’un des grands producteurs mondiaux. Des importations qui ont tué des dizaines d’entreprises textiles. Des entrepreneurs textiles qui deviennent, du fait des importations de produits turcs entre autres, incapables de supporter les augmentations salariales.

La brèche est donc importante et urgente à colmater au moins par un surplus d’exportations tunisiennes vers ce pays, surtout que la convention de libre-échange qui lie les deux pays va, théoriquement, dans les deux sens.

Le choix de l’Italie par le Cepex pour des «leçons d’exportation», nous semble ainsi un mauvais choix, au moins dans la conjoncture actuelle où l’urgence est ailleurs, vers la Turquie, même si le solde commercial est moins important qu’avec la Chine. Il se trouve, en effet, que c’est avec la Turquie que la Tunisie a un accord de libre-échange et non avec la Chine où les solutions sont en voie d’être trouvées par la BCT. Et si la Tunisie ne peut, pour l’instant, résilier l’accord de libre-échange, autant essayer d’en amoindrir l’impact en augmentant les exportations tunisiennes vers la Turquie.

Le libre-échange est un courant qui doit aller dans les deux sens. Et si les Tunisiens ne savaient pas encore comment exporter plus vers la Turquie, économie presque similaire, pour équilibrer leur balance commerciale, il faudrait sans doute le leur apprendre. Le rôle du Cepex est donc de leur parler d’export vers la Turquie et leur montrer les meilleures voies pour pénétrer plus ce marché.

Mme Htira, décortiquez-leur plutôt ce contrat de libre-échange, montrez-leur ses défaillances et ses opportunités et aidez-les à en profiter au mieux avec les subventions qu’il faut et vous avez les structures pour cela, comme le Famex (Fonds d’accès aux marchés d’exportation) ou le Foprodex (Fonds de promotion des exportations). C’est, à notre sens, cela l’actualité de l’export et l’urgence économique nationale. Ce sont enfin ceux-là les vraies leçons d’export que se doit de donner le Cepex aux hommes d’affaires tunisiens.

1 COMMENTAIRE

  1. Commentaire écrit par Riadh BEZZARGA Directeur au CEPEX
    Mr Boumiza Bonjour,
    Je vous remercie pour votre contribution au sujet du commerce extérieur de la Tunisie et les priorités que devrait accorder l’état tunisien pour les marchés internationaux. Je pense personnellement que les médias sont d’un apport considérable pour l’éclairage de l’opinion publique et sont un vrai contre-pouvoir contre les abus que l’on pourrait constater ici et là.
    Aussi, je crois que la différence des idées ne peut être qu’enrichissante et le partage des avis constitue un atout important que nous devons coûte que coûte préserver.
    Ainsi, permettez-moi de ne pas partager votre avis sur les priorités du CEEPX en terme de marchés même si je respecte votre analyse.
    Analyse du CEPEX sur la Turquie
    En effet j’ai le plaisir de vous informer que les exportations tunisiennes vers la Turquie ont augmenté de plus de 72% entre 2015 et 2016. C’est un résultat fort positif rarement atteint sur un marché. Ainsi pour le CEPEX qui est un organisme chargé de la Promotion des Exportations, la Turquie n’est pas listée dans les pays à risque ou en régression mais plutôt un pays à potentiel avec une possibilité de croissance importante.
    A contrario, si les importations ont considérablement augmenté, ce n’ai malheureusement pas le rôle du CEPEX pour faire pression sur les importations qui n’est pas de son ressort. Par contre, je puis vous confirmer que l’augmentation des importations n’est pas toujours une mauvaise nouvelle car nous trouvons dans certains cas comme la Turquie, une augmentation des importations des matières premières destinées aux entreprises qui exportent leurs produits. Tel est le cas pour les tissus qui représentent à eux seuls plus de la moitié des importations.
    Analyse du CEPEX sur l’Italie
    En ce qui concerne le marché italien, permettez-moi également de ne pas être d’accord avec vous pour la raison suivante.
    Le marché italien est considéré comme un marché stratégique pour la Tunisie. C’est un pays voisin qui nous lie avec lui un accord de bon voisinage. Son importance pour la Tunisie n’est pas moindre que celle de l’Algérie et la Libye. Or l’on enregistre malheureusement un net recul des indicateurs économiques sur ce pays qui sont actuellement à l’orange sinon au rouge pour certains d’entre-eux.
    Voici les indicateurs dont dispose le CEPEX et qui lui ont fait décider d’organiser les Rencontres « Parlons Export » sous le thème du marché italien :
    ❶ Diminution conséquente des entreprises italiennes en Tunisie : -26% entre 2012 et 2015
    ❷ Baisse sensible des exportations tunisiennes vers l’Italie : -7% entre 2011 & 2016
    ❸ Exportations tunisiennes largement dominées par les entreprises offshores notamment italiennes ou les entreprises mixtes dans une moindre mesure. La part des exportations d’entreprises tunisiennes partiellement exportatrices sur le marché italien reste faible.
    ❹ Exportations des entreprises off-shore largement dominées par les coûts de mains d’œuvre et peu créatrices de valeur ajoutée tunisienne et de transfert de technologie à l’instar des secteurs du textile-habillement et le cuir et les chaussures.
    ❺ Domination de l’Huile d’Olive : Exportations agricoles tunisiennes largement dominées par l’huile d’olive en vrac.
    ❻ Tourisme en nette baisse : Net recul du nombre de nuitées en provenance de l’Italie entre 2010 et 2015 soit 88%.
    Il est à signaler Mr Boumiza qu’il existe plus de 13000 micro – entreprises et entreprises tunisiennes sur le sol italien créées et gérées par des enfants de l’immigration. 20% de ces entreprises ont été créées et sont dirigées par des femmes. Un potentiel important est à développer dans ce créneau.

    La Stratégie du CEPEX pour le marché italien
    Tenant compte de ce constat largement négatif et du potentiel très important de développement des exportations sur le marché italien en tenant compte des atouts logistiques, culturels et historiques, le siège du CEPEX a initié la démarche suivante :
    ❶ Programme d’Actions 2016 : Prendre en considération les constats évoqués dans la conception du programme d’actions 2016 Italie du CEPEX. .
    ❷ Une Rencontre « Parlons Export » sur le thème « Accès au Marché Italien : Organiser une conférence au bénéfice des entreprises tunisiennes et animée par des experts reconnus italiens pour présenter les meilleures pratiques logistiques, les circuits de distribution les plus opportuns à choisir et présenter une approche marché Italie qui tient compte de la demande du marché et de la spécificité de l’offre tunisienne.
    ❸ Développer un plan d’action Italie dans les années à venir afin :
    3.1-D’augmenter la part globale des exportations tunisiennes vers l’Italie et diminuer le déficit de la balance commerciale bilatérale. Une diversification des produits exportée est envisageable,
    3.2-D’augmenter la part des exportations des entreprises tunisiennes partiellement exportatrices vers l’Italie par rapport aux entreprises totalement exportatrices. Il s’agit non seulement dans ce cas d’augmenter les exportations mais surtout la valeur ajoutée tunisiennes exportée vers l’Italie.
    3.3-De contribuer avec les autres structures nationales à l’augmentation de la part de l’huile d’olive packagée par rapport aux volumes en vrac vers l’Italie et l’U.E.
    3.4- De Trouver les moyens pour saisir l’opportunité de la présence de plus de 13.000 entreprises et micro – entreprises tunisiennes sur le territoire italien. Réaliser des flux export à travers –elles, créer en collaboration d’entreprises tunisiennes en Italie des points logistiques pour le marché italien ou pour le transit vers l’Europe.
    3.5- D’identifier avec les organismes nationaux (FIPA – APII – ONTT – Tunisair…) des actions à même de pouvoir mettre en œuvre la stratégie Italie qui sera développée.
    Conclusion
    C’est à partir d’une démarche cohérente et réfléchie que le CEPEX organise les 2èmes Rencontres « Parlons Export » focalisée sur le marché italien. C’est tout un PROCESS engagé pour développer une stratégie sur un marché ou un potentiel important est constaté avec un constat ou les clignotants sont au rouge pour le moment.
    Je reste à votre disposition si vous souhaitez avoir plus d’information

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