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ASSAD : Le bénéfice que les auditeurs refusent et l’option judiciaire à 234 MDT

L’Accumulateur Tunisien ASSAD publie ses états financiers 2025 avec un résultat bénéficiaire de 4,1 MDT (millions de dinars tunisiens) et des capitaux propres multipliés par quinze, de 3,1 à 46,3 MDT. Présenté ainsi, l’exercice ressemble à un redressement. Décomposé chiffre par chiffre, il repose sur deux écritures comptables contestables, dont une formellement contestée par les commissaires aux comptes, pendant que le vrai sujet, un contentieux douanier de 234 MDT, reste entier devant la cour d’appel de Tunis.

–          Un bénéfice de 4,1 MDT, un résultat réel de −13 MDT

La réserve des commissaires aux comptes est chiffrée au dinar près. La société a imputé 17 164 860 dinars de provisions, sur créances et titres de ses filiales ENAS et AS Distribution notamment, directement en capitaux propres via le compte « Modifications comptables », au lieu de les passer en charges. Les auditeurs jugent ce traitement non conforme à la norme NCT 11, réservée aux corrections d’erreurs fondamentales et aux changements de méthodes, et écrivent que le résultat de l’exercice se trouve majoré du même montant. Retraité de cette réserve, le bénéfice de 4,1 MDT devient une perte d’environ 13,0 MDT, calcul dérivé, et le résultat par action passe de 0,172 à environ −0,54 dinar. Ce détail change tout, car la note IX des états financiers invoque précisément les résultats bénéficiaires de l’exercice pour justifier le maintien de la continuité d’exploitation. L’argument s’appuie sur un chiffre que les auditeurs récusent.

–          39 MDT de fonds propres créés en deux jours

Le second pilier du redressement affiché est la réévaluation des terrains et constructions, décidée par le conseil d’administration du 29 décembre 2025 avec effet au 31 décembre, deux jours plus tard. Elle crée 39,1 MDT de réserves spéciales. Hors cette écriture, les capitaux propres ressortent à 7,2 MDT, moins du tiers du capital social de 24 MDT et sous le seuil de l’article 388 du Code des sociétés commerciales, qui aurait imposé une assemblée générale extraordinaire statuant sur la dissolution. L’opération est légale, la norme NCT 5 l’autorise, et la méthode retenue est prudente, valeur la plus basse des expertises. Mais les auditeurs relèvent que certaines évaluations reposent sur des données de marché limitées, faute de transactions comparables. Le calendrier dit la fonction de l’écriture. C’est un coussin comptable déployé à la veille du choc, pas de la valeur créée par l’exploitation.

–          234 MDT en jeu, une amnistie toujours pas exécutoire

Le contentieux douanier issu du jugement du 11 juillet 2024 porte sur 234 MDT d’amendes, soit 5,1 fois les capitaux propres réévalués et 32 fois les capitaux propres hors réévaluation. Aucune provision n’est constituée, le litige étant traité en passif éventuel. La voie de sortie, l’amnistie de la loi de finances 2025, plafonnerait la facture à 20,3 MDT sur vingt trimestres, environ 1 MDT par trimestre, un montant absorbable par un excédent brut d’exploitation de 18,3 MDT. Mais les auditeurs relèvent un fait décisif. Quatorze mois après la proposition du 2 mai 2025, l’échéancier n’a toujours pas été inscrit dans le système de recouvrement du receveur des douanes, condition de son exigibilité. L’amnistie demeure une promesse administrative sans existence exécutoire. Un développement est intervenu après l’arrêté des comptes. Le 5 juin 2026, la cour d’appel de Tunis a autorisé l’administration des douanes à réexaminer les chefs d’accusation, et renvoyé l’affaire au 3 juillet. C’est un signal procédural favorable, qui ouvre la voie à une requalification, mais qui ne tranche ni le fond ni le montant. À ce stade, le titre ASSAD n’est pas une action industrielle, c’est une option sur une décision administrative et judiciaire non rendue.

–          L’Algérie, 69 % des exportations et 34 MDT d’exposition non provisionnée

L’exploitation 2025 s’est réellement améliorée, c’est le point fort incontestable du dossier. L’excédent brut d’exploitation progresse de 28 % à 18,3 MDT, la marge sur coût matières passe de 39,0 à 48,4 MDT, les flux d’exploitation atteignent 14,8 MDT. Mais les indicateurs du premier trimestre 2026 fissurent le récit. Chiffre d’affaires en recul de 14,9 %, production en baisse de 34 %, exportations en chute de 41,3 %, la société invoquant le retard de renouvellement de la licence d’importation de sa filiale algérienne BAA. Or BAA, c’est 37,4 MDT de ventes en 2025, 69 % des exportations, et surtout 29,0 MDT de créances clients non provisionnées, auxquelles s’ajoutent 5,1 MDT de notes de débit et dividendes à recevoir, soit une exposition d’environ 34 MDT, 4,7 fois les capitaux propres hors réévaluation. La direction justifie l’absence de provision par un projet d’augmentation de capital de la filiale destiné à accélérer le rapatriement. Le premier trimestre démontre pourtant que cette filiale ne peut plus importer les produits de sa maison mère. Une provision, même partielle, sur cette créance effacerait les fonds propres hors réévaluation.

–          Un désendettement qui n’en est pas un

La communication trimestrielle vante un endettement total en recul de 4,9 %, à 76,4 MDT. La décomposition inverse le diagnostic. La dette à moyen et long terme chute de 52 % à 10,4 MDT, mais les crédits de gestion progressent de 12,5 % à 66,0 MDT. La société substitue du financement court, renouvelable à la discrétion des banques, à de la dette longue, avec une trésorerie négative de 6,0 MDT, un ratio de liquidité de 0,87 et un actif presque intégralement hypothéqué au profit du pool bancaire. Les dettes publiques suivent le même chemin. L’échéancier fiscal au passif gonfle de 43 % à 5,7 MDT, la dette CNSS de 31 % à 1,9 MDT, et une vérification fiscale portant sur l’exercice 2021, notifiée le 26 décembre 2025, trois jours avant la décision de réévaluation, a démarré en mai 2026 sans qu’aucune provision ne soit constituée. S’y ajoutent deux changements à la tête de l’entreprise en sept mois, des charges de personnel en hausse de 24,5 % et une convention de crédit conclue sans le rapport spécial préalable requis.

–          Ce que l’assemblée a réellement approuvé

L’assemblée générale du 25 juin 2026 a été invitée à approuver un exercice bénéficiaire. Les chiffres des propres auditeurs de la société racontent autre chose. Un exercice en perte d’environ 13 MDT, adossé à 39 MDT de réévaluation opportune, exposé à hauteur de 34 MDT sur une filiale empêchée de commercer, financé à court terme et suspendu à une audience. Le redressement opérationnel est réel, mais il ne pèse rien tant que la question douanière n’est pas tranchée. Chacune de ces affirmations se vérifie par une soustraction.

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