Tout semble indiquer que la Tunisie s’achemine vers des élections dans les délais prévus par la Constitution, c’est-à-dire avant la fin 2014. Les sujets les plus importants ont été tranchés. L’adoption de la loi électorale, la formation de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) sont déjà choses faites et la date du démarrage de l’enregistrement des électeurs est fixée pour le 23 juin prochain. Evidemment il y a des problèmes qui ne sont pas réglés, comme les fonds alloués à l’opération électorale, l’affectation d’un siège à l’ISIE et le recrutement des responsables régionaux et à l’étranger, de même que le choix par l’ISIE de ses partenaires parmi les ONG pour les campagnes de sensibilisation et de suivi, sont toujours restés en suspens .Mais ces problèmes sont à caractère logistique et pratique, et trouveront en leur temps, les solutions adéquates.
Le chemin parcouru est important, et il rapproche le pays, chaque jour un peu plus des élections programmées, mais on a l’impression qu’on n’a fait, jusque- là, que suivre l’échéancier déjà tracé lors du dernier scrutin. Le mode du scrutin a été presque calqué sur le premier avec quelques petites variations, le schéma de création de l’ISIE a été maintenu en fond et en forme, les procédures sont pratiquement semblables, et même les contestations qui ont accompagné l’adoption de cet arsenal juridique nous rappellent de très près le climat politique du printemps et de l’été 2011.
Ce parcours balisé n’a pas nécessité un effort extraordinaire de la part des acteurs politiques, mais ce qui reste à faire, et demande logiquement un effort encore plus grand, c’est la bataille de la crédibilité de l’opération électorale. Evidemment ce challenge doit impliquer toutes les parties et pas seulement l’ISIE, le Gouvernement de Mahdi Jomâa, ou le Quartette qui supervise le Dialogue National (DN).
Les partis politiques qui ne sont pas parvenus à imposer un schéma qui leur soit favorable dans les chapitres de la loi électorale et de la composition de l’ISIE, sont en train de se rabattre sur les dossiers qui restent pour marquer un avantage ou donner une explication préalable à un échec attendu. La concomitance des deux scrutins présidentiel et législatif devient, ces derniers jours, un sujet de discorde, illustrant parfois le désir des partis politiques de manipuler toutes les données du scrutin pour faire valoir leurs chances. Et cet élément, sera au même titre que les autres ayant trait aux règles du jeu électoral, un des critères de la crédibilité du prochain scrutin.
Ennahdha qui plaide pour la simultanéité des deux scrutins avance deux arguments de taille. D’abord, gagner de l’argent en réduisant l’opération électorale à deux journées, la première portera sur les législatives et le premier tour des présidentielles et la seconde sur le deuxième tour des présidentielles. Ensuite, éviter le blasement de l’électorat qui est déjà lassé de la politique, et risque de bouder les élections s’il se voit en face deux scrutins de suite, dont l’un est, de surcroît, à deux tours.
Les contradicteurs d’Ennahdha voient dans cette proposition une volonté d’emballer les électeurs en un scrutin combiné, en les empêchant de rectifier le tir ou de se ressaisir lorsqu’une tendance lourde redoutée sera générée au cours du premier scrutin et pointera à l’horizon du paysage politique. Ces contradicteurs refusent même les arguments techniques développés par le président de l’ISIE, Chafik Sarsar, l’accusant au passage d’être de mèche avec Ennahdha , lui recommandant de se confiner à son rôle de technicien et laisser les politiques notamment le Quartette trancher ce dossier.
Les autres arguments ne sont pas moins percutants. Différencier les scrutins peut aboutir à réduire les tensions, aérer le paysage public et donner à l’électorat qui peut être stimulé d’un tour à l’autre , une chance de participer massivement pour rectifier une tendance, introduire une nuance et se sentir vraiment responsable du produit final du scrutin , ce qui peut donner une envie à la masse des électeurs de suivre plus étroitement les développements ultérieurs , et s’ériger en véritable arbitre de la vie politique.
Evidemment, tous ces arguments reposent sur des schémas et des scénarios non encore vérifiés, et le comportement politique de l’électeur est jusqu’à présent méconnu. Et même les calculs et les supputations des partis politiques qui les font pencher dans un sens ou dans un autre, peuvent se révéler faux, et on peut se trouver dans un cas de figure où les politiciens découvrent qu’ils ont perdu, alors que les scénarios et les schémas qu’ils avaient préconisés s’étaient réalisés merveilleusement.
Aboussaoud Hmidi








