AccueilLa UNETunis : Mais qu’est-ce qui fait rire Mehdi Jomaâ ?

Tunis : Mais qu’est-ce qui fait rire Mehdi Jomaâ ?

Un mois, jour pour jour, après sa prise de fonction, Mehdi Jomaa reçoit encore beaucoup, mais ne parle toujours presque pas. Les audiences du nouveau chef de gouvernement tunisien se succèdent, mais la presse n’en voit que des communiqués, laconiques, politiquement corrects et avec des termes et un contenu qui rappelleraient presque l’ère du «Makhlouaa» (Traduisez le déchu Ben Ali).

Le nouvel homme «fort» de la Tunisie est toujours souriant au point de nous rappeler le fameux sourire béat de Hammadi Jbali, dans un pays où la vie n’est pas toujours en rose. Il semble prendre son temps avant de se décider à parler à son peuple, alors que 10 millions de pauvres, de sans abris, de chômeurs, de syndicalistes qui préparent des grèves et demandent des augmentations, de politiciens, de terroristes, de simples musulmans, de contrebandiers, d’investisseurs, d’hommes d’affaires interdits de voyage et d’entreprises qui ferment, attendent ses décisions comme on attendrait «Mehdi le Messie». Lui, cela semble encore le faire rire, en compagnie d’un John Kerry dont le sourire espiègle cache toujours une diplomatie américaine qui ne fait pas toujours dans la dentelle.

Il est allé voir le président algérien, le roi marocain et vient de recevoir le smieuecrétaire d’Etat américain, sans que la presse nationale puisse prêter une signification ou un contenu économique à toute cette gesticulation médiatique, alors que le pays qui lui a été confié se débat toujours dans une crise politique sans fin et que l’économie tunisienne n’est pas encore sortie de l’auberge.

«Regardez-moi ces gens- là. Ils croient vraiment que nous parlons d’eux», semblait dire cette photo mise sur la page FB du gouvernement. Un gouvernement, dit de technocrates, mais qui semble avoir opté pour le mode de communication «facebookiste» des anciens persécutés qui l’ont précédé.

30 jours après avoir pris ses quartiers à La Kasbah, Mehdi Jomaa ne semble pas encore pressé de résoudre les problèmes de la Tunisie. Un pays où l’inflation terminait 2013 avec le taux de 6 %, où le commerce extérieur stagnait en janvier (+0,03 % en valeur pour l’exportation, +3,2 % pour l’importation et un déficit commercial de plus de 863 MDT en ce premier mois de 2014), où la production industrielle n’augmentait que de 1,8 % (indice de la production industrielle de l’INS) et ses prix étaient en hausse de 2,7 % (indice IPVI de l’INS). Un pays qui manque de ressources, où les grèves continuent d’être incontrôlables et où tout le monde demandent des augmentations sans se résoudre à se remettre au travail. L’image, diront certains, est peut-être sombre. Suffira-t-elle cependant à réveiller Mehdi Jomaa de sa léthargie d’un mois ?

30 jours sans que Jomaa prenne une décision économique. On lui avait suspendu les augmentations de certaines taxes et on ne sait pas ce qu’il compte en faire. Il avait promis le retour au travail et les annonces de grèves suivent les CPL (Commission pour le licenciement). Il avait promis de changer toutes les anciennes nominations de la Troïka, il ne changera que son propre cabinet. Il avait promis un ordre de mission pour chaque ministre et on n’en a plus parlé depuis. Il avait en fait promis beaucoup de choses et il n’a fait jusqu’ici aucune chose. Il avait même promis une réunion mensuelle avec les journalistes. Il ne semble rien avoir de nouveau à leur dire.

En attendant, ses ministres aussi se taisent, sans que l’on sache s’ils travaillent et sur quoi ils travaillent. Ils nomment et renvoient, de façon princière et sans aucune explication, comme le faisait celui que la révolution avait pourtant dégagé. Aucune conférence de presse. Aucune interview. Rien. En attendant, Mehdi Jomaa sourit toujours. Mais qu’est ce qui le fait rire ? On se le demande !

Khaled Boumiza.

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