Ce qu’on ne savait pas sur «la nouvelle voiture de Youssef Chahed»

Ce qu’on ne savait pas sur «la nouvelle voiture de Youssef Chahed»

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Il ne l’a pas encore achetée, il ne l’a pas non plus louée et ce n’est pas un cadeau qui aurait été fait à Youssef Chahed. C’était juste une mise à disposition, pour 48 heures de temps, à la demande du ministre de l’Industrie, dans la discrétion la plus absolue, pour aller à l’ARP. Là, le chef du gouvernement devait annoncer le démarrage d’une campagne qui vise à encourager le consommer tunisien, et venir en voiture fabriquée en Tunisie était un signe fort, qui pouvait donner du volume au projet du chef du gouvernement.

C’est ce qui explique que la voiture que conduisait son équipe de sécurité rapprochée ne portait aucune plaque d’immatriculation. Le but était donc, pour Youssef Chahed, d’envoyer un message par l’image, d’un chef du gouvernement tunisien qui applique, même momentanément, ce qu’il prêche. Et c’est ce qui explique la communication visuelle qui avait accompagné un déplacement, presque banal, d’un chef de gouvernement au Bardo. La voiture était cependant loin d’être banale.

  • L’aventure Wallys, avait commencé en 2005 à Wallis & Futuna

L’aventure Wally car avait commencé en 2006. Zied et Omar Guiga, co-fondateurs de l’entreprise de sa marque, vivaient à l’étranger. «L’idée avait démarré lorsqu’on avait rencontré de manière fortuite l’ancien constructeur des Jeep Dallas, René Boesch, qui nous a initiés», raconte passionnément le promoteur à Africanmanager. La rencontre s’était passée à Wallis et Futuna, d’où certainement le nom de la société et sa marque.

«On découvre alors qu’il y a beaucoup de petits constructeurs privés de voitures, comme en Angleterre et même en Espagne et on décide de rentrer au pays et d’y investir», dit encore Zied Guiga à Africanmanager. Le lancement officiel se fera en 2008, avec un petit capital de 80 mille DT jusqu’en 2006. Actuellement, Wallys car fait un chiffre d’affaire de quelque 3 millions €. Pour Zied, «Wallys Car est une histoire de passion, non de gros sous», même si l’investissement aura en définitive coûté 8 MDT, pour un capital après augmentation de 4 MDT actuellement. Entre 2008 et 2014, l’entreprise familiale des Guiga a produit 2.500 véhicules, à raison de 416 véhicules par an.

De gauche à droite Omar et Zied Guiga, les deux promoteurs de Wallys (credit photo Wallys)
De gauche à droite Omar et Zied Guiga, les deux promoteurs de Wallys (crédit photo Wallys)

Peu de Tunisiens savaient, avant ce véritable coup de pub, fait par Youssouf Chahed et qui fera réagir un certain nombre de députés sous la coupole de l’ARP, qu’ils étaient à 100 % exportateurs. «On voulait faire une voiture en Tunisie, mais qui respectait la norme européenne. C’était un peu compliqué sous Ben Ali, avec une administration qui avait peur de donner une nouvelle licence. Jusqu’à 2015, on exportait 95 % de notre production. L’exportation se faisait essentiellement vers les Baléares en Espagne, Panama, les Caraïbes où on a grandi et où on appelait ça des véhicules de plage ou SUV pour villes balnéaires».

  • Une voiture à 56 % tunisienne pur jus

La voiture est tunisienne, selon les options, à 56 % dont 12 % de la main d’œuvre qui est la VA de la main d’œuvre, selon le taux d’intégration calculé par le Cetime du ministère de l’Industrie et comme l’indique la norme européenne aussi.

En effet, mise à part la conception propre du véhicule et le montage, le reste des composants est fabriqué en Tunisie. Des composants proprement «Made in Tunisia», comme le réservoir, le châssis qui est le squelette de la voiture et l’ADN de la voiture, et a son numéro spécial, ce qui en fait un constructeur de voitures, toute la carrosserie, le câblage, les pneus, les amortisseurs, la sellerie, le tableau de bord et les vitrages globalement. Pour le moteur, ils avaient au départ signé un partenariat avec PSA pour la fabrication.

On notera à ce propos, comme nous l’ont rappelé les promoteurs, que Wallys Car n’est pas la seule dans ce cas. Suzuki achète des moteurs chez PSA, les moteurs diesel de la Mini-Cooper sont fabriqués chez Peugeot, Rover n’a jamais fabriqué elle-même un moteur et achète généralement chez GM (Ford). Cela désarmera certainement tous ceux qui croient encore que sans fabrication locale de moteur, la voiture ne pourrait être tunisienne.

Dans le moteur PSA, Wallys Car, «on change juste le calculateur électronique qui est un système de communication entre le tableau de bord et le moteur», explique le promoteur pour Africanmanager. Pour le reste, le moteur respecte scrupuleusement la norme européenne, sans laquelle le fabricant tunisien n’aurait pas pu exporter. On nous affirme aussi que tous les composants sont certifiés aux normes européennes, sinon il serait impossible d’avoir la Carte-grise et l’exportation deviendrait impossible.

  • Deux lignes de production et le délai d’attente est de 8 mois pour être livré

«Actuellement, ce sont deux lignes de production et on est en train de préparer des VU». Pour le marché tunisien, le délai d’attente pour la livraison est pourtant de 8 mois. La demande dépasse donc largement l’offre. La stratégie est de «rester dans un business-model où la demande dépasse l’offre». Small is beautifull. On a choisi de privilégier la qualité au détriment de la quantité», explique encore le jeune Zied Guiga.

Pour l’exemple, même s’il est un peu prétentieux et tout autant réel, avec seulement sept mille voitures par an, Ferrari est plus rentable que PSA qui fait quatre millions de véhicules par an. Mais les Guiga ne comptent pas en rester là «On a un programme d’investissement pour agrandir l’usine et produire de nouveaux modèles. Notre capacité de production est actuellement de 700 véhicules par an et notre but est d’arriver à 3.000 V/an d’ici 4 ans et de rester 50/50 entre ventes locales et exportation».

  • Wallys marque «Full-options» la moins chère du marché

Pour l’instant, Wallys ne fabrique que la «Iris», une voiture particulière avec une puissance fiscale de 5 Chevaux et 82 chevaux dynamiques. L’Iris peut être livrée en 150 couleurs différentes, sans que ce soit une option. «Vous voulez que votre femme ait une Wallys aux couleurs de ses yeux ou de son vernis, on le fait. On ne vend pas juste une voiture, mais une expérience», dit toujours aussi passionné le jeune promoteur. Le prix est de 37.000 DT TTc et il est attendu que les prix baissent en 2019 pour être entre 35 et 36.000 DT TTc.

Le prix peut aussi varier selon les options, comme les radar ou caméras de recul, les projecteurs Led, l’intérieur cuir, le toit panoramique. Une Full-Options couterait ainsi un peu plus de 50.000 DT. Il faut dire que coût de change minimisé par les 56 % de taux d’intégration, les prix ne peuvent pas varier au-delà de 1000 DT et l’inflation chez les Wallys est 3 fois inférieure que pour les autres du secteur automobile.

La nouvelle voiture de Youssef Chahed avait beaucoup fait réagir à l’ARP et beaucoup se demandaient pourquoi le gouvernement tunisien et toute l’administration n’en feraient pas leur voiture officielle. Très réservé sur cette question, Zied Guiga finit par déclarer à Africanmanager : «on a des projets avec eux. On essaie d’avoir un projet industriel, plus concret ensemble pour encourager les fabricants locaux d’une manière générale. L’administration tunisienne pourrait, dans un deuxième temps et avec des modèles plus adaptés à ses besoins, s’approvisionner chez Wallys». L’industriel est plutôt dans la logique de JFK qui disait «Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous. Demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays» et n’a pas peur d’investir pour démontrer sa capacité, avant de demander de l’aide, ou encore «Don’t pray for easy lives. Pray to be stronger men». Manifestement, une race d’industriels tunisiens serait née avec les Guiga

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