AccueilLa UNEÉgypte: La petite stratégie va-t-elle bousculer la grande?

Égypte: La petite stratégie va-t-elle bousculer la grande?

Alors que les anti-Morsi ont obtenu gain de cause, et commencent à recevoir les félicitations de plusieurs pays, on remarque que Washington manifeste moult signes d’hésitation, comme si les derniers développements l’avaient surpris. Les Etats –Unis tardent, apparemment, à prendre la mesure du mouvement, ou cherchent-t-il, de manière délibérée, à en réduire la portée, pour empêcher sa propagation dans la région ?

Les dernières tractations , auxquelles les américains ont participé , dénotent qu’ils n’ont fait que suivre le cours des évènements avec un fatalisme qui déconcerte .Au moment où les acteurs parlent d’options, d’alternatives et de solutions pratiques, Obama ,lui , parle de principes .Il insiste sur la nécessité de remettre au plus vite le pouvoir aux civils ,et son Congrès ne souscrit à la déposition de Mohammed Morsi que quelques minutes avant son annonce.

D’ailleurs, l’ambassadeur américain à Tel-Aviv, Daniel Chapiro a déclaré, jeudi, à une radio israélienne, qu’il est difficile de prévoir l’issue de la situation actuelle au Moyen-Orient, reflétant les soucis de son président au sujet de la destitution de Morsi par les militaires.

Cette inertie qui peut paraître, à première vue, d’origine physique, prend racine dans des schémas stratégiques échafaudés par les Américains sur la base de données perçues comme durables et pertinentes ,au moment où ils se révèlent passagères et aléatoires .

L’islam politique,dans sa version Frères Musulmans , date historiquement de 1928 ,mais n’a eu l’occasion de gouverner dans aucun pays : En Egypte, son fief d’origine ,il s’est opposé tour à tour à la monarchie de Farouk ,au panarabisme de Nasser ,au libéralisme de Sadate et de Moubarak .Au Yémen, en 1990, il s’est opposé au principal projet rêvé et enfin réalisé par les Yéménites: l’union entre le Nord et le Sud . En Tunisie, en Algérie et en Syrie il s’est opposé à l’Etat, et à l’élan moderniste de la société. Dans les pays où l’Etat ne fait pas l’unanimité, les acquis sociaux et l’élan moderniste ne sont pas évidents, les frères musulmans se sont divisés, comme c’est le cas au Maroc, au Soudan, en Libye, en Mauritanie et dans les pays du Golfe.

Les frères musulmans qui se disent anti-américains étaient d’une grande efficacité aux côtés des Américains, lors de la conquête de l’Irak, en 2003, ils combattent armes à la main pour réaliser le projet américain en Syrie ,etc…

Cette mouvance politique n’était donc pas faite pour gouverner, car son programme la met en contradiction à la fois avec l’Etat ( à détruire) ,avec la société (à islamiser) ,et avec les autres courants politiques( à assujettir ) . Trop d’ennemis, et pratiquement pas d’alliés, ni de forces intermédiaires pour une bataille qui reste toujours de l’ordre de l’imaginaire.

Les Américains qui se disent pragmatiques et réalistes ont confondu tendances lourdes des sociétés , ,thèmes fédérateurs des opinions publiques, d’une part, et courants politiques, d’autre part . Les raccourcis servaient à trouver un lien entre phénomènes épars. Ils n’avaient pas besoin de tout comprendre, ni de voir le fond des choses. L’essentiel est de trouver le lien : la prolifération du hijab voulait dire adhésion aux idées religieuses, l’isolement du régime de Ben Ali veut dire adhésion du peuple au parti qui pèse le plus, ou les voix qui s’élèvent le plus aussi.

Les Américains ont vu dans l’accession de l’islam politique au pouvoir dans plusieurs pays arabes, un signe de stabilité à long terme de la région. Et sur la base de cette donne, ils ont projeté de se redéployer en Asie où les enjeux sont plus importants ,confiant ainsi la région aux forces qui se présentent comme des ennemis des dictatures , dotés d’une capacité d’engager le développement et réaliser justice sociale et stabilité politique. (lire notre article en arabe)

Seulement, tous les calculs se sont révélés faux. La petite stratégie, aux contours régionaux, poussant les islamistes au pouvoir dans au Moyen-Orient a été grippée. Et ses promoteurs n’ont ni temps matériel , ni schéma alternatif pour réparer le processus .Quant à la grande stratégie globale conçue par les Américains pour se recentrer vers l’Asie, elle n’a encore donné ni résultat ni usufruit . Ce qui explique que le désarroi de l’administration américaine est vécu par les diplomates US dans la région comme un cauchemar alors que les stratèges des think tanks le vivent comme un vertige difficile à surmonter .

Aboussaoud Hmidi

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