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mardi 20 octobre 2020
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El-Kamour bat les masques. Fonctionnaires ou rien !

Hier encore, on pouvait être optimiste et espérer que la journée du mercredi 14 octobre 2020 marquera la fin d’un conflit vieux de plus de plus de 3 ans. On pouvait même souhaiter que ce conflit dégage un genre de manuel de procédures, ou modus operandi, pour la résolution d’un autre conflit socioéconomique, celui du phosphate.

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Le vendredi 16 juin 2017, l’ancien ministre nahdhaoui de la Formation professionnelle, Imed Hammami, engageait l’Etat dans un accord qu’il ne pouvait pas réaliser, et signait avec des représentants des sit-inneurs d’El Kamour un accord que traîneront par la suite, tel un boulet, tous les gouvernements qui succèderont à celui de Youssef Chahed, où le signataire était ministre.

40 mois plus tard et bien malgré lui, le gouvernement de Hichem Mechichi, aurait pu être celui qui aurait finalement assuré et concrétisé la continuité de l’Etat, et payé les frais des erreurs de ses prédécesseurs.

  • Ils ne cherchaient pas l’emploi, ils veulent être fonctionnaires

Le 23 septembre 2020, c’est-à-dire 3 semaines jour pour jour après sa prise de fonctions, le chef du gouvernement tunisien, Hichem Mechichi, décidait de faire amende honorable, tenait CMR et ordonnait l’envoi d’un groupe de travail composé de représentants de sept ministères à Tataouine. Le groupe qui comprenait aussi un représentant de la Banque de solidarité sociale et de la BFPME, était muni du pouvoir décisionnel, avait pour mission de « résoudre toutes les problématiques de la concrétisation du financement du fonds d’investissement de la région, des projets en suspens dans la région » et avait ordre de « se déplacer dans la région, et d’y rester jusqu’à la résolution de toutes les problématiques, avec pouvoir de décision et sans besoin de recours à l’autorité centrale ». Le top était ainsi donné pour la résolution de la crise du Kamour. La présence de deux banques publiques dénotait d’une démarche de négociation constructive et durable, avec offre d’alternative professionnelle pour ceux qui ne bénéficieront, pas ou pour l’instant, des dispositions de cet accord.

Note importante, le gouvernement ne discutait pas seul face aux insurgés d’El Kamour. La délégation officielle comprenait, en effet, en plus des représentants de 7 ministères, des députés (Béchir Khlifi d’Ennahdha, Mohamed Fateh Khlifi d’El Karama, et Sahib Al-Ouadhen du bloc de la Réforme), des avocats de la région, les deux principales organisations syndicales (UGTT et UTICA), celle des agriculteurs (UTAP) et deux avocats de la région. Un choix, qui fait d’eux les témoins privilégiés des résultats des négociations, d’autant qu’ils sont membres du Conseil supérieur du dialogue national, qui fera office d’instance d’arbitrage en cas de conflit sur l’application des résultats de la négociation. Force est ainsi de constater que l’équipe de négo a blindé son processus et l’a, semble-t-il, entouré de toutes les garanties de réussite. Tous devraient désormais témoigner publiquement de la brusque rebuffade des Kamouristes face aux propositions réalistes et aux tentatives de concrétiser l’accord de 2017.

  • L’offre du gouvernement : Tout ce que voulaient les insurgés

Trois semaines après, le coordinateur d’El Kamour mettait en ligne une vidéo où il parlait déjà, même s’il le faisait sur un ton toujours menaçant, ultimatum à l’appui, de 80 % des questions litigieuses comme étant déjà résolues. Le soir de la forclusion du délai, et certainement en réponse à la « vidéo-fanfaronnade » de Haddad, l’équipe des négociateurs du gouvernement décidait de sortir de son silence médiatique pour prendre les citoyens à témoin de ce qui avait été offert aux insurgés. Une sortie qui n’avait pas plu à Tarek Haddad, tant elle lui volait la vedette et dévoilait l’effort fait par les négociateurs du gouvernement, sous l’œil de tous les partenaires sociaux.

Comme le disait Tarek Haddad dans sa vidéo, 80 % des conditions des Kamouristes pour ouvrir la vanne, avaient été déjà remplies lors des négociations de Tataouine. Ces conditions étaient de 3 mille emplois dans la société d’environnement de la région (2.500 déjà recrutés et 500 autres ordonnés depuis le 23 septembre) et qui ne seraient pas de l’emploi fictif, affirme pour Africanmanager le négociateur en chef, qui précise que la société de l’environnement de Tataouine est dotée d’une existence juridique réelle et dispose déjà de contrats pour pouvoir travailler. Mais l’accord de 2017 portait aussi sur 1.500 recrutements dans les sociétés pétrolières opérant dans le Sud tunisien. 1.236 auraient été déjà été clairement identifiés et auraient fait l’objet d’un accord de principe entre El-Kamour et Etat, et les fameux 80 MDT par an pour la région acquis.

Pour les recrutements des 1.236, on y trouve l’Etap qui promettrait même plus, la Sitep, l’Eni italienne, l’Atog (Anglo Tunisian Oil &Gas) et la Sodeps (Société de développement et d’exploitation du permis du Sud). Une partie des recrutements se fera immédiatement après la signature de l’accord d’El Kamour. Une autre partie se fera dès janvier 2021.

L’accord devait aussi allouer les 80 MDT par an, qui iraient au fonds d’investissement de la région, et qui ne sera pas géré par les Kamouristes, mais par le fonds en question et sera destiné à financer des projets, pour et dans la région de Tataouine. Le fonds ne sera pas dirigé par leur coordination, mais par le Conseil régional et à travers un comité de pilotage des projets choisis ou proposés.

Rappelons aussi, comme si tout avait été déjà imaginé depuis le CMR du 23 septembre dernier, que ce dernier avait déjà annoncé la décision de relever les participations au titre de la responsabilité sociale, objet de la loi numéro 35 de l’année 2018 promulguée par Feu Béji Caïed Essebssi et qui s’applique aux entreprises, publiques et privées, de 15 à 18 MDT par entreprise.

  • Tarak Haddad refuse tout, et relève le plafond des revendications

Hier soir, Haddad se fâche, et met en ligne une vidéo sur la page de sa « Tansikiya ». Il se révolte contre les sorties médiatiques des négociateurs de l’Etat. Il refuse leurs propositions de postes d’emplois, et hausse d’un coup le plafond des revendications, en demandant la création de plusieurs entreprises publiques dans la région de Tataouine.

Plus que manifestement, les insurgés du Kamour ne cherchaient pas de l’emploi. Ils voulaient juste devenir des fonctionnaires de l’Etat. C’est ainsi que, pour les emplois dans la société de l’environnement, il demande à ce qu’elle soit placée sous la tutelle d’un ministère. Donc, d’en faire une entreprise publique, dont les employés seront des fonctionnaires.

Pour les emplois dans les compagnies pétrolières, Haddad ciblait surtout la société du champ gazier Nawara, recrute des centaines de personnes, en CDI et sous la pression (« Briza » comme il dit) de l’Etat et au nom de la souveraineté sur les ressources pétrolières. Il dit, surtout, que le projet d’accord n’a jamais dit que la vanne sera par la suite rouverte.

Il exhibe le document détaillant les 1.236 emplois proposés par le gouvernement, le tenant du bout des doigts comme on tiendrait un torchon, en intimant son refus de toutes les propositions comprises. Les Kamouristes, comme dit leur communiqué, ne sont pas intéressés par la création de projets et d’emplois dans ces projets pour toute la région. Ils veulent, soit être des fonctionnaires, soit devenir employés à plein temps dans les sociétés pétrolières du coin.

Par cette vidéo, sa « Tansikiya » met ainsi fin à la mission des négociateurs. Dans ce qui pourrait être un communiqué, elle revient sur la 1ère déclaration de Haddad où il disait clairement que 80 % de leurs demandes ont été réalisées. « En bref, jusqu’à maintenant, aucun dossier n’a été réglé ».

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