AccueilLa UNEEntreprises publiques : Des chiffres et des cadavres

Entreprises publiques : Des chiffres et des cadavres

Elles sont des lignes rouges pour l’omnipotent syndicat ouvrier UGTT, des conditions de discussions sur un possible appui budgétaire à la Tunisie par les bailleurs de fonds, et des lignes jaunes à essayer de déplacer avec prudence pour le gouvernement de Nejla Bouden et son chef de tout l’Etat. Elles, ce sont les 110 entreprises publiques (EP) que gère l’Etat en les maintenant sous perfusion financière, qui représentent une part importante de l’économie tunisienne, avec 50 % du chiffre d’affaires des 100 premières entreprises du pays. Elles ne représentent, cependant, par leur chiffre d’affaires cumulé, que 10 % du PIB.

Dans sa dernière étude économique sur la Tunisie, l’OCDE s’y était intéressée, et fait remarquer que « les résultats financiers médiocres des entreprises publiques aggravent la situation des finances publiques ». Premier chiffre de ce qui ressemble plus à des cadavres dans le placard des finances publiques tunisiennes, leurs éléments de passif éventuel représentent 14 % de tout le PIB tunisien selon la Banque mondiale. Entre 2013 et 2016, fait noter l’étude de l’OCDE,  pour des pertes moyennes annuelles de 400 MDT, l’Etat tunisien a dû injecter des subventions de fonctionnement totalisant 5 Milliards DT, soit 4,5 % du PIB.

–          Le vrai « Fassed » dont tous évitent de parler

Injecter autant d’argent, pour soutenir des pertes financières, devrait être la vraie guerre de l’actuel régime en place qui se présente comme le redresseur de tous les torts et le lutteur acharné contre le « Fassed », un dialectal tunisien qui regroupe la corruption, la mauvaise gestion des deniers public, la prévarication et la concussion. Une guerre, à côté de laquelle passent allègrement le président Kais Saïed et le SG de l’unique syndicat Noureddine Tabboubi.

Autre chiffre que souligne l’OCDE à propos des entreprises publiques tunisiennes, devenues des intouchables, « à la fin 2019, les 30 plus grandes EP affichaient une dette globale égale à 40 % du PIB tunisien. Les prêts bancaires contractées par ces 30 EP auprès des banques publiques s’élevaient à 17 % du PIB tunisien. Qui plus est, la part de la dette des EP garantie par l’Etat, représente 15 % de tout le PIB », ce qui met déjà à mal la viabilité budgétaire, dans l’insouciance de tous, à l’exception du syndicat. « A la fin juin 2020, les arriérés des entreprises publiques envers l’Etat, représentaient 5,6 % du PIB, tandis que ceux de l’Etat envers les entreprises publiques s’élevaient à 7,9 % du PIB ; les arriérés des entreprises publiques envers les entités privées avoisinaient, pour leur part, 3 % du PIB », rappelle encore l’OCDE pour ceux qui regardent impuissamment tous les chiffres de ces cadavres, comme la Steg que cite l’étude et dont la situation financière ne tient même pas le Benchmark avec les entreprises de la région MENA , la Stir et autres.  

Et si l’on voit, dans ce dernier histogramme de l’OCDE, que dans le secteur de l’énergie, le chiffre d’affaires par salarié est plus important en Tunisie qu’en Algérie ou au Maroc, c’est essentiellement parce que  le secteur du gaz et du pétrole sont entre les mains de producteurs privés, dans un pays où la Steg n’arrive même plus à trouver preneur pour ses marchés pour le raccordement des centrales solaires à son infrastructure de collecte. La Steg serait-elle devenue non-bancable pour les fournisseurs à cause de sa situation financière dégradée, dans un pays où la notation souveraine de son garant (l’Etat) est proche de l’insolvabilité ? Sinon, il n’y a pas photo pour le chiffre d’affaires par salarié en Tunisie pour les secteurs des télécommunications et du transport aérien.

Autrement, c’est sans surprise qu’on découvre l’assertion de l’OCDE (P 47) que la rémunération des salariés du secteur public tunisien était l’une des plus importantes au monde, et plus importante que dans les secteurs publics de tous les pays de l’OCDE.

Cette dernière met l’accent sur la forte résistance à tout changement en Tunisie,  rappelant qu’en 2021, les syndicats ont rejeté un projet visant à réduire la masse salariale par une diminution des effectifs et des départs volontaires. D’autres pays, comme l’Estonie (P. 48), ont pourtant trouvé des solutions avec leurs syndicats. En Tunisie, le dernier « 5+5 » entre gouvernement et syndicat, discutait encore des conventions complémentaires et des promotions, sans jamais évoquer la productivité ou le processus d’évaluation, encore moins la rentabilité des administrations publiques !

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