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dimanche 29 novembre 2020
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Faire cap sur le Sud. Le futur est africain !

Les responsables politiques européens ont généralement considéré l’Afrique du Nord sous l’angle de la Méditerranée. Mais cette vision du Maghreb, qui a toujours été trop simpliste, est de plus en plus battue en brèche, étant en  contradiction avec la réalité de la façon dont les  pays maghrébins se voient eux-mêmes. Dans toute la région, les pays d’Afrique du Nord se tournent vers leur propre continent et intensifient leur engagement avec l’Afrique subsaharienne.

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La Tunisie est unique parmi les pays d’Afrique du Nord dans la mesure où son intérêt croissant pour l’Afrique subsaharienne ne répond pas à un motif géopolitique évident, estime le Conseil européen des relations internationales. La Tunisie ne cherche pas à approfondir son engagement avec le reste du continent en raison d’une quelconque rivalité stratégique ou de préoccupations sécuritaires, mais essentiellement pour des raisons économiques.  Il est entendu par là la conquête de nouveaux marchés et la recherche d’un positionnement en vue de la croissance économique et démographique attendue en Afrique subsaharienne dans les années à venir. Le gouvernement tunisien  a organisé en février dernier un événement américano-tunisien pour promouvoir les investissements en Afrique, et a déclaré que la Tunisie souhaitait lancer un partenariat privilégié avec les pays africains. Présentement, il travaille sur  un plan d’investissement stratégique pour l’avenir de la Tunisie, qui repose également sur l’ouverture de nouveaux marchés en Afrique.

Un démarrage à petite échelle

La Tunisie a démarré à petite échelle pour tenter d’étendre sa présence à l’Afrique subsaharienne. L’ancien  président Zine el-Abidine Ben Ali a essayé d’orienter la Tunisie vers l’Europe plutôt que vers l’Afrique. Alors que le premier président post-révolutionnaire, Moncef Marzouki, a visité plusieurs pays africains, les gouvernements tunisiens depuis 2011 se sont davantage concentrés sur la résolution des problèmes socio-économiques par le biais de subventions et d’emplois publics que sur la recherche de nouveaux marchés à l’étranger. En 2018, seulement 3,1 % des exportations tunisiennes étaient destinées à l’Afrique subsaharienne, ce qui représente une faible augmentation par rapport à la part de 2,8 % enregistrée dix ans plus tôt. La Tunisie souffre d’un manque de liens diplomatiques et d’infrastructures avec le continent. Outre les pays côtiers d’Afrique du Nord, elle ne dispose que de 12 ambassades pour couvrir 49 pays africains. La compagnie aérienne nationale, Tunisair, ne dessert que huit destinations subsahariennes, toutes en Afrique de l’Ouest.

La Tunisie a fait un pas vers une plus grande intégration commerciale avec l’Afrique subsaharienne lorsqu’elle a rejoint le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA) en 2018. Cependant, la Tunisie n’a commencé à commercer selon les règles du COMESA qu’en janvier 2020 et ses exportations vers les pays du COMESA restent pour l’instant très majoritairement concentrées sur les voisins nord-africains que sont la Libye et l’Égypte. Dans l’intervalle, la Tunisie a également obtenu le statut d’observateur auprès de la CEDEAO en 2017 (sa position au centre de l’Afrique du Nord la rend éligible aux organisations économiques régionales de l’Est et de l’Ouest). Cependant, après que la Tunisie a signé l’ALEAC, le parlement tunisien n’a pas ratifié l’accord lorsqu’il a été soumis au vote en mars 2020. L’accord peut être soumis à nouveau au parlement après un intervalle de trois mois, mais le rejet semble montrer que la classe politique tunisienne n’a pas encore adopté l’idée d’un engagement avec l’Afrique, fait remarquer une étude du Conseil européen des relations internationales.

L’énorme potentiel de la Tunisie

Le secrétaire général du u Conseil d’affaires tuniso-africain,  Anis El Jaziri affirme que le potentiel commercial de la Tunisie sur le continent est freiné par une réglementation des changes pesante et la faiblesse des liens internationaux des banques du pays, ainsi que par le manque de liaisons de transport. Actuellement, les exportations tunisiennes vers l’Afrique sont principalement constituées de biens industriels, notamment des matériaux de construction, des câbles et des équipements médicaux. Certaines entreprises tunisiennes, comme la société de construction Soroubat, ont réalisé des investissements fructueux en Afrique de l’Ouest. Mais El Jaziri affirme que la Tunisie a un énorme potentiel dans d’autres domaines de biens et services de plus grande valeur, allant de l’enseignement supérieur et des services médicaux aux technologies de l’information. Le succès de la Tunisie dans le traitement du covid-19 pourrait accroître l’attrait de son secteur de la santé pour le continent. Grâce à de meilleures liaisons de transport, la Tunisie a également un potentiel en tant que base pour les entreprises européennes et internationales qui recherchent des partenaires africains locaux dans des secteurs comme la santé ou les technologies de l’information.

La migration est également un facteur dans les relations de la Tunisie avec l’Afrique subsaharienne. Selon les chiffres officiels, environ 7 500 Africains subsahariens vivent en Tunisie, mais si l’on inclut les immigrés sans papiers, beaucoup de gens pensent que le chiffre réel pourrait être d’environ 20 000. La majorité d’entre eux sont originaires d’Afrique de l’Ouest, en particulier de Côte d’Ivoire, du Mali, du Sénégal, du Cameroun et du Nigeria. Jusqu’à récemment, le nombre d’Africains subsahariens essayant d’utiliser la Tunisie comme base pour atteindre l’Europe était minime. Selon le chercheur Matt Herbert, seuls 401 des 4 678 migrants irréguliers appréhendés par les autorités tunisiennes en 2018 alors qu’ils tentaient de partir pour l’Europe étaient des citoyens non tunisiens. La détérioration des conditions en Libye a conduit à une augmentation de la proportion d’étrangers essayant d’utiliser la Tunisie comme pays de transit, mais le nombre de migrants essayant d’atteindre l’Europe depuis la Tunisie reste faible, conclut le Conseil européen des relations internationales.

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