AccueilLa UNELa reconstruction de la Libye serait-elle une question accessoire pour la Présidence?

La reconstruction de la Libye serait-elle une question accessoire pour la Présidence?

Le président de la République, Kais Saied, ne s’est pas trop attardé chez ses hôtes libyens, expédiant en quelques heures une visite, la première d’un chef d’Etat tunisien depuis 2012. En attendant un hypothétique communiqué  commun rendant compte des résultats et des « grandes résolutions » auxquelles donnerait lieu ce déplacement, il n’y aurait pas, pour l’heure du moins,  grand-chose à retenir hormis l’annonce par le chef de l’Etat tunisien qu’une commission préparatoire se réunira durant les semaines à venir pour préparer les travaux de la Haute commission mixte tuniso-libyenne et examiner plusieurs points techniques. Il est vrai que le président de la République a préféré faire pratiquement  cavalier seul dans cette visite ne s’y faisant accompagner que par le ministre des Affaires étrangères,  sa directrice de cabinet et quelques conseillers. Il est vrai aussi qu’il s’agissait d’une visite d’essence politique par excellence à la faveur de laquelle Saied entend « apporter le soutien de la Tunisie  au processus démocratique en Libye » après la prestation de serment lundi d’un nouveau Premier ministre intérimaire, Abdelhamid Dbeibah.

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Mais c’est fâcheusement oublier que la Libye, au sortir d’une longue crise zébrée d’épisodes sanglants et sur le point de lancer un « pharaonique » chantier de reconstruction, est en train d’attiser les  convoitises d’une myriade de pays et pas uniquement parmi ses  voisins immédiats comme l’Egypte. De grandes nations comme les Etats-Unis, l’Allemagne, l’Italie et bien d’autres sont en compétition pour remporter des marchés forcément juteux, pour lesquels  la Libye allouerait des  sommes colossales.  Et il doit sembler à tout le moins singulier que le président de la République tunisienne  excepte dans la composition sa délégation les hommes d’affaires et les chefs d’entreprises,   et manque à batailler pour leur faire reconnaître une sorte de droit de préemption dans le marché de la reconstruction de Libye.

Saied voudrait reprendre la main !

Mais selon des analyses suscitées par cette visite, Kais Saied aurait d’autres desseins en tête  et qui ont prise sur la politique intérieure de la Tunisie.  L’ancien diplomate tunisien Jalal Lakhdhar estime qu’avec cette visite, Saied veut s’emparer du dossier libyen aux dépens de Rached Ghannouchi, qui considère qu’il a le monopole des relations avec Tripoli. Le président du parlement et chef d’Ennahdha a longtemps investi dans l’influence exercée par les islamistes libyens.

Lakhdhar a déclaré à The Arab Weekly que « Ghannouchi se considère comme la première personne habilitée à gérer le dossier libyen. Son intervention très tôt dans le dossier a déclenché une crise entre lui et le palais de Carthage. » Dans le même temps, Saied, qui « a fait face à une longue période d’isolement diplomatique, veut profiter du dossier libyen pour reprendre l’initiative,  alors que la Tunisie occupe un siège au Conseil de sécurité de l’ONU », ajoute-t-il.

Mustafa Abdelkabir, militant tunisien des droits de l’homme et expert des affaires libyennes, pense, lui,  que Saied veut envoyer un message au gouvernement tunisien signifiant que « en tant que gouvernement, vous n’êtes pas allé là où se trouvent les intérêts des Tunisiens, alors que je vais là où vous avez échoué. »

Abdelkabir pense que la visite de Saied à Tripoli est porteuse d’un message aux autres pays : ignorer la Tunisie en ce qui concerne la Libye est une ligne rouge. Il veut « qu’on se souvienne de lui comme le premier président arabe et africain à avoir visité la Libye après le récent accord dans le pays ».

« À mon avis, le président s’y rend pour obtenir des éclaircissements sur le dossier de la reconstruction et il y aura certainement des discussions sur les relations économiques à venir dans la phase de post-stabilisation de la Libye », a déclaré l’analyste politique libyen Ezz El-Din Aqil.

Un « message pragmatique »

Walid Hajjam, chargé du portefeuille arabe et africain à la présidence de la République tunisienne, a déclaré à The Arab Weekly que Saied veut transmettre un message pragmatique à tous les Tunisiens, à savoir qu’il existe une détermination au plus haut niveau du gouvernement en Tunisie et en Libye pour construire des stratégies de coopération communes et surmonter les obstacles.

Hajjam a ajouté : « Le président Saied a tenu à être le premier chef d’Etat à se rendre à Tripoli quelques heures après la prestation de serment du gouvernement libyen, dans le cadre de son désir d’un dialogue franc et sérieux et d’une évaluation globale des relations tuniso-libyennes et de son souhait de réfléchir à des formes de coopération nouvelles et non conventionnelles qui permettront aux deux pays de se hisser au niveau d’un partenariat stratégique global ».

Hajjam a poursuivi : « Nous tenons à souligner qu’il s’agit d’une visite politique par excellence. Il y aura une coordination et une consultation sur les questions d’intérêt commun, au niveau régional et international. Mais l’attention sera également portée sur les questions bilatérales internes telles que le développement des régions frontalières, les investissements et la coopération économique ».

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