Le fossoyeur de Nidaa

Le fossoyeur de Nidaa

par -

Il est peut-être tôt pour le dire, mais la décision, lundi 10 décembre 2018, du tribunal militaire permanent de Tunis de classer sans suite la plainte de Slim Riahi risquerait fort de porter le dernier coup fatal à Nidaa Tounes, dont Slim Riahi est secrétaire général et qui avait cautionné cette plainte. Une issue que le chef du gouvernement assurait, dès lundi 10 décembre 2018 dans une brève déclaration à la presse, ignorer, une décision qu’aucun autre parti politique n’a officiellement commentée, Nidaa ne l’a fait que 24 heures après; quant au principal intéressé, il est toujours à l’étranger. De là à penser que cette pliante n’était qu’un écran de fumée pour couvrir sa fuite, il n’y a qu’un pas que certains ont déjà allègrement franchi…

Une issue qui sonne comme un cinglant désaveu, non seulement pour Slim Riahi, mais aussi et surtout pour tout le parti sur lequel il avait fait une OPA politique par le biais d’une fusion entre son ancienne UPL et le Nidaa de Hafedh Caïed Essebssi. Un désaveu qui pourrait signifier la fin des haricots, pour le parti du fils du chef de l’Etat.

La décision du tribunal militaire apportait en fait deux points. D’abord, et en application de l’article 30 du code des procédures pénales qui habilite le Parquet à décider de l’issue de la plainte. Riahi a été à deux reprises convoqué pour témoigner et fournir les pièces de son dossier qui impliqueraient le chef du gouvernement, Slim Azzabi et la Garde présidentielle, et il a esquivé sous divers alibis. Ensuite, les poursuites judiciaires dont Slim Riahi pourrait faire l’objet, des suites du classement de l’affaire. Il pourrait ainsi s’agir d’une amende financière, l’émission d’un mandat d’amener pour défaut de comparution à la demande du Parquet, sans oublier aussi la possibilité de l’accusation d’allégations mensongères et atteinte au moral de l’armée.

Et ce n’est plus Riahi seul qui en supportera les conséquences morales, mais tout le parti qui l’avait auparavant cautionné dans sa plainte qui fera perdre un peu plus de crédibilité à un parti politique qui n’arrive toujours pas à redorer son blason, depuis la fin de la guerre entre Youssef Chahed et Hafedh Caïed Essebssi. Un parti aussi que le chef du gouvernement avait réussi à déstabiliser et presque à déstructurer, lui enlevant une bonne partie des Députés qui constituent le bloc de la Coalition nationale.

Tous ces développements, alors que Nidaa préparerait son prochain congrès avec une absence complète de Hafedh Caïed Essebssi de la scène politique, et alors que Slim Azzabi préparerait l’annonce d’un nouveau parti politique, ouvrant de nouveaux débouchés à Youssef Chahed, qui semble être le seul gagnant de cette déroute de la plainte de Slim Riahi.

Chahed pourrait aller de l’avant dans sa première feuille de route mise en place après qu’il a abandonné l’idée de vampiriser Nidaa Tounes et d’en faire son cheval de bataille pour passer son dernier vote de confiance et passer la loi de Finance. Azzabi a certes déjà commencé son travail de mobilisation dans certaines régions. Il semble pourtant clair que le temps pourrait manquer à son prochain parti pour mettre en place toute la structure qui porterait son projet pour les prochaines élections, et surtout pour mettre en place l’appareil électif qui lui assurerait la réussite. Cela, alors que les tentatives de rapprochement, à cet effet, avec Mehdi Jomaa et Yassine Brahim ne semblent toujours pas porter leurs fruits pour cause de guerre d’égos entre les trois hommes.

D’autres observateurs des derniers développements de la scène politique tunisienne n’écartent pas que le nouveau parti d’Azzabi et Chahed continue ses efforts de vampirisation d’un Nidaa désormais plus fragile et qu’il en fasse le socle du prochain parti. D’autres n’écartent pas que, auréolé des batailles remportées contre les deux têtes de Nidaa Tounes, Hafedh et Riahi qui en aura été finalement le fossoyeur, Youssef Chahed qui n’a toujours pas démissionné de Nidaa bien que son adhésion ait été gelée, se présente au prochain congrès de Nidaa et reprenne carrément le parti. L’intéressé ne pipe pas mot pour l’instant et cogite en silence.

AUCUN COMMENTAIRE

Laisser un commentaire