Que prépare Youssef Chahed ?

Que prépare Youssef Chahed ?

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Ils n’ont pas encore fumé le calumet de la paix. Chef de l’Etat et chef du gouvernement ont juste enterré, momentanément, la hache de guerre. La dernière conférence de presse de BCE et le résultat du passage du nouveau gouvernement à l’ARP le prouveraient. Cela, bien que Nidaa Tounes qui se prépare à une solution électorale de sa crise interne qui n’en finit pas de le vider de ses cadres et adhérents, ne semble pas avoir encore baissé les bras dans sa propre guerre avec Youssef Chahed.

A la Kasbah, il semblerait que l’idée de vampiriser ou de récupérer Nidaa Tounes ait été définitivement abandonnée et que Youssef Chahed pourrait s’orienter vers la création de son propre parti, dont le noyau pourrait être le groupe parlementaire de la «Coalition Nationale». L’information a été confirmée à Africanmanager par le député membre de la coalition, Leila Chettaoui, qui a évoqué «un projet politique» dans ce sens.

  • Nouveau parti de Youssef Chahed ou Coalition électorale pour 2019 ?

«Selon l’entourage de Youssef Chahed, le chef du gouvernement tunisien se prépare à lancer son propre parti, qui devrait s’appeler Amal Tounes («Espoir de la Tunisie »). Chahed serait notamment épaulé par Slim Azzabi et Mehdi Ben Gharbia. Selon la même source, «le chef du gouvernement compte sur les réseaux de caciques de l’ancien régime comme Mohamed Ghariani, Mondher Znaïdi, Chedli Neffati et Ali Chaouch». C’est ce qu’annonçait en tout cas, depuis octobre dernier, le magazine Jeune Afrique. Selon la même source, Mehdi Ben Gharbia, qui avait quitté son poste de ministre des relations avec L‘ARP, y travaillerait déjà.

Pour sa part, Africanmanager a appris, de source sûre, que ce dernier avait déjà tenté de louer un local qui se situe juste au-dessus de la radio Shems au Lac. Ce qui avait alors attiré l‘attention et pouvait faire le lien avec «Amal Tounes» dont il pourrait être le siège, est le fait que Ben Gharbia avait payé les 100 mille DT de location par un chèque personnel et non à tirer sur le compte d’une de ses entreprises, alors qu’il justifiait la location par les besoins d’extension de ses activités. La promesse de location avait été par la suite résiliée. Le «projet», dont parle le député Chettaoui, ne semble en tout cas pas encore dans sa version bêta.

Selon des sources proches de la «Coalition nationale», dénomination sous laquelle s’étaient rangés les députés qui soutiennent Youssef Chahed dans l’hémicycle de l’ARP sous la forme d’un groupe parlementaire, rencontrées par Africanmanager, l’entourage de Youssef Chahed plancherait plutôt sur un rapprochement avec les forces centristes d’autres partis politiques, comme le «Badil» de l’ancien chef de gouvernement Mehdi Jomaa ou Afek de l’ancien ministre Yassine Brahim et qui s’ajouteraient au «Machroû» de Mohsen Marzouk, déjà dans le giron de Chahed.

  • Qui et pourquoi ?

Ce rapprochement, sur lequel travaillent aussi différents députés proches des 3 personnalités et même une personnalité proche de BCE qui désespère de Nidaa, pourrait prendre la forme, soit d’une coalition électorale, soit d’un parti qui regrouperait les 3 «grosses têtes» de la scène politique, ou qui se prennent comme tels, ce qui rend, pour l’instant, encore improbable qu’elles se rencontrent pour en parler entre 4 yeux. Et si Al Badil semblait avoir montré des signes d’acceptation de l’idée, l’Afek de Brahim semble encore hésiter à s’accommoder, par narcissisme politique, de toute idée de quitter son propre fonds de commerce politique, malgré les difficultés internes au sein de ce parti.

Ce qui semble être une «information» partagée par toutes les sources contactées par Africanmanager, c’est que Youssef Chahed n’aurait pas l’intention de se présenter aux prochaines élections pour briguer le poste de chef de l’Etat. Chahed chercherait, selon ces sources, à s’assurer de remporter les prochaines législatives et s’assurer un bon candidat à Carthage, avec lequel il s’entendrait assez pour éviter les querelles politiciennes et les bras de fer, ce qui lui permettrait de rempiler à La Kasbah et terminer son programme de réformes. Beaucoup avaient vu dans l’entrée de Kamel Morjane un retour en politique qui lui permettrait de briguer Carthage. Il faudra aussi compter avec l’ardent désir de Mehdi Jomaa de briguer le même poste en 2019. Cela serait, selon une source qui en aurait parlé avec Rached Ghannouchi lors d’une réception diplomatique, sans compter le Niet d’Ennahdha contre Jomaa.

  • Et Nidaa dans tout ça ?

Dans tout cela, Nidaa Tounes se cherche encore et compte sur son prochain congrès pour se requinquer et redorer son blason de parti anti-Nahdha. Sans leadership intrinsèque, avec l’armistice entre BCE et Chahed, l’ancienne 2ème force politique au pouvoir se rabat encore une fois sur le leadership du fondateur pour tenter de ranimer le parti. «L’objectif du congrès, c’est que Nidaa participe à la reconstruction de la pensée de BCE de 2012 qui s’était évaporée et de rassembler les forces nationales, progressistes et démocratiques, de rééquilibrer la scène politique et de remporter la prochaine échéance». C’est ce que disait, récemment dans une conférence de presse, Boujemaa Rmili. A l’instar du reste des prétendants au pouvoir et comme l’avait fait Ennahdha avant lui, Nidaa compte y arriver «en s’ouvrant aux autres sans exclusive », précisait Rmili à la même occasion. Et d’annoncer que «nous œuvrons, politiquement, avec d’autres personnalités et d’autres partis politiques et des indépendants, pour la reconstruction du front des forces nationales, progressistes et démocratiques».

Force est cependant de constater, comme le font beaucoup d’autres observateurs de la scène politique tunisienne, que l’image de Nidaa Tounes et celle de son Leader historique BCE restent encore encornées. D’abord par l’entente de plusieurs années entre Ghannouchi et Essebssi qui a permis à Ennahdha de gouverner, même de derrière le rideau, ainsi que par les positions de BCE en faveur de son fils, dans le différend politique opposant le chef de l’Etat et chef du gouvernement. L’image de Nidaa Tounes est, pour l’instant, ébréchée, presque trop défigurée par Ennahdha pour lui permettre de remporter les prochaines législatives, aussi facilement qu’il le pense.

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