L’échange, tendu et public, entre 2 Chefs. L’Exécutif continue de s’entredéchirer (Vidéo)

L’échange, tendu et public, entre 2 Chefs. L’Exécutif continue de s’entredéchirer (Vidéo)

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Lors de la réunion, aujourd’hui lundi 11 mars 2019, du Conseil national de sécurité (CNS), un échange assez tendu, mais politiquement correct, a eu lieu devant toute l’assistance dont des ministres de Chahed et des membres du cabinet du chef de l’Etat. Nouveau signe, s’il en fallait, des relations qui restent tendues entre les deux têtes de l’Exécutif tunisien. Un échange, qui plus est, a été rendu public par la vidéo mise en ligne par les services de la Présidence de la République, ce qui pourrait être aussi un signal de BCE en direction de ceux qui penseraient que les relations avec le chef du gouvernement se seraient normalisées.

Ouvrant en effet la séance, Béji Caïd Essebssi a commencé par rappeler, en citant le Coran à cet effet, que «la réunion du CNS a fait naitre des questions, nouvelles ou renouvelées, de la part de certains, hommes politiques ou membres du gouvernement. Cette réunion était prévue pour la semaine dernière, mais et à la demande du chef du gouvernement qui avait des engagements, elle a été renvoyée pour ce lundi».

La pique de BCE ne passera cependant pas inaperçue pour Youssef Chahed qui intervient sur le champ pour dire «on en a été informé tardivement, la nuit même, Monsieur le président. On devrait nous en informer au moins une semaine avant». BCE cependant persiste et signe en rétorquant «On pourrait même vous en informer un mois en avant. Ce n’est pas cela le problème». Manière de dire que de toutes les façons, YC n’en ferait qu’à sa tête.

Et le chef de l’Etat de continuer en avouant que «il y a un problème… (petit arrêt avec un petit rire)… dans la compréhension, que dis-je, le rôle des institutions», dit-il à l’intention de Youssef Chahed vers qui il dirigeait la tête, sans le regarder.

Et, visiblement toujours mécontent du contenu de la réplique du chef du gouvernement à sa remarque, BCE enfonce le clou en faisant remarquer au chef du gouvernement, tout en regardant le président de l’ARP qui siégeait directement à ses côtés : «nous avions invité le ministre de la Santé. Il est pourtant venu, lorsqu’il s’était agi du manque de médicaments [Ndlr : BCE parlait manifestement du ministre Nahdhaoui Imed Hammami]. Un problème. Il était venu et nous avait donné des explications».

Encore soucieux de faire passer son message, peut-être de manière plus claire, BCE revient à la charge. «Nous travaillons pour faciliter le bon déroulement des choses [Ndlr : petit temps d’arrêt] de l’Etat, quels que soient nos avis. Je l’ai toujours répété. Je me nomme Béji Caïed Essebssi. J’ai des idées [Ndlr : et des convictions] depuis 60 ans. Ceux qui me connaissent [Ndlr : Nouveau regard vers Mohamed Ennaceur à sa droite] savent comme je les exprime. Mais maintenant, je suis le chef de l’Etat. Je ne suivrai pas mes idées, mais les choses qui renforcent l’Etat (…)». Une manière, peut-être, de faire comprendre au chef du gouvernement qu’il se tromperait de cible et qu’il est lui aussi, en tant que président de la République, au service de l’Etat

La scène est irréaliste, même s’il n’est pas inutile de faire remarquer que le jeune Youssef Chahed a manifestement préféré ne pas rétorquer, pour ne pas donner plus de gras au caractère du vif échange verbal. Il n’en demeure pas moins vrai que cette scène rappelait facilement celle d’une dispute entre deux enfants qui se chamaillent le leadership d’une classe de maternelle.

Une scène d’autant plus grotesque qu’elle se déroulait dans l’antre même du pouvoir, ou au moins dans l’un d’eux, puisque la Kasbah en est aussi. Scène politiquement grotesque aussi, car elle se déroulait en public, devant ministres, militaires et conseillers du chef de l’Etat, et en public par la volonté de la présidence de la République, étalant ainsi les dissensions des deux têtes d’un même Exécutif devant toute la population dont chacun d’eux voudrait avoir l’exclusivité de la direction.

Une scène qui pourrait encore plus approfondir une dissension, connue et reconnue depuis les réunions de «Carthage 1 & 2», entre les deux têtes d’un même Exécutif et entre leurs différents hauts cadres. Mais peut-être aussi que le message se voulait-il venir de Youssef Chahed lorsqu’il fit le choix d’interpeller BCE sur la question du retard de la réunion du CNS, en direction de ses futures bases à Tahia Tounes. Peut-être en effet voulait-il les tranquilliser sur l’impossibilité de son retour dans le giron d’un BCE dont on dit qu’il préparerait une nouvelle initiative pour réunir toutes les forces centristes et modernistes, en face du danger d’un probable retour des Islamistes au pouvoir par l’entremise des élections.

 

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