L’exploitation très politicienne d’un drame national, sans vergogne

L’exploitation très politicienne d’un drame national, sans vergogne

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Le décès des nouveaux-nés à l’hôpital la Rabta est un traumatisme national, très profond. 11 au premier bilan, puis 12, ensuite 15, et bien plus disent certains. Le plus important dans cette affaire ce n’est pas le chiffre, hélas, mais la symbolique, très forte : La disparition de petits êtres sans défense. Mais comme à leur habitude, nos politiciens, qui appartiennent à un microcosme très particulier, ont réagi à leur manière, très étrange. Cela a commencé par le boycott de la séance plénière où on attendait les explications de l’ancien ministre de la Santé et son remplaçante. A peine 38 élus avaient jugé utile de faire le déplacement. La plénière a sauté in fine. On a appris, dans la même journée, que finalement 2 spécialistes de la santé, qui en savent un rayon sur les sujets qui devraient intéresser les députés, ne font pas l’affaire. Celui que ces Messieurs/Dames veulent, c’est leur patron, le chef du gouvernement. Pour une de ces explications mouvementées qu’adorent nos chers élus, en direct devant toutes les caméras du pays. Et ils l’auront, aux dernières nouvelles. Ce sera une exploitation très politicienne d’un drame, une de plus. Mais en la matière la sortie d’Ennahdha, pourtant soutien officiel du gouvernement, n’est pas mal non plus. Le député Abdellatif Mekki vient d’en rajouter une bonne louche, mais avec un autre son de cloche histoire de ne pas mettre tous les oeufs des islamistes dans le même panier.

Il a fait fort !

Le dirigeant du mouvement et ancien ministre de la Santé a eu une petite pensée, très tendre, pour ses ex-protégés. Il a appelé, vendredi 15 mars 2019, à éviter “la diabolisation des cadres médicaux et paramédicaux“, sur fond de détérioration de la qualité des services dispensés par le système de santé publique.
Intervenant lors de sa participation au dialogue national sur la santé, initié par l’Institut tunisien des études stratégiques (ITES), où il a retrouvé son DG, Néji Jalloul, de Nidaa Tounes, parti avec lequel les liens sont officiellement rompus, l’ancien ministre de la Santé à l’époque de la Troïka (2011/2014) a exhorté toutes les parties à “ne pas se livrer à des règlements de compte contre les agents et les cadres médicaux“, dans le cadre du traitement des dossiers liés à la détérioration des services dans les établissements de santé publique, selon ses propos.

Ça sent la campagne à plein nez

Mekki a indiqué à cet effet que le secteur de la santé publique s’apparente plus à “une chance perdue mais rattrapable“, soulignant que la Tunisie peut encore générer des revenus provenant de l’activité sanitaire, à travers les prestations de soins dispensées aux étrangers venus se faire soigner dans le pays, l’exportation de son expertise en matière de formation et l’industrie pharmaceutique.
Derrière la détérioration de la qualité des services sanitaires, se trouvent les mutations socio-économiques du pays“, a-t-il dit, soulignant que les deux dernières décennies en Tunisie ont été marquées par un accroissement des coûts des maladies chroniques, cause directe d’environ 31% des décès, provoquant par là même une augmentation des dépenses liées aux médicaments.

Le député a par ailleurs insisté sur la nécessité d’effectuer un travail de prévention auprès du citoyen et de le sensibiliser à la nécessité d’adopter un mode de vie plus sain afin de réduire les coûts de soins, soulignant la nécessité de pourvoir les établissements sanitaires en ressources humaines, afin de promouvoir la qualité des services.

Vu d’ici, ces propos ont des allures d’argumentaire électoral que Mekki et les siens sont en train de rôder, en vue du rendez-vous de 2019. Ennahdha sait y faire quand il s’agit de tourner dans le sens du vent. Et d’autres contorsions de ce type se produiront à mesure qu’approche la joute électorale. Mais c’est cela aussi la politique, et leurs adversaires feraient mieux de s’entrainer à ce jeu très subtile. S’il n’est pas trop tard…

S.L.

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