Lourd legs pour un gouvernement bancal et peu bancable !

Lourd legs pour un gouvernement bancal et peu bancable !

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Les crises politiques cultivent une mécanique dont les effets néfastes rejaillissent alentour, plus funestement sur l’activité économique, qui à défaut d’être frappée de paralysie, tournerait alors au ralenti. La Tunisie se trouve dans cette figuration, certes depuis longtemps, mais encore plus quand l’horizon s’est assombri, un certain 10 janvier 2020, la nuit tombée, avec le rejet du gouvernement proposé par Habib Jemli, avec 134 voix contre et seulement 72 voix, mettant ainsi l’économie nationale sous pression, en raison du comportement d’attentisme des acteurs économiques nationaux et internationaux (investisseurs étrangers), susceptible de perdurer, alors que les principaux indicateurs économiques sont au rouge, prévoit TAP.

Il faut compter encore 40 jours pour la formation d’un nouveau gouvernement, selon la Constitution. Dans un délai de 10 jours, le président Kais Saied, devrait engager des consultations pour désigner un nouveau chef de gouvernement. Selon la sphère des affaires (UTICA), “cette personnalité doit bénéficier de la confiance des différentes forces nationales, avoir un rayonnement national et international et de hautes compétences pour pouvoir relever les énormes défis dans les différents secteurs, auxquels notre pays est confronté”.

Des défis à la pelle

Les défis sont principalement, d’ordre économique, les principaux indicateurs étant loin d’être rassurants, actuellement, pour la grande majorité des Tunisiens. Il s’agit, en premier lieu, du taux de chômage, indicateur qui a un impact direct sur la population. Il est estimé chez les jeunes, à 34,7% alors que le taux global est de à 15,1%, d’après les indicateurs publiés par l’INS, en novembre 2019.

Le deuxième indicateur est celui de l’inflation, son taux moyen s’est établi à 6,7% sur toute l’année 2019, contre une moyenne de 7,3% en 2018, selon l’INS. Même si elle a marqué une baisse, l’inflation reste très élevée et impacte directement, le pouvoir d’achat du citoyen tunisien. Ce dernier s’est dégradé de 88%, entre 2010 et 2018, selon la Banque mondiale, à cause, entre autres, de la dépréciation de la valeur du dinar tunisien. Même si la monnaie nationale a repris le chemin de l’appréciation face au dollar et à l’euro, depuis septembre 2019, elle n’a pas encore retrouvé un niveau compétitif.

Une dévaluation du dinar se traduit souvent par une perte de devises de la part de l’Etat, selon l’Observatoire Tunisien de l’Economie (OTE), qui a évalué le cumul de cette perte, sur les années 2016 et 2017, à 4,2 milliards de dinars en devises (net).

La dégradation du pouvoir d’achat du citoyen est couplée, paradoxalement, à un taux de pression fiscale, sans égal en Afrique et même dans d’autre pays de l’OCDE. Ce taux s’élève à 35,5%. Il s’agit, en effet, “du taux réel et effectif que le gouvernement s’ingénie invariablement, à garder sous le boisseau, en ne déclarant qu’un taux aux alentours de 25,4%”, avait confié à l’Agence TAP, l’expert-comptable, Walid Ben Saleh.

Les Tunisiens sont contraints, ainsi, de payer des impôts dépassant même la moyenne enregistrée par les 36 pays membres de l’OCDE (34%), sans avoir, en contrepartie, des services publics pareils à ceux offerts dans ces pays.

Autre indicateur dans le rouge, le déficit de la balance commerciale, qui s’est établi, durant l’ensemble de l’année 2019, à un niveau record de 19, 4 milliards de dinars, contre 19 milliards de dinars en 2018, toujours selon l’INS.

Une croissance bancale

Selon des analystes, un déficit commercial en augmentation ralentit souvent, la croissance ainsi que la création d’emplois, dans un pays qui combat, depuis des années le chômage et peine à renouer avec des performances qui rassurent et garantissent la paix sociale.

Par ailleurs, le taux de croissance a reculé au troisième trimestre 2019 à 1,0%, en 2019, mettant à mal les prévisions qui tablaient sur une croissance de 3,1%, pour toute l’année et ce en dépit d’une excellente saison touristique (9,4 millions de touristes) et d’une bonne récolte céréalière (2,4 millions de tonnes).

“Ce ralentissement de la croissance est principalement, dû à la baisse enregistrée dans les industries manufacturières et extractives, malgré l’expansion des services commerciaux (principalement le tourisme, les services de communication et financiers) et de l’agriculture”, note un récent rapport (novembre 2019) sur les “Perspectives économiques régionales ” de la Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD).

Pis encore, l’endettement du pays atteint des niveaux dangereux, puis que l’encours de la dette publique de l’Etat atteint, à fin septembre 2019, plus de 82,3 milliards de dinars, selon le rapport publié par le ministère des Finances et intitulé “Résultats provisoires de l’exécution du budget de l’Etat”.

La part de la dette intérieure dans cet encours est estimée à 28,6% alors que celle de la dette extérieure s’élève à 71,0%. L’essentiel de la dette est contracté en euro (51,6%), suivi par le dollar (24,2%) et le Yen Japonais (10,5%).

En 2018, la Tunisie a figuré, rappelle-t-on, parmi les 10 pays les plus endettés en Afrique. Elle s’est positionnée au 8ème rang, selon un classement établi par la Banque Mondiale (BM) et le Fonds Monétaire International (FMI). Sa dette publique représentait, en 2018, 71,6% du PIB.

Le prochain gouvernement devrait également, s’attaquer aux racines de l’économie informelle qui mine l’économie nationale et représente, selon les estimations des experts, environ 54% du PIB en Tunisie. Cette économie parallèle fait perdre à l’Etat, des milliards de dinars, qui circulent en dehors des circuits officiels.

TAP

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