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lundi 28 septembre 2020
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« Petites banques », et gros salaires

Entre petites et grosses banques, la différence dans l’optique de cet article a été mesurée à l’unique aune du résultat. Ce dernier, seul critère pour parler de « petite banque », est certes issu de moyens et de coûts de ressources. Mais aussi de bons choix des risques à prendre et de bonne gestion de ces ressources, des choix qui font les résultats.
En Tunisie, les « petites banques » sont généralement celles qui sont mal sorties de l’expérience de banque de développement, et se sont aventurées par mauvais choix politique de l’époque, dans le secteur des banques universelles, sans avoir les moyens du réseau, ni la volonté de l’innovation par une orientation ou réorientation vers la banque en ligne, ni encore les ressources à bas prix pour se tailler une place au soleil. Il s’agit essentiellement de la tuniso-saoudienne TSB (Stusid Bank devenue TSB), de la tuniso-libyenne BTL, de la tuniso-émiratie BTE.

Deux autres anciennes banques de développement (BTK et BTQ) avaient été vendues, mais n’arrivent toujours pas à décoller et réaliser les mêmes niveaux de bénéfices de leurs acquéreurs. La BTK avait été revendue à la BPCE française, qui la revendra plus tard à l’Etat tunisien à l’euro symbolique. Etat tunisien, qui hésite encore à signer l’accord, car n’ayant pas encore les moyens de redresser la banque. Et il y a, ensuite, la BTQ, rachetée dans la foulée de la révolution tunisienne à la grosse QNB qatarie. Elle deviendra filiale, généralement déficitaire, d’une grosse banque dont les bénéfices se chiffrent en Milliards USD.

Toutes ces banques ont pourtant en commun le très peu de bénéfices et les grosses (par rapport à leurs semblables tunisiennes et à leurs résultats) rémunérations. Les montants en sont certes dérisoires par rapport au reste du secteur bancaire. Mais des montants à comparer aux performances de ces banques, généralement avec participation étatique (à l’exception de la QNB).

La TS Bank, ou « très-bon salaire » Bank

Le PEB (Produit d’exploitation bancaire) de cette petite banque universelle, a augmenté de presque 5 MDT en 2019, et le PNB n’a augmenté que de 1 MDT, car miné par les 15,6 MDT de provisions pour correction de valeur et les 10 MDT de frais généraux d’exploitation. Le résultat d’exploitation n’en devient pas moins négatif de 552 mille DT après avoir été de 1,5 MDT.

En fin de course, le résultat net de cette banque, qui était en 2018 tout petitement bénéficiaire de 0,285 MDT, redevient déficitaire de 2,840 MDT. En un an, la Stusid aura bouffé son ancien petit bénéfice et y a ajouté un déficit de plus de 2 MDT. Le ROE de la TSB était de -2,1 % n 2018.

Pour tout cela, le DG, qui a bénéficié d’un crédit de 120 mille DT sur 10 ans et à un taux d’intérêt de moins de 1 % (0,75 %), dispose d’une voiture et reçoit une rémunération annuelle de 97.612 DT (267,5 DT par jour, y compris les congés et jours fériés).
Les commissaires aux comptes ont aussi comptabilisé une prime de départ à la retraite de 54.597 DT en 2019. Il est pourtant toujours (au 15 juillet 2020) DG de la banque. Le reste des membres du conseil d’administration de la vénérable TSB, bénéficient d’une prime de présence de 6.600 DT nets chacun, en plus de 2.000 DT nets, aux membres de la commission d’audit.

BTL, ou « bâtir tout-nouveau local »

A la Banque tuniso-libyenne, dont le siège social est plus solide que ses finances, on enregistrait l’année dernière un PEB de 64,38 MDT, contre 52,914 MDT en 2018. Après les charges d’exploitation, il ne reste qu’un PNB de 30,74 MDT. Fortement ponctionné des réserves de 13,5 MDT et d’une masse salariale qui représente à elle seule presque 65 % du PNB (17,479 MDT auxquels il faudra ajouter les 7,120 MDT de charges d’exploitation générale), il ne restera aux actionnaires de la banque que sont l’Etat tunisien, la CNSS, l’OCT, Tunis-Re, la CTN et l’ONH d’un côté, et la Libye de l’autre, que leurs yeux pour pleurer avec un résultat net déficitaire de presque 19 MD.

Pour les dirigeants de cette banque mixte BTL, les charges de l’année pour le DG (Directeur Général) s’étaient élevées à 454.177 DT (1.244 DT/J). Les charges de la même année pour son adjoint (DGA), le montant monte à 615.469 DT (1.686 DT/J). Il faudra ajouter à tout cela les 350.250 DT pour les membres du conseil d’administration, ce qui fait un montant total, pour les charges des dirigeants de la BTL déficitaire, de 1,419.896 MDT

BTE, ou Banque Très En retard

En 2019, cette banque tuniso-émiratie, manifestement invendable, a signé un PNB de 53,27 MDT. Il faut dire que ses charges d’exploitation bancaires représentaient déjà 50 % des produits d’exploitation, d’où le PNB de 53,27 MDT. En en soustrayant les quelque 17,5 MDT de provisions diverses, il ne restera qu’un bénéfice de 5,913 MDT. Le montant est certes en hausse par rapport au tout petit bénéfice de 950 mille DT de l’exercice 2018, mais il ne représente que 5,3 % du PEB. De façon plus experte, on dira que le taux de rentabilité (ROE) de cette banque ne dépasse pas les 3,1 %. Or, les charges des rémunérations des dirigeants de cette banque ont été de 334 mille DT, dont 157 mille DT pour les membres du conseil d’administration. La masse salariale de la BTE a aussi été de 27,254 MDT pour tout le personnel de la banque, pour un résultat net de 1,689 MDT et une liquidité négative de 19,653 MDT à la fin de l’exercice

QNB, ou le très gros salaire, mis en avant par le chasseur de tête !

Filiale tunisienne d’une des plus grosses banques du monde arabe, la QNB Tunisie n’a toujours pas publié son bilan pour l’exercice 2019. En 2018, les revenus d’exploitation ont été de 126,441 MDT, certes en nette hausse de presque 30 MDT. Les charges d’exploitation ont atteint 76,618 MDT, en nette hausse de presque 40 MDT. Et déjà, on peut remarquer que les charges, non maîtrisées, augmentent plus vite que les revenus. En 2018, le REO de la QNB Tunis était négatif de -0,2 %. La moyenne de la place pour les banques normales balance entre 17 et 18 %.

C’est ainsi qu’en 2018, le PNB n’a presque pas changé des 49,8 MDT de 2017, rongé par les réserves de tous genres et les charges d’exploitation, malgré la baisse d’un peu plus de 2 MDT des charges salariales. Banque, dont la maison-mère enregistre des bénéfices pharamineux, la QNB Tunisie était déjà petitement bénéficiaire de 3,498 MDT à l’exploitation. Ne payant que le minimum d’impôt aux termes d’un vieil accord du temps où elle était encore banque mixte, le résultat net s’était établi à 3,1 MDT en 2018. Fin 2018 aussi, les liquidités et équivalents étaient négatifs de 322,9 MDT.

Et pour tout résultat, le montant total des rémunérations des dirigeants de cette vénérable banque en 2018, était de 1,809 MDT, dont 1,751.474 MDT pour le seul DG qatari et le reste (57.960 DT) pour les membres du conseil. Malgré ce salaire, et peut-être à cause du résultat, la QNB est actuellement à la recherche d’un nouveau DG. Un chasseur de tête a même été chargé de la besogne. Son principal argument, le salaire !

BTK ou la banque où le salaire est conditionné par des objectifs inconnus

Dernière « petite » banque par le résultat, malgré l’illustre pedigree de sa maison-mère, la TKB (Banque tuniso-koweitienne). En 2019, le total PEB était de 155,429 MDT (en hausse de 6,7 MDT). Le total des charges d’exploitation bancaire était de 102,573 (En hausse de presque 21,5 MDT). Malgré cela, la BTK était déficitaire à l’exploitation de 30,910 (contre -7,7 MDT en 2018). Le RN aussi finissait donc déficitaire d’autant de millions DT. Mais plus grave, la trésorerie fin d’exercice finissait négative e -38 MDT, même si elle était en amélioration par rapport aux -44,462 de 2018.

Or, la masse salariale qui était de 35,374 MDT, ajoutée aux 17,3 MDT en charges générales d’exploitation, donnait un total de 52,675 MDT, ou à quelques milliers DT près, l’équivalent de tout le PNB de la banque. Le reste, ce sont 30,4 MDT en dotations diverses aux provisions.
Selon ses commissaires aux comptes, « la Banque a subi des résultats déficitaires chroniques ramenant ses capitaux propres au 31 décembre 2019 à un montant de 102 436 KDT, soit 51,2% de son capital social et donc très proche du seuil fixé par l’article 388 du Code des Sociétés Commerciales. Les dépôts concernent un nombre limité de clients, ce qui constitue une forte exposition au risque de liquidité. La difficulté à lever des fonds (émissions obligataires, ressources extérieures…etc.). Une régression des parts de marché et des indicateurs de rentabilité. Une dégradation significative du coefficient d’exploitation porté de 80,96% fin décembre 2018 à 108,34% fin décembre 2019, laquelle trouve principalement son origine dans la régression du Produit Net Bancaire contre une hausse des coûts. Un important taux de créances douteuses et litigieuses (CDL), qui dépasse le seuil requis par les bailleurs de fonds. Le ratio de liquidité à court terme LCR n’est pas respecté au titre des mois de juillet, de septembre, et de décembre 2019 contrairement aux dispositions de la circulaire de la BCT n°2014-14. Au 31 décembre 2019, l’exigence minimale de fonds propres règlementaires en regard des risques pondérés telle que prévue par les textes de référence de la BCT (circulaire n°2018-06) n’est pas respectée par la Banque. Cette situation inquiétante serait aggravée par les éventuels impacts liés à la pandémie COVID 19 »
Et pourtant, le nouveau DG, en place depuis 30 septembre 2019, a touché 112 mille DT. Le DG partant en avait touché 631 mille DT. Au total, la rémunération du poste de DG s’élève à 743 mille DT. Le Commissaire aux comptes spécifie que cette rémunération « composée d’une rémunération fixe annuelle, d’une partie variable conditionnée par l’atteinte des objectifs qui lui seront précisés » comprenait d’autres avantages. On ne parlera pas des 133 mille DT du DGA, lui aussi conditionné à « l’atteinte d’objectifs prédéfinis ». Le rapport des Commissaires aux comptes n’a rien dit de la nature de ces objectifs et si les salaires et rémunérations ont été impactés par le déficit de la banque !

1 COMMENTAIRE

  1. Bonjour très bon article, bien documenté, mais vous avez oublié la naib bank , un exemple bien plus grave et qui demontre encore une fois le désengagement des autorités de tutelles .

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