Pourquoi le «bébé en couveuse» leur fait-il déjà peur ?

Pourquoi le «bébé en couveuse» leur fait-il déjà peur ?

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Ce n’est même pas encore un parti au sens structurel du terme. «Tahya Tounes», n’est jusque là qu’une idée autour de laquelle se sont regroupés quelques milliers de cadres et de politiciens de tous bords. On dit que deux anciens hommes politiques, Mehdi Jomaa et Mondher Znaïdi, l’auraient rejoint. Mais aucun des deux hommes n’ose pour l’instant s’exprimer, pour confirmer ou démentir ce que disait le coordinateur général de «Tahya Tounes» à leur propos.

Personne ne connaît encore, ni les orientations, politique et économique, ni la vision stratégique de la scène politique, encore moins le programme économique de ce nouveau parti en devenir, et davantage ses intentions par rapport aux prochaines élections. On ne sait même pas si Slim Azzabi va rester fidèle à Youssef Chahed ou s’il va avoir la grosse tête et le lâcher comme il avait déjà fait faux bond à BCE, son ancien patron. L’envie pourrait en effet le prendre d’endosser lui-même les habits du «Macron tunisien» !

Il faudra alors attendre le début officiel de la campagne électorale de 2019, où deviendront officielles toutes les intentions de candidater, pour voir si la fratrie politique, née de l’explosion d’Al joumhouri, entre Youssef Chahed, Iyed Dahmani et Slim Azzabi, résistera aux sirènes de la politique politicienne !

  • Attaques convulsives, avant naissance officielle

Force est cependant de constater que, depuis qu’il avait posé la première pierre, le 27 janvier à Monastir, de son parcours constitutif, ce que Béji Caïed Essebssi avait appelé avant terme comme étant «le parti du gouvernement», le 251ème parti politique de la 2ème République fait l’objet d’attaques sans précédent sur les réseaux sociaux.

Les attaques ciblent, jusqu’ici, le parti en projet, ainsi que Youssef Chahed, bête noire du chef de l’Etat, de l’UGTT et d’un grand nombre des partis de l’opposition. Les attaques, dont Azzabi disait dans un Post sur les réseaux sociaux, qu’elles ne leur font pas peur, s’en sont, en premier lieu, prises à la dénomination du parti.

Une ONG tunisienne va jusqu’à la confisquer et l’enregistrer en son propre nom, alors qu’elle expliquait son geste par le fait que «Vive la Tunisie», qui est la traduction de «Tahya Tounes», est un bien indivis qui appartient à tous les Tunisiens. Et si cela est vrai, voici cette dénomination, de nouveau propriété d’une seule minime partie de la Tunisie qu’est l’ONG en question.

Ceux qui, de «bonne foi», pourraient s’attaquer à ce que certains appellent «l’animateur du projet politique du chef du gouvernement», Youssef Chahed, mettent en avant son passé chez Nidaa Tounes, parti accusé d’avoir trahi ses électeurs de 2014.

Slim Azzabi essaie de rectifier en assurant que le prochain parti ne commettra pas les mêmes erreurs que Nidaa. Mais cela semble insuffisant. Lui, il croit que c’est justement Nidaa qui serait derrière les attaques dont Tahya Tounes fait l’objet depuis quelques semaines. Il contre-attaque alors, en rappelant que « le SG de son adversaire fait l’objet d’un mandat émis par la justice militaire».

Il semble pourtant, son projet étant déjà attaqué à la couveuse, qu’Azzabi n’arrive toujours pas à développer les nouveaux éléments de langage qui le différencieraient de son ancien parti et tranquilliseraient le réservoir électoral de Nidaa, déçu par son parti, que le nouveau parti ne sera pas une copie de son ancêtre et qu’il ne tombera pas dans les mêmes travers.

Il faudrait, peut-être, qu’Azzabi chamboule ainsi son programme et commence déjà à parler de ce qui va différencier Nidaa et Tahya, avec des messages bien précis et plus porteurs que ceux de son ancêtre.

Azzabi subit, comme son bébé, les réseaux sociaux. Leur rôle a été déterminant lors des précédentes élections. Il devrait, à notre sens, lui comme Chahed, s’il se décidait à clarifier ses relations avec Tahya Tounes de manière officielle, miser sur cet outil des réseaux sociaux, mais en l’utilisant autrement et à bon escient.

  • Slim, cette inconnue politique qui devrait mieux, médiatiquement, s’outiller

Très peu de Tunisiens connaissent pourtant le nouveau quadragénaire originaire de la Marsa, qui dirige la construction de «Tahya Tounes» en pyramide inversée (partir de la base, pour arriver au sommet, le tout par voie d’élections internes) pour en faire la cible de leurs attaques politiciennes. Fils de l’ancien ministre de Bourguiba, feu Ridha Azzabi, Slim est en fait un diplômé de l’Université de Toulouse en Monnaie et Finance et de l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris, donc un spécialiste des finances. L’ancien du parti Al Joumhouri, où il avait côtoyé l’actuel chef de gouvernement et tapé dans l’œil de BCE, s’était aussi frotté aux institutions financières internationales avant de revenir en Tunisie y fonder un cabinet de conseil en finance. Un jeune mixe entre finances et politique, qui aura certainement son mot à dire dans le programme économique à élaborer par le prochain parti.

Que pourrait-on reprocher à cette compétence financière tunisienne ? Est-ce d’avoir côtoyé l’actuel chef de l’Etat, de l’avoir quitté ou d’avoir rejoint les rangs de l’actuel chef de gouvernement qui aura, malgré tout, fini par faire entrevoir à la Tunisie même l’ombre de la porte d’une sortie de crise ? Ou est-ce simplement d’essayer d’envisager un autre avenir pour la Tunisie que celui de la balancer entre les mains d’Ennahdha et d’un autre parti qui s’était allié aux Islamistes avant de divorcer, pour cause de naissance d’un «fils ingrat» de leur union ? Pour l’instant, «Tahya Tounes» est, a contrario, le seul à tirer profit des attaques qu’il subit. Un vieux dicton disait «tout ce qui ne tue pas rend plus fort». Et c’est peut-être aussi aux adversaires de Tahya Tounes, d’Azzabi et même de Youssef Chahed, de changer de stratégie. Les réseaux sociaux ne contiennent plus, comme entre 2011 et 2014, que des moutons !

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