AccueilLa UNEPourquoi Nidaa a-t-il peur de Youssef Chahed ? Éléments de réponse !

Pourquoi Nidaa a-t-il peur de Youssef Chahed ? Éléments de réponse !

Rappelons, tout d’abord, que si Youssef Chahed trouve de plus en plus de soutien auprès de la classe politique tunisienne, et même auprès d’un large public, ce n’est pas tant à cause de ses résultats que par lassitude générale d’avoir un nouveau chef de gouvernement tous les 18 mois. En matière de résultat, force est de se l’avouer, aucun gouvernement ne peut faire mieux, non que Youssef Chahed soit un superman, mais à cause de la conjoncture, politique, sociale et financière, dans laquelle s’est retrouvé son gouvernement depuis août 2016.

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Ceci dit, et alors que la crise politique dure et perdure sur fond d’énormes difficultés économiques qui deviennent chaque jour plus perceptibles par le consommateur tunisien malgré le début de la reprise et une crise financière qui en est à la fois la cause et le résultat, force est de se demander pourquoi Nidaa Tounes et ses chefs ont peur de Youssef Chahed. Trois raisons à ce tourment selon nous :

  • Chahed se fait petit à petit son propre bloc parlementaire

A cet effet, il est impossible de ne pas s’arrêter sur un fait. Il s’agit du dernier communiqué de Nidaa Tounes, en date du 8 septembre 2018, dans lequel le parti du fils du chef de l’Etat tunisien se montre outré par le débauchage massif qu’arrive à effectuer Youssef Chahed dans le bloc parlementaire de son ennemi Hafedh Caïed Essebssi. Dans ledit communiqué, «le parti Nidaa Tounes a désapprouvé le fait que le chef du gouvernement reçoive, au Palais Dar Dhiafa à Carthage, un bien appartenant à l’Etat, des députés du groupe parlementaire de Nidaa Tounes pour leur demander de rejoindre le nouveau bloc parlementaire de « la Coalition nationale ». Ce n’est pourtant pas la 1ère fois que Chahed le fait. La 1ère fois, c’était en juin 2018 et il n’y avait eu aucun communiqué indigné du Directeur Exécutif de Nidaa Tounes. Au contraire, le député Ons Hatab, déclarait, le 14 juin sur Shems FM, que la majorité de ses collègues souhaiterait que Youssef Chahed reste à la tête du gouvernement. Désormais, Soufiene Toubel, qui participait pourtant à ce 1er contact, «condamne pareils agissements » et les qualifie de «contraires aux pratiques démocratiques ».

Huit députés de Nidaa Tounes ont en fait décidé de démissionner du bloc parlementaire du parti et de rejoindre le groupe de la « Coalition nationale », déclarait samedi dernier à la TAP, le député Mohamed Rachdi. Il s’agit de Zohra Driss, Moncef Sellami, Ahmed Saïdi, Issam Mattoussi, Lamia Dridi, Jalel Guedira, Mohamed Rachdi et Marwa Bouazzi. Selon Driss, la «démission a été décidée à la suite de » ce qu’elle a qualifiée de « déception » quant à la manière de gérer et de diriger le mouvement Nidaa Tournes, », expliquant que «le directeur exécutif de Nida Tounes s’accapare tous les pouvoirs et n’accorde aucune considération aux structures et dirigeants du parti». Les huit députés comptent déposer officiellement leur démission au bureau de l’Assemblée des représentants du peuple mercredi prochain.

Le communiqué de Nidaa du 8 septembre confirme, cependant, de manière officielle, que des députés du bloc de Nidaa ont donné à Youssef Chahed leur accord signé qu’ils le rejoignent dans son combat contre leur chef Hafedh Caïed Essebssi. Ceci confirme que Chahed est en train, s’il n’y est pas déjà arrivé, de constituer son propre bloc parlementaire. Le premier pas en avait été déjà fait par la constitution, fin août 2018, du bloc «Coalition Nationale », conduit par Mustapha Ben Ahmed à la tête de 34 députés, à savoir des indépendants, des démissionnaires de groupes parlementaires des mouvements «Machrou Tounes » et «Nidaa Tounes » ainsi que des députés du bloc de «l’Union patriotique libre» et du «Bloc national». Désormais et à en croire le député Sahbi Ben Fraj, le bloc parlementaire soutenant Youssef Chahed compterait 120 députés. Plus que les 109 voix nécessaires devant l’ARP.

Coalisé avec l’UGTT contre Chahed, le second parti du pouvoir ne contrôlerait plus presque rien à l’ARP et donc de l’action du gouvernement qu’il voudrait voir tomber. C’est cela en premier qui fait peur à Nidaa.

  • Chahed se confectionne un nouveau profil de candidat bancable pour 2019

Avec son propre bloc parlementaire, le chef du gouvernement qui deviendra un «Macron» à la tunisienne avant terme, aurait ainsi largement de quoi faire passer toutes ses réformes économiques et financières et de quoi même passer sereinement devant l’ARP s’il lui fallait remanier son gouvernement. Ce faisant, Youssef Chahed pourrait devenir le chef du gouvernement qui concrétise ce qu’il promet et qui peut faire ce qu’il dit. Il pourrait même s’affranchir des pressions des «amis», comme d’entre les dents d’Ennahdha. Chahed deviendrait alors son propre chef, un homme d’Etat qui n’aurait plus besoin de parler, car ses actions voteraient pour lui, s’il venait à candidater. C’est la seconde grande peur de Nidaa père et fils, mais aussi du reste de l’opposition qui n’aura plus que ses yeux pour pleurer et ses voix pour insulter le gouvernement et l’accuser de tout ce qui se passe en Tunisie. Avec 120 députés à ses côtés, il n’aura plus de quoi se soucier et sa voie pourrait être toute tracée vers Carthage et qui sait, vers la prochaine ARP. C’est ce que tente d’empêcher, Béji Caïed Essebssi, le Nidaa de son fils et d’autres petits partis de l’opposition. Cela mettrait en danger tout autre candidat et même la candidature de BCE lui-même. Le second danger est là !

  • Chahed a tout appris ou presque

La 3ème peur, de Nidaa surtout, est que Youssef Chahed soit devenu, depuis quelques temps, acteur et non comparse dans les joutes politiciennes. Illustre inconnu politique, comme nous l’écrivions en juillet dernier, le chef du gouvernement tunisien a, mois après mois, crise après crisette, appris à jouer dans la cour des miracles. De chassé, il devient chasseur en utilisant les mêmes moyens et les mêmes procédés et procédures de ses chasseurs et en choisissant son propre timing. Il défie le chef de l’Etat, comme avec la démission de l’ancien ministre de l’Intérieur Lotfi Brahem, ou comme, en mai dernier, lors de sa sortie télévisée contre le fils de BCE. Il s’affiche contre l’omnipotente UGTT et casse même ses grèves par les réquisitions, dans le transport et même au tribunal. Bref, Youssef Chahed que Nidaa, famille et alliés, voulaient dégager, semble désormais avoir pris sa destinée en main et appris à batailler avec les mêmes armes que ses adversaires à qui il rend parfois coup pour coup. C’est un tel adversaire, lors des prochaines échéances électorales, qui fait peur à ses adversaires, Nidaa en tête. Et s’il se «Macronisait» entièrement en créant son propre parti avec les pousses de la coalition nationale qui devrait former son propre bloc parlementaire et avec un conseiller politique comme Kamel Haj Sassi, la bataille pourrait être rude pour eux !

1 COMMENTAIRE

  1. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme (Mr Lavoisier).
    En effet le rang politique s’acquiert par le travail, la persévérance et le sens d’acceptation chez la population. Dans tous les cas l’acceptation peut commencer par l’héritage mais ne peux progresser que par les bonnes intentions suivies d’actions tangibles. Mr BCE, a promis ses électeurs de laisser les jeunes compétences diriger le pays, et il semble qu’il tient toujours ses promesses. La vrai démocratie est de laisser le peuple averti par les honnêtes médias(quatrième puissances) faire son choix. Une éducation collective contre le populisme et les fausses rumeurs, peuvent aider notre pays à dépasser les blocages actuels. Notre population est intelligente, informée et soucieuse de son avenir de celui de ses enfants.
    Seuls qui peuvent l’aider, sont ceux qui savent remettre la machine du travail dans une ambiance de justice, d’amour et de respect à son contemporain et à son prochain avec l’acceptation du sacrifice collectif à partager proportionnellement entre nous tous.
    Les lumières d’espoir seront alors allumées pour un glorieux et bel avenir à la faveur des laborieux, sincères édificateurs et smart Tunisiens.
    Quelques soient les noms des personnes et partis : Vive notre douce, paisible, agréable mais pauvre Tunisie.

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