Silence, il tourne autour du même pot!

Silence, il tourne autour du même pot!

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Après les orgies de communication de l’ancien CDD d’Ennahdha Habib Jemli, lorsqu’il s’efforçait encore de former son gouvernement à Dar Dhiafa, c’est désormais le silence assourdissant au palais de Carthage où a été délocalisée la mission de refaire le film des négociations pour le gouvernement.

Les équipes de Jemli ne faisaient pas toujours de la bonne communication, mais la population était toujours informée, presque minute par minute, des tenants et des aboutissants de la mission du CDD Jemli, qui il recevait, avec qui il se consultait et qui pense quoi du travail de Jemli. Avec Kais Saïed, c’est la communication du silence qui semble avoir été choisie.

Le chef de l’Etat, Kais Saïed et son équipe, y ont désormais repris constitutionnellement la main. Mais ils restent pour l’instant aussi muets qu’une carpe. Un silence que même la chargée de Com n’a pas encore daigné rompre, alors que la question est d’une importance vitale aussi bien pour la scène politique locale que pour la scène financière et économique internationale.

  • Consultations : Silencieux, Saïed ne semble pas être pressé. L’article 89 ne l’y oblige point

Officieusement, les négociations pour la formation du gouvernement devaient débuter «dans un délai de 10 jours », selon l’article 89 de la Constitution (Ndlr : 3ème ligne du 3ème paragraphe de l’article 89). Un article qui ne précise pas la date ou l’évènement à partir duquel courrait ce fameux délai de 10 jours. Aucune annonce officielle émanant de Carthage n’ayant été faite jusque-là, on pourrait comprendre que Saïed mènerait les consultations quand il le pourra. Une autre tare de la fameuse Constitution qui aurait été saluée par tout le monde et même applaudie dans les plus hautes instances internationale !

Constitutionnellement, le chef de l’Etat devra faires ces consultations, uniquement et en exclusive, avec «les partis politiques, les coalitions et les groupes parlementaires », dit encore le même article 89. Or, dans une lettre ouverte rendue publique hier dimanche 12 Janvier et signée par Mounir Charfi, l’ONDCE, l’Observatoire national de défense de la civilité de l’Etat (ONDCE) qui appelle le chef de l’Etat « à élargir le cercle de dialogue et à impliquer les acteurs de la société civile démocratique aux côtés des partis politiques dans le processus de choix de la personnalité qui aura à former le gouvernement, pour en garantir la stabilité dans le cadre de la continuité de l’Etat».

  • La société civile demande à être associée aux consultations de Saïed

L’Observatoire appelle aussi Kais Saïed à« désigner une personnalité nationale indépendante parmi les hautes compétences nationales ayant un rayonnement national et international portant une vision stratégique globale sur la situation actuelle et les solutions possibles eu égard aux difficultés socioéconomiques et aux défis extérieurs auxquels se heurte le pays ». Cette personnalité devra avoir vocation à« former un gouvernement de salut national d’un effectif réduit, respectant la parité et la compétence, loin du principe des quotas partisans, et ce dans le cadre d’un programme gouvernemental étudié».

Et alors que ces consultations n’ont pas encore officiellement démarré, la blogosphère tunisienne a déjà commencé son travail de lobbying en faveur de telle ou telle personnalité. Ainsi, des noms, comme ceux des anciens candidats aux présidentielles, Mondher Znaïdi et Mustapha Kamel Nabli, l’ancien gouverneur de la BCT sous Ben Ali, Taoufik Baccar, et même l’intermédiaire entre Jemli et l’opposition Jawhar Ben Mbarek, ont été lancés sur la toile.

L’actuel chef de gouvernement Youssef Chahed, qui aurait été, selon nos sources, l’un des artisans du revirement de la position de Nabil Karoui contre Ennahdha, et dont le nom avait aussi circulé en lien avec ses bonnes relations avec le chef de l’Etat, avait déjà déclaré ne pas être intéressé.

  • Des candidatures spontanées lancées sur fb

Il reste à signaler que le prochain chef gouvernement dudit «gouvernement du Président» sera constitutionnellement choisi sur le seul critère de l’aptitude, sans autre forme de précision. Il est peu probable, selon les observateurs, qu’il soit issu d’un parti politique. On attendra donc pour savoir qui sera l’oiseau rare de Saïed. Mais aussi quel type de gouvernement il lui donnera mission de composer, celui du minimum nécessaire, celui d’un gouvernement regroupé en pôles, un gouvernement d’union nationale comme le voudrait Ennahdha, ou de Salut national comme le voudraient Qalb Tounes et d’autres partis dont Tahya.

Si réellement indépendant, il sera handicapé par l’absence d’une ceinture politique qui pourrait être capable de lui assurer les 109 voix nécessaires au vote de son gouvernement. Il portera, dans tous les cas, la patte de Kais Saïed. Et malgré tout cela, il est fort improbable qu’il soit rejeté comme Jemli, tous les partis de l’ARP ayant en tête l’opportunité qu’il offrira alors à Saïed de dissoudre leur «auguste» Assemblée. C’est par ailleurs l’intention qu’on lui prête et dont il ne se cacherait pas. Et pour l’instant, c’est le silence des agneaux hors caméras ! Silence des partis, mais aussi des médias, où aucun plateau n’a été consacré à ce nouveau type de Com du chef de l’Etat à propos d’une question vitale pour toute la population !

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