Somalie : il y a de l’espoir, mais aussi beaucoup de boulot...

Somalie : il y a de l’espoir, mais aussi beaucoup de boulot !

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En Somalie, « le sentiment du possible » s’est substitué à celui de « l’impossible », a déclaré, ce matin, M. Nicholas Keating, pour sa dernière intervention devant le Conseil de sécurité en sa qualité de Représentant spécial du Secrétaire général pour ce pays de la Corne de l’Afrique. Selon lui, les problèmes structurels qui ont façonné le paysage politique et sécuritaire de cette nation troublée ne devraient pas occulter certaines réalisations remarquables des trois dernières années.

Au nombre d’entre elles, le haut fonctionnaire a cité une transition pacifique du pouvoir présidentiel, avec un résultat dont la légitimité a été acceptée ; la création d’une Chambre haute représentant les États fédéraux; et la hausse du pourcentage de femmes députées, passé de 14 à 24%, un taux supérieur à la moyenne mondiale et africaine, et dont Mme Phumzile Mlambo-Ngcuka, la Directrice exécutive d’ONU-Femmes, s’est aujourd’hui félicitée.

En outre, pour s’attaquer à l’insécurité chronique qui règne dans le pays, l’architecture nationale de sécurité et la solution globale pour la sécurité ont été pensées dans le cadre du transfert de responsabilités de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) aux forces de sécurité, lequel est en cours.

Attention toutefois au risque posé par un retrait « prématuré » de cette opération de maintien de la paix, alors que l’organisation terroriste Chabab a, il y a trois jours à peine, perpétré une attaque meurtrière à la voiture piégée contre un bâtiment officiel en plein cœur de Mogadiscio.  Face à ce climat « persistant » de « profonde insécurité », le succès de la mise en œuvre de l’architecture de sécurité nationale et du plan de transition dépendra avant tout de l’application des accords conclus entre leaders somaliens sur la répartition des responsabilités respectives.

Dans son rapport, que M. Keating était venu présenter aux membres du Conseil, le Secrétaire général invite instamment les dirigeants de la Somalie à « procéder à l’intégration des forces régionales dans les rangs de la Police et de l’Armée nationale somaliennes, à définir les rôles et responsabilités des divers services de sécurité fédéraux et régionaux et à préciser davantage les principes gouvernant le commandement et le contrôle, la taille, la répartition et le financement des entités du secteur de la sécurité ».

Or, le pays est miné par un « déficit de confiance » entre le Gouvernement central et les États fédérés, a expliqué le Représentant spécial, en faisant part de sa préoccupation par la décision récente des seconds de suspendre leur coopération avec Mogadiscio.  « Comme partout ailleurs, les mésententes, désaccords, différences idéologiques et les débats énergiques ont fini par devenir la base du Gouvernement », a tempéré le représentant de la Somalie.  « Nous entendons bien promouvoir le rapprochement des positions » par la reprise du dialogue, a-t-il assuré.

Le Représentant spécial a lancé un appel aux États fédérés pour qu’ils fassent du prochain Conseil de sécurité national, convoqué par le Président somalien les 17 et 18 septembre prochains, le moyen de se montrer constructifs à cet égard.

Le Chef de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) et Représentant spécial du Président de la Commission de l’Union africaine pour la Somalie, M. Francisco Madeira, a lui aussi pointé du doigt les dangers posés à la fois par les agissements des Chabab et la « course au pouvoir » des dirigeants somaliens.  Par conséquent, les forces nationales somaliennes doivent être appuyées dans leur lutte contre la menace de l’extrémisme violent dans un contexte global.

En effet, la séance d’aujourd’hui s’est déroulée sur fond « d’avancées significatives » dans la Corne de l’Afrique, a relevé le représentant de l’Éthiopie, suivi en cela par les membres du Conseil.  « Mon Premier Ministre a effectué sa première visite officielle à Mogadiscio en juin dernier, démontrant le ferme engagement de nos deux pays à hisser leurs relations à un autre niveau », s’est-il enorgueilli.

Par la suite, la visite du Président somalien à Asmara a ouvert une nouvelle ère de relations diplomatiques entre l’Érythrée et la Somalie.  Enfin, le Sommet entre ces deux pays et l’Éthiopie qui vient de se tenir à Asmara et la visite de leurs ministres des affaires étrangères à Djibouti ont aussi conduit à l’ouverture d’un « nouveau chapitre des relations entre Djibouti et l’Érythrée », a fait valoir le représentant.

« Le vent du changement qui souffle sur la sous-région a fait naître un nouveau sentiment d’espoir et d’optimisme pour la paix et la stabilité régionales », s’est enthousiasmé le délégué éthiopien, qui émis l’espoir que la manifestation de haut niveau sur la Somalie, que son pays coorganisera, ici même à New York pendant la semaine de haut niveau, contribuera à mobiliser l’appui nécessaire aux initiatives de paix dans ce pays et à progresser vers les élections, prévues en 2020.

C’est que la Somalie s’emploie aussi à son redressement économique, a rappelé son représentant, en soulignant à quel point l’engagement à long terme des partenaires internationaux demeure indispensable pour continuer d’attirer des investissements à la fois publics et privés. Une tâche d’autant plus « difficile », a prévenu M. Keating, que le pays est extrêmement vulnérable aux chocs climatiques : 2,6 millions de personnes sont toujours déplacées, pas simplement par les violences, mais aussi par la sècheresse, les crues soudaines ou encore l’ouragan Sagar, qui a sévi en mai dernier.

Pour surmonter tous ces obstacles, « la volonté politique à elle seule sera insuffisante, des capacités concrètes sont indispensables », a résumé le haut fonctionnaire.

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