La succession d’annonces et de démentis, aujourd’hui, de la démission du Chef d’état-major de l’armée de terre, le Général Mohamed Salah Hamdi ont ajouté au trouble ambiant et alourdi un climat déjà pesant.
En fait, le ministère de la Défense a confirmé la démission qu’il avait auparavant démentie, indiquant qu’elle a été réellement présentée le 23 juillet et est devenue effective aujourd’hui mercredi. Ces circonstances nous rappellent, point dans le détail il est vrai, une confusion semblable qui a accompagné la démission du général Rachid Ammar, chef d’Etat-major des trois armées, il y a un an (juillet 2013).
Cette confusion a été déclenchée jeudi 4/7/2013 par le président du Courant démocratique, Mohamed Abbou, qui avait appelé alors à un changement dans le commandement militaire. Profitant de l’explosion d’une mine, ayant fait deux morts et deux blessés dans les rangs de l’armée à Jebel Chaambi, Abbou avait publié, à l’époque, un article sur sa page Facebook sous le titre « Il est temps de changer le commandement militaire ».
L’argument de Mohamed Abbou, qui n’a pas une formation militaire ou sécuritaire, était simple: même si le commandement militaire a fait les efforts nécessaires, il peut être changé en cas d’échec, et cela arrive dans les plus grandes démocraties », soulignait-il « .
Il juge que les institutions ont besoin d’un nouveau souffle, et que dans les administrations, « nul n’est irremplaçable », estimant qu’un tel changement est de nature à améliorer le rendement de l’institution. Il fixe la mission du nouveau chef d’Etat-major comme suit: Il ne fermera pas l’œil avant la résolution du casse-tête de Jebel Chaambi, avant de demander la levée de l’état d’urgence, puisque « le temps est venu de se préparer au retour des officiers et soldats à leur rôle initial, la protection des frontières ».
En fait, ces propos tenus à l’approche d’une crise politique grave, ne pouvaient être que soufflés. Et l’objectif en était de pousser Rachid Ammar à la démission. D’autant que l’initiative de Mohamed Abbou ne peut être comprise qu’en rapport avec les révélations d’Aziz Krichène dans son interview à Telvza TV, un certain vendredi 2 mai 2014. Krichène a relaté, en témoin oculaire, l’ambiance qui régnait à Carthage et à Montplaisir. En juillet 2013, dit-il, « C’est l’assassinat de Mohamed Brahmi. Il s’ensuit une grave crise à la fois institutionnelle et politique. L’opposition boycotte les travaux de l’ANC, certains rêvent même d’un scénario à l’égyptienne, où l’armée venait de déposer Mohamed Morsi, alors que les ultras d’Ennahdha, le CPR et ses dérivés poussaient à l’affrontement avec des arrestations massives ». Aziz Krichène commente les menées de ces ultras, dont Abbou ne devrait pas être loin, en affirmant qu’ils ont œuvré à la mise en pratique d’un scénario égyptien à l’envers. On était au bord de la guerre civile. Heureusement, note Krichène, que Ghannouchi a fait pencher la balance en faveur des colombes au sein de son parti, alors que Ben Jaafar a suspendu les travaux de l’ANC, pour calmer les esprits « .
Les appels de Abbou au remplacement de Rachid Ammar et au retour des militaires dans leurs casernes constituaient une ingérence éminemment politique dans les affaires techniques de la défense et de la sécurité et s’inscrivaient dans un plan dévoilé, dix mois plus tard par Aziz Krichène , mais illustrent une attitude dont se sont réclamés les responsables politiques proches de la présidence de la République.
Déjà Hédi Ben Abbas qui parlait en marge des funérailles de Chokri Belaid en février 2013, a été rappelé à l’ordre par Abdelkrim Zbidi, ministre de la Défense, qui lui a demandé de cesser de parler au nom de la présidence de la République au sujet des rapports entre la Présidence et l’Institution militaire.
Et le même Abdelkrim Zbidi avait catégoriquement démenti, le 25 février 2014, les déclarations de Adnene Mansar sur «un putsch politico-militaro-sécuritaire déjoué par la présidence provisoire de la République». Moktar Ben Nasr, alors porte-parole du ministère de la Défense, avait également démenti les propos de Adnène Mansar.
Cette nouvelle tradition instaurée par la présidence de la République et les partis qui gravitent dans son orbite, aboutit sur le plan pratique à mettre les institutions militaire et sécuritaire à la merci des aléas politiques, ce qui porte préjudice à l’Etat et à sa vocation fondamentale d’être au-dessus des clivages politiques.
Aboussaoud Hmidi








