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Tunisie : Le nouveau PDG de la Pharmacie Centrale parle et dit l’inédit

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La Pharmacie centrale de Tunisie (PCT), centrale d’achat des médicaments pour tout le pays, a depuis deux mois un nouveau PDG. L’ancien a été changé en pleine crise de médicaments, mais ce n’est pas de lui que parlait le ministre Imed Hammami, lorsqu’il annonçait le 13 avril dernier sur une radio privée qu’une enquête était en cours sur un grand dossier de corruption au sein de la PCT. Ce dossier fait d’ailleurs suite à un rapport du CGF et l’enquête se poursuit encore.

Le dernier en date, Aymen Mekki, a ainsi hérité de l’unique centrale d’achat de médicaments en Tunisie d’un chiffre d’affaires moyen de plus de 1,3 Milliard DT, mais qui a terminé l’exercice 2017 avec un important déficit. Surtout, il a hérité de 440 MDT de dettes auprès des hôpitaux publics, dont 60 MDT auprès du CHU de Sfax, 37 MDT auprès de l’hôpital Charles Nicolle de Tunis et 9 MDT auprès de l’hôpital régional de Kasserine qui ne paie plus rien depuis janvier 2017. Dette aussi, de 440 autres MDT, auprès de la CNAM qui ne rembourse pas car elle n’est pas payée par les caisses sociales, défaut qui fait l’essentiel de son déficit.

En face, la PCT doit l’équivalent en devises, de la somme de 480 MDT à ses fournisseurs étrangers. Cette somme devrait même atteindre les 700 MDT d’ici la fin de l’exercice 2017. Impayée par ses clients tunisiens, qui sont les hôpitaux, les EPS, les CHU dont elle est l’unique fournisseur en médicaments, tant sur le marché local que de l’étranger, la Pharmacie Centrale de Tunisie est en état de cessation de paiement de ses fournisseurs. Les clients consomment en quelque sorte gratis ce que la PCT leur importe en devises. Et si les fournisseurs locaux pouvaient patienter ou étaient plus facilement payables, les laboratoires étrangers sont inflexibles et usent de tous les moyens de pression pour se faire rembourser, y compris les retards de livraisons et l’intox comme pour le cas des pilules contraceptives.

Ainsi, et contrairement à ce qui avait été dit, jusques et y compris par le ministre de la Santé, la Tunisie n’est pas black-listée, car la notion de black-list n’existe nulle part. «Il y a eu plutôt des assureurs, comme la Coface ou Euler-Hermès, qui assuraient les importations tunisiennes en médicaments auprès des laboratoires étrangers. Prétextant la mauvaise situation financière de la PCT, elles ont refusé l’assurance, ce qui oblige la PCT à agir par lettre de crédit, ce qui revient à un paiement au comptant selon les disponibilités de liquidités», explique Aymen Mekki pour Africanmanager.

  • Indisponibilité de certains médicaments certes, mais aucune indisponibilité de traitements

Pour l’instant, «l’effort se concentre actuellement, tant à la PCT (Pharmacie Centrale de Tunisie) qu’au ministère, sur la disponibilité des médicaments. Cela veut dire veiller à ce qu’il y ait toujours un traitement disponible pour toute maladie. On peut y arriver soit par médicament similaire, comme le générique, soit par un autre protocole. C’est ce qui fait qu’on s’en sort généralement bien jusqu’ici», indique ainsi notre source officielle. Et le nouveau PDG de la Pharmacie Centrale de Tunisie de d’affirmer, en réponse à ceux qui crient à tous ceux qui voudraient bien les entendre, que «ce que je peux assurer, c’est que nous disposons déjà et que nous disposerons toujours d’un traitement pour chaque maladie. Cela peut être par le médicament demandé, par médicament similaire ou par générique». C’est ainsi que le taux d’indisponibilité de traitement reste très faible et même impossible actuellement en Tunisie. Et Mekki de certifier même que «il n’y a pas de grande tension sur les médicaments des maladies chroniques. Là où nous avons un niveau d’alerte médicamenteuse assez important, c’est pour les médicaments des maladies rares et les produits importés pour ces maladies».

Toujours plus soucieux de calmer les tensions anticipatrices des malades et des clients, le premier responsable de la Pharmacie centrale en Tunisie admet l’indisponibilité de certaines marques de médicaments, mais pas l’indisponibilité de traitements pour toutes les maladies. Il explique, pour Africanmanager, l’indisponibilité de certaines marques par deux causes. «La première est qu’elles sont indisponibles au niveau international. La seconde est le non-paiement de certains laboratoires étrangers, par la PCT qui ne dispose pas d’argent».

  • Certains laboratoires font pression, par limitation de livraisons !

Aymen Mekki révèle même que «ces laboratoires font ainsi pression sur la PCT, en limitant les livraisons de certains médicaments. Ajoutez à cela les difficultés de planification de production chez certains fabricants tunisiens de médicament, suite à des difficultés financières propres qui les empêchent d’acheter la matière première». Ils sont 3 ou quatre dans ce cas, dont le laboratoire où l’Etat est actionnaire. Le PDG de la PCT n’en affirme pas moins que «malgré ses difficultés financières, la PCT a toujours payé les industriels tunisiens du médicament et ce sont les problèmes internes de certains d’entre eux qui créent des perturbations au niveau de la livraison et donc pour les malades ou les hôpitaux. Pour certains, nous avons appliqué la loi qui nous autorise à acheter ailleurs en faisant supporter la différence de prix sur le laboratoire défaillant. Mais ce n’est pas là la bonne solution. Nous tenons à acheter tunisien et en dinar tunisien. Nous avons un certain nombre de dossiers de ce genre que nous suivons. Certains laboratoires tunisiens s’étaient plaints en justice et cette dernière a donné raison à la PCT».

  • Tous les laboratoires étrangers seront payés, avant la fin 2018

Le 11 juin 2018, un CIM décidait l’injection de 500 MDT dans les caisses de la PCT. Les ministères des Finances, du Développement et de la Santé et la BCT, ont été chargés d’étudier les moyens de cette injection, ainsi que des procédures de mobilisation des ressources nécessaires et la définition des           montants à mobiliser et les lieux de cette mobilisation. «La situation des finances publiques tunisiennes étant ce qu’elle est, il se pourrait que la PCT sorte sur les marchés, local ou international, pour un prêt qui couvrirait ses besoins, avec la garantie de l’Etat», annonce le PDG de la PCT à Africanmanager. Pour cela, il faudra bien sûr attendre que l’ARP adopte le projet de loi ou de décret qui sera présenté par le gouvernement à cet effet.

Lors du même CIM du 11 juin, décision avait été prise de garantir à la PCT le versement de 50 MDT par mois, en paiement des médicaments livrés aux hôpitaux publics, «à l’exception des EPS et des CHU qui devront payer de leurs propres budgets», précise encore Aymen Mekki pour Africanmanager. Cette injection devrait permettre de soulager la situation de la PCT avec ses fournisseurs étrangers et y ramener un regain de crédibilité. Mais aussi soulager le marché local et le patient tunisien, qui sont actuellement sous stress. Ce qui est sûr, selon le PDG de la PCT, c’est que «le paiement des laboratoires étrangers se fera nécessairement avant la fin de l’année, comme s’y est clairement engagé le gouvernement lorsque nous avons rencontré les représentants de ces fournisseurs».

  • Dans 3 ans, la PCT atteindra l’équilibre financier et un prochain AOI au Dinar constant

Tout en essayant de gérer, à tête froide et de manière rationnelle et par un autre discours, la pénurie de certains médicaments en Tunisie, le PDG de la PCT met au point un nouveau Business plan (BP) qui puisse garantir le redressement financier de l’unique centrale d’achat nationale de médicament. Ce nouveau BP prévoit qu’en 2021, la PCT arrive à équilibrer les comptes, réalise ses premiers bénéfices en 2022 et dégage même assez de liquidités, en 2023, pour engager un plan d’exportation vers l’Afrique en partenariat avec le Cnip (syndicat des industriels de médicaments).

En attendant aussi, la PCT se penche désormais sur l’amélioration de la gestion du stock, action qui pourrait permettre un gain de 3 à 4 %. Cela deviendra possible à travers la prochaine numérisation de tout le secteur de la santé, du bon de commande de la PCT, à la gestion de ses stocks et ceux des hôpitaux, en passant par les polycliniques de caisses sociales où les détournements et les débordements ont fait l’objet d’un lourd rapport de la Cour des comptes. Le plan de numérisation a déjà été décidé par le dernier CMR du 11 juin 2018, suite à la visite du chef du gouvernement dans un hôpital de l’Ariana. Le ministre de la Santé a d’ailleurs requis 100 informaticiens pour ce grand projet et le gouvernement lui a donné accord pour une trentaine.

La PCT planche aussi sur la planification des achats en fonction de demandes planifiées des clients, pour éviter l’impact de la course aux commandes sur les prix des médicaments. Nouveauté dans ce domaine, le prochain lancement d’un appel d’offres international pour l’achat de médicaments ayant des similaires en Tunisie, au Dinar constant et payables en euros. Ce prochain appel d’offres international concernera une liste de plus de 70 produits.

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