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Tunisie : Les conseils de l’ex ambassadeur US Gordon Gray à Donald Trump

Témoin majeur des événements qui ont constitué la trame de la Révolution tunisienne et le « Printemps arabe » auquel elle a donné naissance, Gordon Gray, alors ambassadeur des Etats-Unis en Tunisie, a livré dans un compendium publié dans « Journal of Diplomacy », une chronique et une lecture toutes deux inédites du 14 janvier 2011, assorties de leçons qu’il importe d’en tirer et de « conseils importants » que le président américain Donald Trump et ses collaborateurs « seraient bien avisés de prendre en compte et de garder à l’esprit afin de protéger nos intérêts de sécurité nationale en Afrique du Nord et au-delà», écrit-il.

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« Nous avons jugé que la Tunisie avait les ingrédients nécessaires à une transition politique réussie, même si seul le temps nous dirait si ces ingrédients seraient suffisants. Aujourd’hui, les États-Unis ont la chance de compter sur des diplomates possédant une riche expérience en Algérie et au Soudan pour diriger nos missions », souligne le diplomate qui ajoute « avoir pu constater de visu en Tunisie comment l’Amérique façonne et influence encore les débats ». « Beaucoup à Washington ont le mérite de comprendre l’ampleur de la révolution tunisienne – et d’agir immédiatement pour saisir l’occasion qui s’offrait à elle-. Le peuple tunisien a pris acte de ce que Jeff Feltman ait été le premier haut responsable diplomatique américain à se rendre en Tunisie dix jours à peine après la fuite de Ben Ali, alors même que d’autres ministres du monde arabe étaient plus lents à accueillir et accepter le gouvernement de transition naissant. Les sénateurs John McCain et Joe Lieberman sont venus à Tunis en février 2011 et la secrétaire Hillary Clinton un mois plus tard ».

Un « contraste criant »

« Il est peut-être désinvolte de dire que quatre-vingts pour cent des réussites prennent corps mais il n’y a pas de chemin plus sûr vers l’échec que de ne pas agir de la sorte. Les États-Unis ne peuvent être un pouvoir diplomatique de premier ordre sans l’engagement public direct des hauts dirigeants et des dirigeants du Congrès. Le contraste entre 2011 et notre environnement actuel – lorsqu’un président isolationniste a ébranlé sa confiance dans le leadership américain et que des postes clés au sein des départements d’État et de la Défense restent vacants – est criant », assène Gordon Gray.

L’ex ambassadeur qui est actuellement directeur délégué aux opérations au Center for American Progress, rappelle que le président Obama a touché le peuple tunisien dans son discours sur l’état de l’Union en 2011 – prononcé onze jours après la fuite de Ben Ali – lorsqu’il a proclamé : « Les États-Unis d’Amérique soutiennent le peuple tunisien et les aspirations démocratiques de tous les peuples ». En écho, il rapporte que « des ministres et les citoyens moyens tunisiens m’ont dit, dans des termes pratiquement identiques, que cette manifestation de solidarité les avait émus jusqu’aux larmes ». Faisant un parallèle entre Obama et Trump, il affirme que « en 2011, nous avions un président qui était un auteur de renom et un orateur éloquent. Aujourd’hui, nous nous considérons comme chanceux lorsque Trump envoie un tweet ne contenant aucune faute d’orthographe ».

Et Gordon Gray d’abonder dans ce sens : « L’administration Obama et le Congrès ont joint l’acte à la parole et mis la main à la poche en élaborant un programme d’assistance complet pour renforcer l’économie tunisienne et répondre aux besoins des jeunes sans emploi et sous-employés qui avaient déclenché la révolution. Parmi les points saillants, annoncés à la suite d’une réunion au Bureau ovale entre le président Obama et le chef du gouvernement de l’époque, Béji Caïd Essebsi, le 7 octobre 2011, figuraient des garanties de prêt, la sélection du programme de seuil du Millennium Challenge Corporation et la création d’un fonds destiné à stimuler l’esprit d’entreprise. L’administration Trump, elle, cherchait à réduire radicalement l’aide américaine à la Tunisie de 67% (soit plus de 110 millions de dollars) et, dans sa dernière proposition de budget, voulait réduire le budget du département d’État de 23% ».

L’humilité, voici ce qui manque à Trump

Tout en célébrant l’humilité qui est « l’essence même de la diplomatie », Gordon Gray affirme que « les Tunisiens n’avaient pas besoin de fuites dans les dépêches de l’ambassade pour leur dire que la famille Ben Ali était corrompue et ils ont rejeté le discours centré sur l’Amérique qui disait que leur révolution n’aurait pas commencé et encore moins réussi sans Facebook ».Citant à ce propos un haut responsable américain qui disait que «le printemps arabe comptait pour nous, mais ne nous concernait pas», il assène que « contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’humilité ne fait pas partie du vocabulaire de Trum ».

Autre parallèle entre Obama et Trump dressé par Gordon Gray : « Le président Obama a fait campagne sur l’espoir et le changement et a déclaré que le Printemps arabe avait montré que «la volonté du peuple était plus puissante que la dictature d’un dictateur». « Le président Trump, lui, félicite des autocrates comme Vladimir Poutine et Kim Jong-Un, tout en insultant les dirigeants élus démocratiquement des alliés de l’OTAN tels que Justin Trudeau et Angela Merkel ».

« La transition politique de la Tunisie- de l’autoritarisme des années Ben Ali jusqu’au au transfert pacifique du pouvoir après des élections libres et équitables- constitue un modèle pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Poursuivant sur sa voie démocratique, la Tunisie organisera des élections législatives le 6 octobre et le premier tour de l’élection présidentielle le 10 novembre. L’élite dirigeante d’Alger et de Khartoum devrait mettre en œuvre la volonté de son peuple et suivre l’exemple de la Tunisie », recommande Gordon Gray.

Et de conclure : « Alors que la Tunisie continue à faire face à de réels défis économiques et sécuritaires, le soutien américain a contribué à atténuer sa difficile transition. Nos efforts illustrent les avantages de la poursuite d’une politique étrangère stable, réfléchie et axée sur les valeurs, au lieu d’émettre des déclarations erratiques et explosives sur Twitter. L’administration Trump devrait tenir compte des leçons tirées de la diplomatie américaine en Tunisie et les appliquer aux interactions de notre nation à travers le monde ».

LM

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