Un repris de justice, un interdit de voyage, un récidiviste, un Calife...

Un repris de justice, un interdit de voyage, un récidiviste, un Calife et un tartuffe sur la liste des 26

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A 26, l’ISIE aura fait un sérieux coup de tamis dans la liste des candidats tunisiens au poste de président de la République. La perspective d’être le locataire du mythique Palais de Carthage, où avaient régné les Beys de Tunis, Bourguiba et Ben Ali, où un «droit-de-l’hommiste» avait reçu extrémistes religieux et où un Bourguibiste avait failli réussir son mandat de bon président, avait pourtant attiré un tas d’autres énergumènes, comme le miel attirerait des bourdons.

  • Le fourre-tout des 97, épluché au rabot de l’ISIE

97 Tunisiens, dont un avocat homosexuel, une danseuse, un artiste peintre en fin de carrière, un repris de justice, un interdit de voyage avec gel des fonds, un ancien frère-musulman qui baisait le front de son maître à penser, des frères-ennemis d’une gauche divisée par l’appât du siège, un ancien chef de gouvernement qui appelait au 6ème Califat, et un tas de « Coluche » à la tunisienne, le siège de l’ISIE en a vu passer.

Elle a finalement pris peu de temps, il faut le dire, pour opérer le casting de la présidentielle anticipée de 2019. Exit notamment l’homosexuel déclaré, la danseuse effrontée et l’artiste éploré à la vue du cercueil de l’ancien président et qui s’y voyait déjà. Exit aussi, le candidat à la chemise bariolée, le vieillard édenté avec son sac plein d’argent entre les pieds et l’ancien militaire franco-tunisien à la culotte qui dépassait le pantalon. Exit encore le Recoba de triste mémoire, le sociologue qui y perdra un véritable laboratoire, l’ancien employé du palais de Carthage qui enviait tellement ses «maîtres» qu’il voulut goûter à leur siège. Pour eux, comme pour les 71 autres, les feux de la rampe s’éteignent et ils ne verront pas de sitôt un journaliste les interviewer.

Ne sont ainsi restés que les «têtes brûlées», refusant de se laisser faire face aux apparatchiks des anciens régimes, aux «Ezlems», aux créations des médias, la tête tournée par les sondages, aux frustrés des élections de 2014, à ceux qui comptent se refaire une virginité, légale et politique, et devenir les oubliés du 4ème Bureau (siège de la brigade du contrôle fiscal à Tunis) dès l’entrée à Carthage.

  • Un casting à 260 mille DT pour un coût de 84 MDT

Un casting qui n’aura rapporté que 260 mille DT (10.000 DT par candidat) aux caisses d’un Etat qui devra dépenser 84 MDT pour organiser les élections. Le budget a augmenté de 60 % cette année, pas la contribution de 10 mille DT des candidats.

Un casting, fait en dépit de toute logique, d’éthique ou de simple concurrence légale. Un casting où personne ne sera inquiété par ses antécédents judiciaires, qu’ils soient de droit commun ou de caractère politique.

Un casting où personne ne sera obligé, contrairement à tout individu lambda qui voudrait acheter un simple véhicule, de présenter son quitus fiscal, encore moins de prouver qu’il a fait son service militaire. Ce sont pourtant ces personnes qui sont censées être « plus blancs que blancs » et être des icônes de probité, de droiture, et d’humanité.

Un casting enfin, qui ne respecte pas l’égalité des genres, avec deux femmes en face de 24 hommes. Selma Elloumi Rekik est une femme d’affaires qui réussit, mariée à un ophtalmologue de renom et qui s’était essayée à toutes les composantes de Nidaa avant de le quitter pour voler de ses propres ailes. Abir Moussi, une ancienne RCDiste qui s’assume, mariée à un homme appartenant au corps de la sécurité et qui n’a pour ennemi, politique, qu’Ennahdha sur lequel focaliserait presque tout le programme de son parti.

  • Les bizarreries du casting

Mais c’est aussi un casting où on retrouve un homme de médias, Nabil Karoui, interdit de voyage et aux fonds gelés. Un candidat qui résiste à toutes les séquences audio fuitées et qui ne donnent point de lui l’image d’un bon futur président. On y retrouve un homme d’affaires converti en politique, Slim Riahi, repris de justice dont le dossier de candidature à la Présidentielle aurait été déposé par une autre personne, sur procuration. Peut-être compterait-il faire sa campagne électorale par procuration aussi ?

On y trouve un rebus d’Ennahdha, Hechmi El Hamdi, vivant en Angleterre et qui croit refaire le coup des Législatives de 2014 où il avait presque promis une république en «All Inclusive», un homme de gauche, Hamma Hammami qui n’avait jamais travaillé et voudrait «apprendre la coiffure dans les têtes des orphelins», comme dirait le proverbe tunisien. De la même gauche, dite «caviar» le banquier Mongi Rahoui, en guise de frère-ennemi, rebelle à l’autorité du «Commandante» Hamma qui avait déjà essuyé un premier échec en 2014, malgré son nouveau Look «à la Sape».

Mais on trouve aussi, dans le casting 2019, un ancien de la Choura d’Ennahdha, Hatem Boulabiar, un entrepreneur dans les Tics, qui a claqué la porte après que le Cheikh lui a fermé la fenêtre des têtes de listes des législatives. Une tête bien faite, si ce n’est son retournement par les islamistes. Plus Nahdhaoui que lui, l’avocat «dandy» Abdelfattah Mourou et ses fourberies devenues légendaires, ou encore le 1er chef de gouvernement de la 2ème République, devenu loup solitaire au sein de la confrérie qui l’a éloigné du troupeau, Hammadi Jbali qui appelait un jour à Sousse, à l’avènement du 6ème Califat en terre d’Islam.

On trouve aussi, dans ce fourre-tout des présidentielles 2019, un ancien «droit-de-l’hommiste», Moncef Marzouki, payé à la pige chez une chaîne TV étrangère alors qu’il était président, qui recevait des extrémistes aux palais présidentiels et qui n’a pas su être président, comme dira de lui à juste titre, notre collègue Nizar Bahloul. Mais aussi, un ancien syndicaliste (Abid Briki) qui se déclarait, un jour sur les ondes de la radio nationale tunisienne, heureux que les hommes d’affaires étrangers quittent la Tunisie. «On gardera leurs usines et on exportera tout seuls», disait-il joyeux. On y retrouve encore l’avocat controversé Seif Makhlouf, depuis qu’il avait été photographié l’arme à la main en Libye avec des Daichi. L’homme défraie toujours la chronique avec ses plaidoiries en faveur de tous les ennemis de la République.

On passera sur l’assistant universitaire, Kais Saïed, qui a fini par récupérer ses parrainages volés, ou encore sur ce chroniqueur TV, Safi Said, qui n’avait rapporté que 0,8 % des voix lors des Présidentielles de 2014. On passera aussi sur la paire féminine du couple Abbou, Mohamed, qui rigole chaque fois qu’on lui pose la question de savoir «si Mohamed et Samia 3abbou ou pas encore» ! Quant à l’ancien juge et ex gouverneur de la capitale, Omar Mansour, il rêve certainement, en couleur et en 3D peut-être car le poste est loin de le lui permettre, de balayer le pays comme il l’a fait avec le commerce parallèle. Neji Jalloul avait déjà à l’Ites, trouvé le remède miracle pour un sauvetage économique de la Tunisie, en 6 mois. L’homme, il est vrai, avait été l’un des rares à savoir faire front à la puissante centrale syndicale, et l’a payé de son fauteuil de ministre.

On retrouvera enfin, dans ce casting de joyeux lurons, l’ancien ministre des Finances (Elyes Fakhfakh) d’un Ettakatol qui avait été classé dans la case des «zéro virgule» en 2014. Un Saïd Aïdi aussi, trop gentil pour prendre les armes et faire feu pour «tuer», dans ce qui sera une véritable guerre de Troie. Un Mehdi Jomaa qui espère transformer son «Bad Deal» en Good-Will, malgré les attaques, parfois très personnelles pour être honnêtes.

Mais aussi un «militaire en civil», Abdelkerim Zbidi qu’Ennahdha courtise verbalement et qui reste aussi discret que «la grande muette». L’homme providentiel, en disait un journal étranger et que beaucoup espèrent l’homme de la situation. Et enfin, un Youssef Chahed, témoin de 3 années de douces transformations économiques, dont les autres ne veulent rien voir et lui en voudraient même du moustique qui piquerait une vache au fin fond de la Tunisie. «Dernier des Mohicans», l’actuel chef de gouvernement aurait certainement aimé le Post d’Aymen Errais qui trouve que la critique est aisée, mais l’action difficile. Il n’en mérite pas moins, à notre avis, ce qui lui arrive, faute de bonne communication, de trop de main tremblante sur certains dossiers, de laxisme et faute de certaines amitiés dans son entourage qu’il n’a pas su, ou voulu, cleaner.

Un casting, en définitive loin d’être banal et à certains égards même rigolo. Mais un casting qui n’est que le reflet de la classe politique née de la révolution, dite du printemps arabe, en Tunisie. Une Tunisie qui ne peut, c’est presque compréhensible, aller plus vite que la musique. Nicholas Chamfort disait, dans l’une de ses maximes, que «la plus jolie fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a».

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