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Washington Post révèle pourquoi l’armée a refusé de tirer sur les manifestants en 2011

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Le journal américain « The Washington Post » a publié mardi 22 mai 2019 les résultats d’une étude qui vise à expliquer pourquoi l’armée tunisienne avait refusé de tirer sur les manifestants lors des événements de 2011.

Dans cette enquête, 72 militaires tunisiens à la retraite ont été interrogés sur leur réaction si on leur ordonnait de tirer sur les manifestants. Deux facteurs sont apparus comme des prédicateurs significatifs de la défection.

Le premier était l’identité des officiers. La majorité des militaires tunisiens, en particulier ceux des rangs inférieurs, sont recrutés dans les régions intérieures du pays. Pendant des décennies, ces régions ont été négligées par rapport à la côte et ont donc été à l’origine de nombreuses manifestations. Venant des mêmes régions de l’intérieur, les soldats ont donc tendance à sympathiser avec les demandes des manifestants. Lors de l’enquête, les officiers originaires de l’intérieur du pays étaient presque deux fois plus susceptibles de se ranger du côté des manifestants que les officiers de la côte.

Plus généralement, ces résultats suggèrent que la composition de l’armée par rapport aux manifestants a joué un rôle critique dans la défection. Les militaires ont peu de chances de réprimer les membres de leur propre groupe régional.

Au-delà de la composition, les intérêts de l’armée constituaient le deuxième facteur prédictif de la défection dans l’enquête. L’étude estime que l’armée tunisienne était historiquement marginalisée par rapport au ministère de l’Intérieur ; souffrant de salaires plus bas, d’équipements délabrés et de peu d’influence sur la politique.

Bien que beaucoup de choses se soient améliorées après la révolution, les officiers continuent à rechercher une influence accrue sur la politique de sécurité nationale. Dans l’enquête, les officiers qui n’étaient pas satisfaits du niveau d’influence politique que leur donnait le gouvernement étaient nettement plus favorables à la défection. Ces résultats suggèrent que les officiers militaires se soucient non seulement de leurs intérêts matériels, mais également de leur pouvoir politique – en l’occurrence, de leur influence politique.

En bref, la composition de l’armée tunisienne et ses intérêts corporatifs ont probablement façonné son refus de réprimer les manifestations. The “Washington Post” considère que ces résultats sont de bon augure pour la démocratie naissante en Tunisie.

Des résultats qui confirment l’hypothèse que les futurs présidents ne pourront pas compter sur l’armée pour la répression, même en renforçant les intérêts de l’armée dans le but de la convaincre de la répression, l’identité des troupes fera encore la différence.

 Les régions côtières sont les fiefs électoraux des partis contre-révolutionnaires; forcer ces régions à envoyer leurs fils dans l’armée serait un suicide politique selon le journal. Mais avec une armée principalement recrutée dans les régions de l’intérieur, les élites côtières seront moins en mesure d’initier un renversement violent de l’autocratie.

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