Zargouni les énerve tous, et bien il persiste dans un journal français...

Zargouni les énerve tous, et bien il persiste dans un journal français !

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Jusqu’à ce que les sondeurs (Hassen Zargouni, le patron de Sigma Conseil, n’est pas le seul, même si c’est lui qui a trinqué le plus) publient les enquêtes qui prédisent aux formations politiques dites classiques – notamment Ennahdha et Nidaa Tounes – une catastrophe aux prochaines élections, tout allait bien entre les politiques et les instituts de sondage. Personne ne le crie sur les toits, mais les états-majors des partis, on le sait, sont de gros consommateurs de sondages, et pas qu’en Tunisie d’ailleurs, c’est un phénomène mondial. Ils se jettent goulûment sur les enquêtes rendues publiques mais également celles qu’ils commandent et destinées à une consommation en cercle restreint, pour affiner leurs stratégies et autres tactiques.

Mais au pays du jasmin, c’est le désamour en ce moment entre les politiciens et les sondeurs, les premiers accusant les seconds de filer aux citoyens de mauvais produits, mal faits et même contrefaits qui ne font qu’alimenter le pessimisme ambiant. Un mauvais procès car il suffit de voir le visage des Tunisiens, de discuter avec eux dans les salons de thé et les cafés pour se rendre compte que la perception, à tort ou à raison, que tout va mal dans le pays n’a besoin de rien ou de personne pour enfler dans les têtes…

Au lieu de voir ce qui cloche chez eux, au lieu de se demander si ce n’est pas le spectacle hideux qu’offrent fréquemment des députés absentéistes qui nourrit le désenchantement et la défiance populaires, les politiciens choisissent la solution de facilité : Tomber à bras raccourcis sur les sondeurs. Mais celui qui a brillé le plus dans l’acharnement contre Zargouni et ses pairs, c’est Rached Ghannouchi, le leader d’Ennahdha. Il voudrait, alors que son mouvement est au cœur du pouvoir et qu’il a des ministres clés dans le gouvernement, ne pas pâtir du mécontentement populaire; il voudrait avoir des sondages “nickel” alors que lui et les siens dirigent le pays et ont donc, de fait, une responsabilité dans tout ce qui a été fait ces dernières années; il voudrait que son statut d’opposant et gouvernant en même temps continue de mystifier les masses… Bref, ce qui irrite au fond les islamistes, c’est que leur duplicité, leur double langage et double posture opèrent de moins en moins, à en croire les enquêtes, et que les citoyens commencent à les mettre dans le même panier que toux ceux avec qui ils gouvernement et ont gouverné. Ça secoue ça, ça fait mal. Et bien mauvaise nouvelle : Zargouni n’a pas l’intention d’arrêter. C’est ce qu’on a compris dans l’entretien avec le journal français Le Point, paru sur son site ce mercredi 15 mai…

Zargouni évoque un « artefact statistique » qui se décline dans le fait de se déclarer six mois avant le scrutin. « Ces sondages ont provoqué des réactions d’une violence inouïe. Le président de la République et le premier parti à l’Assemblée nous ont cloués au pilori. Nos chiffres démontrent la fin du bipartisme. On a désormais cinq partis entre 10 et 20 % : le pays est ingouvernable, car ils se détestent tous. Le système est profondément ébranlé », a affirmé le patron de Sigma.

Interrogé sur la façon don s’exprime le mécontentement des Tunisie vis-à-vis de leurs politiciens, il a relevé « une appétence pour l’antisystème ou le hors-système ». Citant ce qui se passe en Ukraine, au Brésil, aux États-Unis, le Brexit, il a mentionné trois tendances qui sont actives, la quatrième étant passive puisqu’elle nourrit l’abstention. Aux municipales, seulement 20 % du corps électoral s’est déplacé. Surtout, il a mis l’accent sur la tendance exprimant la restauration «  née du sentiment de l’incurie de l’État ». Une partie de l’opinion exprime un besoin d’ordre, de « martialisation », d’autocratie : c’est la figure d’Abir Moussi, et son parti PDL, qui l’incarne. Elle surfe sur la vague « c’était mieux avant », appuyée par les forces de l’ancien régime, a expliqué Zargouni.

S.L.

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