Zone franc : De beaux chiffres et des vérités qui dérangent à...

Zone franc : De beaux chiffres et des vérités qui dérangent à la réunion de Paris

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Comment se porte la zone franc ? Plutôt bien, en tout cas mieux que le reste de l’Afrique subsaharienne, d’après le «Rapport annuel 2017 de la Zone franc» concocté par la Banque de France. Ce document a été disséqué le 08 octobre 2018 à Paris par les ministres des Finances de la Zone franc, lors de «discussions particulièrement franches», a confié Bruno Le Maire, le ministre français de l’Économie et des Finances, rapporte Jeune Afrique. Donc en résumé satisfaction générale de la part des participants, tempérée par des niveaux d’endettement préoccupants.

D’abord les bonnes nouvelles : la Zone franc va assez bien, avec une petite poussée du taux de croissance, 3,6 % en 2016 et 3,9 % en 2017. Le reste de l’Afrique subsaharienne est loin de pouvoir en dire autant : 1,5 % en 2016 et 2,8 % l’an dernier. La Zone brille également par son faible niveau d’inflation, 0,8 %, alors qu’ailleurs sur le continent les populations sont étranglées avec une inflation de 11%. Satisfecit aussi pour les déficits, maitrisés et pour les réserves, qui ont gonflé, même si le Fonds monétaire international (FMI) y est pour beaucoup.

Mais dans le détail, la situation est contrastée dans la zone. À l’Ouest, l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA, 8 États : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo) atteint presque des sommets, + 6,7% en 2017 et +6,8 % prédits en 2018 ; au centre, la Communauté Économique et Monétaire des Etats de l’Afrique Centrale (CEMAC, 6 États : Cameroun, Congo, Gabon, Guinée Équatoriale, République de Centrafrique et Tchad), est presque au point mort, 0% en 2017 et +1,9 % en 2018 ; et il y a l’Union des Comores, plutôt en bonne santé, + 3 % en 2017 et +3,3 % l’an dernier.

Puis il y a les trains qui n’arrivent pas l’heure. D’abord la grande vulnérabilité des 15 pays de la Zone franc face à un endettement fulgurant, qui demeurera même si les cours du brut et des matières premières continuent dans la dynamique de la hausse. En 2011, leur dette était évaluée à 28 % de leur produit intérieur brut (PIB), en 2017 elle a bondi à +46 % !

Et il y a son corollaire, le service de cette dette, qui aspire 11% recettes des États membres en 2017 contre 4% en 2011. Dans des économies pas suffisamment diversifiées, que se passera-t-il si la Chine réduit sa demande en produits de base ou si les taux d’emprunts commerçaient à remonter, ce que veulent les États-Unis pour coincer la Chine qui prête aux pays africains à tour de bras ?

Il y a donc eu des remous lors de la réunion de Paris au sujet de la manière de tasser cette dette, notamment l’ardoise des pays d’Afrique centrale. D’après le magazine panafricain, le Gabon et le Congo ont été sévèrement tancés lors de la réunion des ministres de Finances de la Zone franc, le premier parce qu’il traine les pieds pour diminuer ses déficits et son lourd passif en arriérés de paiement et le second pour son incapacité à s’accorder avec le FMI autour d’un programme digne de ce nom.

Bruno Le Maire leur a donc fait la leçon en soulignant la nécessité d’une «mobilisation des recettes fiscales», pour ne plus dépendre du marché de la dette. Certains États de la Zone affichent un faible taux de pression fiscale, de 10 à 12 % du PIB, alors que d’autres ont pu décrocher un taux flirtant avec les 20%. «Chaque État membre progressera d’un point par an, en tenant compte de la situation de la sécurité dans chaque pays», a-t-il ajouté. Mais voilà : Il y a ce que dit le ministre français des Finances, qui est somme toute logique, et il y a l’indiscipline notoire des Etats africains, qui ont d’ailleurs grogné lors de cette réunion. Bref, l’assainissement des finances publiques dans toute la Zone franc, c’est pas pour demain !

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