AccueilLa UNELa même chanson qu'à "Tunisia 2020", l'espérance et le rêve en moins

La même chanson qu’à « Tunisia 2020 », l’espérance et le rêve en moins

Les envolées, gages et promesses qui ont été servis par les autorités lors de la rencontre « Tunisia Investment Forum 2017 » (TIF), les jeudi 09 et vendredi 10 novembre, ressemblent, à s’y méprendre, au lyrisme de « Tunisia 2020 », les 29 et 20 novembre 2016. Et la mayonnaise a plutôt bien pris, du moins sur le papier. Bon, pour la concrétisation des engagements des investisseurs et bailleurs, on repassera car il y a moult paramètres qui vont interagir. Pour le moment, il y a ce chiffre de 900 millions de dinars collectés, avancé au terme de la première journée par le ministre de l’Investissement, du Développement et de la Coopération internationale, Zied Laadhari. A l’arrivée, la récolte sera certainement meilleure. Certes, ce sera sans commune mesure avec l’assiette de « Tunisia 2020 » (14 milliards d’euros, près de 35 milliards de dinars, entre accords déjà signés et promesses). Dans le  même temps, ce n’était pas le but des autorités tunisiennes, et d’ailleurs l’événement n’avait pas été calibré pour cela, mais plutôt pour placer le marché africain au cœur des préoccupations des investisseurs et de l’exécutif tunisiens. On jugera les résultats sur pièce. Mais ce qui nous a surtout frappés lors du « TIF 2017« , c’est que l’enthousiasme, la passion étaient beaucoup moins perceptibles que lors de la Conférence internationale sur l’investissement. Et il y a des raisons objectives à cela…

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Il est vrai que les traits de la belle Tunisie post-révolutionnaire se sont davantage flétris depuis, sous les coups de boutoir de problèmes structurels lourds que le gouvernement est loin d’avoir réglé avant d’aller à la pêche aux investisseurs. Et bien entendu, cela n’a pas échappé à ces derniers. C’est même à se demander s’il est bien raisonnable de les convoquer avant d’avoir au moins levé quelques obstacles et freins aux investissements et d’avoir assaini, même a minima, le climat des affaires dont l’IACE vient de faire un portrait très inquiétant. Les mêmes tares qui ont valu à la Tunisie la chute spectaculaire dans le classement « Doing Business 2018 ». Le DG de la FIPA (Agence tunisienne de promotion de l’investissement extérieur) a dit dernièrement que 50% des promesses d’investissement de « Tunisia 2020 » ont été concrétisées. On peut se réjouir à la vue de la partie pleine du verre. Tout ce pognon injecté dans l’économie du pays ne peut que lui faire un bien fou. Mais on peut aussi pointer la partie vide du verre. La Tunisie a développé un certain talent dans l’organisation des grand-messes des investisseurs. Elle sait y faire quand il s’agit de plaider, de taper dans la tête et le cœur des bailleurs. Le problème des autorités, c’est plutôt de donner corps aux projets qu’elles savent si bien vendre aux investisseurs. Or le souci avec ces derniers c’est que la magie ne dure qu’un temps, très court, si les résultats ne viennent pas.

Moult handicaps, très lourds

Le projet de la loi de finances a montré à quel point le pays est divisé sur les grandes orientations censées le sortir du trou. Nous n’allons pas ici disséquer les raisons de cette agitation, encore moins distribuer les mauvais points et les brevets de satisfecit, ce n’est pas notre propos, nous nous bornerons à faire le constat qui s’impose pour notre sujet du moment : Tout ce bruit est du plus mauvais effet chez les investisseurs, et encore plus chez les étrangers. Le problème du microcosme politique et des organisations nationales, c’est que l’image qu’ils donnent à l’extérieur, dont l’économie de la Tunisie dépend tant, est le cadet de leur souci. Le pays n’a jamais paru aussi rétif aux réformes et aux sacrifices, que pourtant l’exécutif s’est engagé auprès du Fonds monétaire international à faire, avec des échéances précises qui ne tolèrent aucun relâchement ou manquement, sinon c’est la punition garantie : lâchage sur les sorties dans le marché international de la dette, des prêts aux taux de plus en plus élevés, une cascade de dégradations de la note souveraine et autres joyeusetés de ce genre que le pays n’a plus les moyens de se taper.

Et puis il y a le problème de l’instabilité fiscale, avec un impressionnant amoncellement d’articles et dispositifs, un des griefs des patrons et dont ils disent que c’est un gros frein aux investissements, un problème soulevé par l’expert et ancien ministre des Finances Hakim Ben Hammouda. C’est un des motifs du rejet par l’UTICA (Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat) du projet de la loi de finances 2018 . Loin de nous l’idée de prendre fait et cause pour les patrons, d’ailleurs sous d’autres cieux – par exemple en France et dans des pays d’Europe du Nord -, c’est carrément l’impôt sur la fortune, la vraie, qui s’abattrait sur leurs têtes, une taxe pouvant dépasser 50% des gains qui fait très mal, mais qui est pratiquée au nom du financement des infrastructures et politiques publiques. Et quelles infrastructures ! Peut-être que si les autorités tunisiennes pouvaient en dire autant sur le sort réservé à l’argent pris dans les poches des citoyens, si elles pouvaient se vanter de monter le niveau des infrastructures, si elles pouvaient justifier toutes ces ponctions fiscales, il y aurait moins de complaintes.

Enfin (c’est un choix, car il y a bien d’autres problèmes) il y a le gros écueil de cette administration mortifère, ses lourdeurs et complexités qui viennent à bout des plus preux et volontaires investisseurs. Des tares que l’ex-ministre de l’Investissement, Fadhel Abdelkefi, n’a cessé de dénoncer. Les choses n’ont guère évolué depuis son départ. Une fois qu’on est sorti des griffes des tampons, légalisations et copies conformes, il y a l’exécution des projets. On se rappelle le coup de sang du ministre de l’Equipement, Mohamed Salah Arfaoui, devant l’indolence et la nonchalance des ouvriers d’un chantier qu’il était allé visiter. Ceux qui veulent se faire une idée sur la question n’ont qu’à aller faire un tour du côté de l’échangeur aux abords du lac de Séjoumi. Ce spectacle des ouvriers qui bougent à la vitesse de l’escargot et à qui les embouteillages monstres qu’ils provoquent tout autour depuis des mois ne font aucun effet, est la meilleure illustration de cette Tunisie improductive, qui va mal, glisse dangereusement, plombe l’économie, crame des points de croissance et que les citoyens, encore moins les investisseurs, n’ont pas envie de voir.

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