Tunisie-Algérie : Les touristes, l’arbre qui cache la forêt

Tunisie-Algérie : Les touristes, l’arbre qui cache la forêt

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Les Algériens se bousculent au portillon, pour se prélasser sous le soleil et sur les plages tunisiens, et c’est très bien, bon pour les hôteliers et agences de voyages tunisiens, bon pour le secteur touristique et l’économie locale en général. Cette ruée fait aussi le bonheur des voyagistes algériens, à tel point que le Président du Syndicat National des Agences de Voyages Algériennes (SNAV), Saïd Boukhelifa, a fait le déplacement à Tunis pour, entre autres, éteindre l’incendie de la campagne de dénigrement contre la destination tunisienne, une cabale fomentée, de l’aveu même de Boukhelifa, par certains médias et réseaux sociaux algériens. Mais le responsable l’a soutenu mordicus, devant la presse samedi 11 août 2018 dans notre capitale : “La Tunisie restera la destination la plus attractive et phare pour les Algériens pour les vingt ans à venir“… Et la suite après ces 20 ans ? Et bien on verra. Faut-il pour autant graver ces paroles sur le marbre ? Difficile à dire, car les flux de touristes dépendent de tellement de choses très aléatoires : La sécurité, la conjoncture économique et même le climat. Mais l’essentiel, pour l’instant, est la bonne volonté manifestée par la partie algérienne pour ne pas courroucer le voisin tunisien.

Boukhelifa est allé jusqu’à faire endosser à des opérateurs algériens l’entière responsabilité des quiproquos et la navrante campagne qui les ont suivis en Algérie. Il a déclaré que les opérateurs algériens se sont enhardis à faire des réservations pour des familles algériennes de façon inconsidérée, sans même prendre le temps d’avoir la confirmation de la part des deux hôtels tunisiens (Djerba et Sousse). Il brandit des sanctions contre ces agents indélicats, tout en qualifiant cette affaire de “tempête dans un verre d’eau“, et il a raison. Au regard de la grande masse des visiteurs algériens, 1,2808 million jusqu’au 20 juillet dernier, selon le président de la Fédération Tunisienne des Agences de Voyages et de Tourisme (FTAV), Jabeur Ben Attouch, en hausse de 17, 7%, ces incidents sont une broutille. Il n’y a vraiment pas de quoi gâcher la fête, des deux cotés, avec un flux de touristes algériens estimé par Boukhelifa à 2,2 millions d’ici fin 2018…

Et le reste ?

Le reste, et bien ce sont des sujets dont personne ne parle, ou très peu, et pourtant ! Le reste ce sont les échanges commerciaux entre les deux pays, très déséquilibrés, en faveur de l’Algérie, alors que la Tunisie se coltine un énorme déficit commercial, -749,6 Millions de dinars, lesquels viennent s’ajouter aux autres tourments infligés par la Chine, l’Italie, la Turquie et la Russie. Mais si la Tunisie a conversé avec la Turquie, qui a donné son accord de principe pour soulager son partenaire, rien entre l’Algérie et la Tunisie, aucune discussion pour tenter d’inverser la tendance. En tout cas on n’a eu vent d’aucun pourparler dans ce sens. Le problème reste donc entier, comme l’est aussi le dossier de l’UMA (Union du Maghreb Arabe), qui a plus que jamais des allures de voeu pieux, de chimère, tant elle se dérobe face à toutes les initiatives depuis des décennies. Pourtant elle pourrait être la solution, au déficit commercial de la Tunisie par exemple, en ouvrant grand les frontières et les marchés, ceux de l’Algérie et des autres. Mais voilà, cette affaire ne passionne pas. Même l’actuel secrétaire général de l’UMA, le Tunisien Taïeb Baccouche, éreinté par les efforts pour réveiller l’Union de son coma profond, a fini par se lasser et a maintenant des envies de tout larguer, pour jeter son dévolu, pourquoi pas, sur le fauteuil du palais de Carthage. En tout cas il ne dément pas formellement ceux qui lui en prêtent l’intention, et on le comprend !

C’est la débandade partout autour de l’UMA, sauve-qui-peut est l’expression la plus appropriée. Le Maroc a été le premier à filer… vers la CEDEAO (Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), une organisation solide, sans doute parmi les plus structurées et les plus prospères du continent, et qui pourrait régler beaucoup de problèmes de Rabat, même si ce dernier n’a pas attendu le fameux sésame pour exister économiquement en Afrique de l’Ouest. Les petites affaires du Maroc marchent tellement qu’elles ont donné des idées à la Tunisie, qui elle aussi frappe à la porte de la CEDEAO, après avoir décroché son ticket pour le COMESA (Marché commun de l’Afrique orientale et australe) ; et demain la ZLECA (Zone de Libre-Echange Continentale Africaine) pour laquelle Tunis a déjà apposé sa signature. La Mauritanie, autre membre de cette UMA qui n’existe finalement que sur le papier, lorgne également la communauté ouest-africaine, qu’elle avait pourtant sèchement plaquée en 2000. Même l’Algérie, que les recettes de son pétrole ne nourrissent plus, daigne enfin regarder du côté de l’Afrique subsaharienne. Quant à la Libye, elle a d’autres chats à fouetter, avec une partition de fait du pays (deux banques centrales, deux gouvernements, deux Parlements), un avenir politique plus bouché que jamais et une insécurité sur laquelle se fracassent toutes les tentatives de la communauté internationale pour pacifier le pays. Bref, pendant que les chancelleries maghrébines regardent ailleurs avec des yeux de Chimène, il n’y a plus personne pour s’occuper de l’UMA.

Si le tourisme pouvait tout solutionner, la France, championne du monde toutes catégories avec ses 89 millions de visiteurs cette année, n’aurait pas les soucis qu’elle a en ce moment : Déficit commercial (elle exporte beaucoup, notamment dans l’aéronautique, l’automobile, l’industrie pharmaceutique et celle du luxe, mais pas suffisamment), chômage (8,9% aux dernières nouvelles, trop élevé pour la 7e puissance économique mondiale et par rapport à ses voisins), etc. Et que dire alors de la Tunisie…

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