AccueilLa UNETunisie : Des fautes pour réparer d'autres, mauvaise pioche

Tunisie : Des fautes pour réparer d’autres, mauvaise pioche

Le président de la République, Béji Caïd Essebsi, devait faire mouvement, pour tenter de donner le change après les admonestations de ses militants de la première heure et d’une partie de l’opinion publique. Ce qui est surtout reproché à BCE, c’est son silence coupable, au mieux, et au pire son assentiment face à son fils, Hafedh Caïd Essebsi, qui se comporte comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, provoquant l’une des crises politiques les plus graves de la post-révolution et sans doute la plus longue, une situation qui a des échos à l’international et que les amis de la Tunisie scrutent avec inquiétude. Donc de l’action il en fallait, aussi bien pour le chef du gouvernement, Youssef Chahed, que pour celui de l’Etat, mais encore faut-il que les décisions soient fondées rationnellement et que les choix soient mûrement réfléchis. A la vue de la décision du locataire du palais de Carthage de sortir de son placard l’ex-chef de gouvernement Habib Essid, dont il avait lui-même ordonné l’exécution, il est permis d’en douter. Sans parler des bruits sur le retour, aux côtés de BCE, de l’ex-patron de l’Intérieur, Lotfi Brahem, fraichement débarqué par Chahed. Tout ça est très étrange !

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Le moins qu’on puisse dire est que le retour en grâce de Habib Essid est inattendu. Il est vrai que ceux qui l’avaient publiquement immolé, à l’ARP, et surtout leur commanditaire, Essebsi sénior, ont eu des états d’âme par la suite, voire même des remords, en constatant, avec son successeur, que les choses étaient plus complexes qu’il n’y paraissait, que Essid n’était peut-être pas responsable de tout ce qu’on lui a collé et qu’il n’a pas démérité in fine. On se disait qu’il était possible, dans une tentative de réparation que les politiciens sont rarement disposés à faire, que l’ex-chef de gouvernement réapparaisse quelque part, avec un maroquin important. Mais que Essid refasse surface au palais de Carthage, à ce niveau de responsabilité, pour épauler celui qui l’avait couvert d’honneur puis sacrifié, ça c’est plutôt inattendu.

Une logique que seuls BCE et Essid comprennent

Il se dit que Essid reprend du service pour mettre de l’ordre dans la maison BCE, surtout après le cafouillage monstre provoqué par l’homme qui souffle à l’oreille du président, Noureddine Ben Ticha, autour du choix de Chahed d’installer Hichem Fourati au ministère de l’Intérieur (le chef du gouvernement a-t-il consulté son mentor pour valider son choix ? L’a-t-il simplement consulté comme du reste le lui permet la Constitution ? Etc.). L’agitation a été telle que la porte-parole de BCE a été obligée de monter au front pour dire que Chahed a pris langue avec le chef de l’Etat et qu’il est de son bon droit d’agir comme il l’a fait. Il est vrai qu’il faut absolument mettre de l’ordre dans la boutique, et l’ordre Essid ça le connait, mais est-il pour autant l’homme de la situation, la perle que cherche un président qui a perdu prise sur les événements ? Ça c’est moins sûr…

Les qualités de grand serviteur de l’Etat de Habib Essid, d’homme de dossier et sa droiture sont de notoriété publique, la preuve en est qu’on ne lui a collé aucune entorse à la morale publique après son départ, et ça continue. Mais il est aussi de notoriété publique que c’est un piètre homme politique et que les combines et autres manigances de cet univers impitoyable le rebutent. Ils le rebutent à tel point qu’il a préféré que son sacrifice soit fait en direct devant toute la nation, au Parlement, au lieu d’être congédié entre quatre murs, en lui mettant sur le dos toutes les tares du pays. Dans le fond il avait vu juste, sauf qu’au lieu de saisir cette occasion pour se défendre énergiquement, en distribuant les coups, comme le fait excellemment Chahed, Essid s’est couché, docilement, et a même remercié ses bourreaux. Ce n’est pas l’idée qu’on se fait d’un bon politique. Choisir cet homme pour calmer la ruche de Carthage, pour domestiquer celle de Nidaa Tounes et pour affronter les soubresauts d’une élection qui a déjà commencé, c’est au mieux une erreur, au pire une faute politique majeure de la part de BCE, une de plus…

Essid lui ne voit pas du tout les choses de la même façon, et l’a dit à Africanmanager. D’abord s’agissant de sa disgrâce, par BCE, il aurait tout laissé derrière lui, pas d’états d’âme, aucune rancune, argue-t-il : «cela c’est du passé (…) les choses sont claires entre nous« . Ensuite l’avenir : « rendre service au pays se fait de n’importe quel poste. Il faut faire la part des choses et cela se fait dans tous les régimes de voir des chefs de gouvernement devenir ministres des Affaires étrangères ou autre, en Italie, en France comme en Hollande. C’est chose normale ou dirais-je moi je la considère comme tant, car se mettre au service du pays ne peut souffrir d’aucun sentiment de supériorité ou de fausse modestie (…) Avec une expérience de 64 ans, elle peut être de toutes les natures et dans toutes les positions. Autrement, pourquoi le chef de l’Etat ferait-il appel à moi et les prochains jours montreront [Ndlr : ce que je peux faire]».

Le problème Brahem

L’autre option du président de la République, si elle est avérée, pose aussi de gros problèmes. Installer Brahem à ses côtés, alors que Chahed l’a remercié (le fond de cette affaire, le bien-fondé ou pas de cette décision ne sont pas notre propos ici), poserait déjà un problème de cohérence dans la ligne de l’exécutif. Si Chahed a jugé qu’il était nécessaire de se séparer de son ministre de l’Intérieur, que ses raisons soient bonnes ou mauvaises, la raison d’Etat veut qu’il ne soit pas réinstallé chez BCE, pour ne pas donner l’impression, désastreuse, qu’il y a divergence de vues entre Carthage et la Kasbah, ou pire : L’impression qu’il y a deux exécutifs aux intérêts et orientations antagoniques. Par ailleurs faire revenir Brahem aux affaires apporterait de l’eau au moulin de ceux qui soutenaient que Chahed avait fait cavalier seul, de bout en bout, dans les changements au ministère de l’Intérieur, alors que le cabinet de BCE avait réussi à dissiper le malentendu en affirmant que le chef du gouvernement avait effectivement consulté qui de droit et que la bronca n’avait pas lieu d’être…

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