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dimanche 17 janvier 2021
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Tunisie : Même la forteresse Ennahdha a fini par être ébranlée !

Le Document de Carthage, que le président de la République, Béji Caïd Essebsi, avait sorti de son chapeau suite à l’éviction de Habib Essid, a fait des dégâts, des gros. D’abord dans le pays où il a provoqué un flottement évident en impactant le cap pris, si cap il y avait ; ensuite dans le paysage politique, qu’il a divisé encore plus qu’il ne l’était ; dans le parti sorti majoritaire des législatives de 2014, Nidaa Tounes, avec les déflagrations que l’on sait ; enfin au sein même du gouvernement, avec les incertitudes autour du chef du gouvernement et de son équipe, l’incertitude qui est la meilleure ennemie de tout gouvernement, de toute action publique et de l’économie. Pour le parti que Essebsi a bâti, le soldat Taieb Baccouche, son ancien secrétaire général, a été mobilisé pour tenter de recoller les morceaux. Baccouche, qui a la mission très délicate de réveiller de son coma l’UMA (Union du Maghreb Arabe), devra stopper une hémorragie causée par le chef de l’Etat (en s’alliant avec les islamistes) mais amplifiée par son fils, Hafedh Caïd Essebsi et sa clique. Pour le reste des pépins provoqués par le Pacte de Carthage dans le pays, tout est à faire, et ce ne sera pas une mince affaire. II est déjà question, si on en croit les appels émis par-ci par-là, de revenir à la table des négociations pour vider le contentieux autour du fameux 64e point : Le maintien ou non du commandant du bateau, Chahed. Encore des maux de tête en perspective, pour les citoyens comme pour le principal artisan de cette affaire, BCE. Mais ce à quoi on ne s’attendait pas, c’est que le mouvement Ennahdha, la seule vraie forteresse du microcosme politique, soit à son tour secouée par cette agitation ambiante.

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Nous avons été surpris par la tonalité du communiqué du samedi 02 juin 2018, qui invite les dirigeants du mouvement à s’en tenir aux positions officielles. Cette sortie s’adresse directement aux déclarations faites par des leaders du parti sur des positions exprimées vis-à-vis d’organisations, de partis politiques, du gouvernement et du Document de Carthage 2.

La direction d’Ennahdha a précisé que les positions engageant le parti émanent de ses institutions officielles et des parties habilitées à s’exprimer en son nom. « Toute opinion personnelle n’engage que son auteur« , indique le parti.

Reste à savoir si cette mise au point cible surtout le dirigeant d’Ennahdha Abdellatif Mekki. En tout cas le porte-parole du mouvement, Imed Khémiri, martèle que la position officielle du parti au sujet des organisations, partis politiques, du gouvernement ou du Document de Carthage 2 a été exprimée par son président, Rached Ghannouchi, lors de la suspension des concertations sur l’Accord de Carthage. »Le mouvement Ennahdha s’en tient à sa position, appelant à poursuivre le dialogue avec les différents partenaires politiques et sociaux« , a-t-il souligné. Et c’est aussi ce qu’on croyait, compte tenu des habitudes martiales chez les islamistes où la parole du ou des chefs est en général gravée sur le marbre. Une discipline militaire qui explique d’ailleurs, il faut le reconnaitre, les succès du mouvement et de son incroyable faculté à trouver les ressors pour se maintenir au centre de la vie politique, alors qu’il y a trois ans à peine il a éjecté du pouvoir, d’abord par la rue et ensuite par le verdict des urnes.

C’est toujours le même qui met le feu !

Pour rappel, Abellatif Mekki avait dit, vendredi 1er juin 2018, que « proposer une meilleure alternative au chef du gouvernement Youssef Chahed dans le cadre des concertations du Document de Carthage II peut aider à résoudre la crise et dépasser le blocage autour du 64e point relatif au remaniement ministériel« .

Mekki avait souligné l’attachement de son parti à poursuivre des pourparlers et proposer de nouvelles voies de sortie de crise à travers notamment « l’ajout d’un nouveau point dans les clauses du Document de Carthage II qui propose une meilleure alternative à l’actuel chef du gouvernement« . Ce qui heurte de plein fouet la position défendue officiellement par son président, Rached Ghannouchi, qui préconisait plutôt une sorte de changement dans la continuité, au motif que le renversement de la table ne sert pas l’intérêt national. « Le pays qui vit une conjoncture délicate au vu de la situation économique et financière a besoin de réformes et non pas de faire tomber le gouvernement« , avait-il ajouté. Et on croyait que les troupes, comme à leur habitude, allaient se ranger comme un seul homme derrière leur cheikh-professeur. Mais c’était sans compter sur Mekki, qui n’en est pas à sa première bravade.

La faute au double langage

Mais il faut dire aussi que ce sont là les limites du double langage que le mouvement a l’habitude de pratiquer, sur pratiquement tous les sujets importants. Par exemples, ce fut le cas lors de la loi sur le réconciliation nationale portée par Essebsi ; plus récemment on en entendu Ghannouchi défendre le droit de l’UGTT à réclamer la tête du chef du gouvernement et défendre en même temps le maintien de Chahed. Dernièrement, on a vu Ennahdha tanguer, transiger, hésiter sur la même question, pour finir par soutenir qu’il était bon que le locataire du palais de la Kasbah reste, pour le bien du pays, avec les inflexions et corrections qu’il faut. Tous ces revirements, parfois dans le même communiqué, finissent par donner le tournis, même aux professionnels du double langage les plus chevronnés.

Reste que le mouvement a connu d’autres remous internes dans le passé et y a toujours survécu ; en effet l’instinct de survie aiguisé par la crainte d’être bouté hors du cercle du pouvoir finit toujours par créer l’union sacrée quand les autres partis butent. Donc pour les adversaires qui pensent qu’ils pourront exploiter cette mini crise autour du Document de Carthage 2 ce sera un peu court. Il faudra trouver autre chose pour malmener Ghannouchi et compagnie, mais il y a problème : Le mieux placé pour réaliser cet exploit, Nidaa Tounes, est encore plus mal en point que les islamistes. Il faudra tout le talent et la verve de BCE et de Baccouche pour remettre leur parti dans un état qui lui permettra de se présenter, avec de vraies chances, face à Ennahdha aux élections de 2019.

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