Tunisie : Liste noire, la Banque de demain… Karam est-il un optimiste...

Tunisie : Liste noire, la Banque de demain… Karam est-il un optimiste invétéré ?

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Le classement de la Tunisie dans la liste noire des paradis fiscaux publiée récemment par l’Union européenne (UE) ne cesse de susciter des réactions. Des économistes, des analystes financiers et des banquiers ont vivement rejeté ledit classement le qualifiant de “malheureux“, “étonnant“, voire d'”injuste“, venant surtout d’un partenaire stratégique comme l’UE. Ahmed Al Karam, le président du directoire d’Amen Bank et président de l’Association professionnelle tunisienne des banques et des établissements financiers (APTBEF), est parmi les banquiers qui ont contesté ce classement.  “C’est un classement  douloureux pour la Tunisie qui n’a jamais été un paradis fiscal“, a indiqué Karam, dans une interview accordée à Africanmanager, faisant remarquer que “la Tunisie est un pays en voie de développement doté d’une fiscalité proche des normes internationales“, a-t-il soutenu.

En Tunisie, nous avons certes des régimes particuliers pour encourager l’investissement mais cela est connu depuis longtemps. C’est le régime de 72, comme son nom l’indique et cela est très clair et reconnu par tout le monde (…) Il s’agit tout simplement d’une loi pour stimuler l’investissement, créer des projets et de l’emploi et exporter ses produits à l’extérieur“, a-t-il rappelé.

Ahmed Karam a par ailleurs indiqué que bien que ce classement soit considéré comme excessif et qu’il faudra des années pour argumenter contre ces choses-là, cela n’est qu’administratif  : “Je pense que les choses vont s’arranger et se normaliser prochainement (…) Le gouvernement et la Banque centrale ont pris certes l’initiative et prendront en main la question“, a assuré le président de l’APTBEF, affichant son espoir que  l’ensemble des actions déjà planifiées verront  le jour au fur et à mesure afin de prouver que la Tunisie ne peut et ne pourra en aucun sens être un paradis fiscal : “D’ailleurs, la Tunisie est l’un pays où le taux de pression fiscale est le plus élevé“, a-t-il dit.

Cette déclaration vient suite à la décision des 28 ministres des Finances de l’UE de dresser, lors d’une réunion à Bruxelles, une «liste noire» de 17 paradis fiscaux opérant hors de leurs frontières. Dans cette première liste figurent 17 pays dont le Bahreïn, Barbade, Corée du Sud, Emirats Arabes Unis, Grenade, Guam, Îles Marshall, Macao, Mongolie, Namibie, les Palaos, Panama, Samoa, les Samoa américaines, Sainte Lucie, Trinidad-et-Tobago et la Tunisie. Les ministres des Finances de l’UE se sont également mis d’accord sur une seconde liste de pays qui se sont engagés à améliorer leurs pratiques. 47 pays figurent en effet sur une liste grise.

Interrogé sur “La banque de demain“, thème d’un séminaire organisé récemment à l’initiative de l’ITES, Ahmed Karam a tenu à préciser que la banque tunisienne se trouve aujourd’hui face à 4 défis majeurs : le premier est comment opérer la mutation de banque classique à banque moderne de technologies nouvelles. “Aujourd’hui, dans le monde, les  nouvelles technologies basées sur le Big Dada, la robotique et l’intelligence artificielle sont en train de s’installer comme étant des règles pour organiser les entreprises et les banques“, a expliqué Karam, soulignant que selon des experts en la matière, 40% des emplois dans les banques seront robotisés au cours des 20 prochaines années. “Du coup et à la lumière de cette robotisation, les employés sont appelés à s’adapter et changer de comportement (…) C’est cette mutation que nous sommes en train de préparer avec nos ingénieurs pour être toujours à l’écoute de nos clients et en adaptation avec les technologies nouvelles“, a-t-il dit.

Outre les nouvelles technologies, Karam a cité le défi de l’innovation comme outil de sauvetage pour l’économie tunisienne dans ses anciens et nouveaux besoins de restructuration, citant à titre d’exemple le financement des projets basés sur l’intelligence, sur les nouvelles technologies, la création d’incubateurs de projets et la participation à de grands projets relevant du partenariat public et privé. ” C’est un défi majeur pour la banque tunisienne afin d’aider le gouvernement à lancer des projets (…) Nous volons que que ces projets-là soient montés par des entreprises tunisiennes et non par des étrangères (…) Nous avons des capacités humaines à renforcer et consolider en la matière“, a-t-il assuré.

Comme troisième défi, le président du directoire d’Amen Bank a évoqué l’inclusion financière : “Comment faire en sorte que tous les Tunisiens puissent accéder aux services bancaires“, s’est interrogé Karam, avant de préciser qu’actuellement au niveau de sa banque, cela est fait grâce à la micro-finance. “Nous considérons ce créneau comme le bras financier des banques“, a-t-il dit.

Le quatrième défi, selon Karam, est la mondialisation et l’internationalisation. “Comment faire pour que la banque tunisienne soit présente à l’échelle africaine (…) L’internationalisation coûte cher et demande une assise financière propre pour pouvoir se maintenir en cas de crise, de dysfonctionnement ou de dérapage“, a-t-il conclu.

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