Tunisie-Mohamed Ennaceur : Même pas honte !

Tunisie-Mohamed Ennaceur : Même pas honte !

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Dans sa réponse aux députés, le président de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP), Mohamed Ennaceur, a déclaré qu’il partage pleinement les avis et les positions des députés par rapport au projet du budget de l’Assemblée pour l’exercice 2018. “Je partage pleinement vos avis (…) Le budget que nous a été consacré est très minime et ne répond pas aux défis de cette période”, a assuré Ennaceur, avant d’ajouter : “Oui le budget de l’ARP n’est pas à la hauteur du statut dont jouit l’ARP et de son rôle constitutionnel” (…) On est conscient de tout cela et nous devons changer les choses pour le prochain budget”, a-t-il dit.

Le président de l’ARP a appelé à cet effet les députés à bouger et veiller à changer les choses. Comme solution, il a appelé à accélérer l’adoption du projet de loi relatif à l’indépendance administrative et financière de l’ARP dans les plus brefs délais : “On doit mettre cela au devant de nos priorités et notre agenda afin de pouvoir approuver cette loi avant la fin de cette année”, a-t-il dit.

Le problème n’est pas tant cette bronca, digne de députés dont les absences et écarts, verbaux et physiques (bousculades et autres empoignades musclées), sont récurrents, que le fait de voir leur chef de file, Mohamed Ennaceur, les suivre dans cette étrange procession. Lui qui avait véhément appelé hier le chef du gouvernement à valoriser ses actions dans le sens du redressement de l’économie du pays et avait invité les citoyens à l’accompagner, par le travail, les efforts et le sacrifice. Les sacrifices c’est donc pour les autres et pas pour lui et Compagnie ! Comment obtenir une résonance auprès de la population si l’élite ne montre pas la voie ?

Dans cette coupole du Bardo, cette tour d’ivoire plutôt, les députés perdent de plus en plus pied dans la réalité et entretiennent des habitudes qui ne renieraient pas les oligarchies qui défraient la chronique à travers le monde. Sauf qu’ici, en terre de démocratie, même naissante, la chose fait tache. Et venant d’une personnalité du calibre du président du Parlement, dans un régime parlementaire qui plus est, une personne d’un âge respectable et donc censée calmer les ardeurs de ses troupes, la chose n’est que plus affligeante. Le penseur français René Descartes a écrit dans son “Discours de la Méthode” que “le bons est la chose du monde la mieux partagée“. Peut-être, mais en tout cas pas pour nos “chers” députés et leur plus éminent représentant. Des élus dont d’ailleurs Samia Abbou, une des leurs, a dit ce mercredi qu’ils crament plus de deniers publics qu’il ne faut dans les dépenses liées aux voitures de fonction…

Outre ce projet de loi, Mohamed Ennaceur a réclamé la révision, avant la fin de cette année, du règlement interne de l’ARP comme force constructive et source légitimant la mise en place des institutions de l’État et de ses instances constitutionnelles et vu son rôle législatif et électoral, selon ses dires.

Le président de l’ARP a également appelé à approuver le maximum d’initiatives législatives provenant de la part des députés : “Nous veillons à ce que le prochain budget soit construit sur des objectifs”, a-t-il aspiré.

S’agissant de l’académie de l’ARP dont les activités viennent de démarrer, Ennacer a évoqué la nécessité, dans le prochain budget, de consacrer un paquet bien déterminé à cette académie, actuellement financé par le PNUD, selon ses déclarations.

En effet, selon le rapport de la Commission des finances de l’ARP, présenté, aujourd’hui en plénière, le budget alloué à l’ARP au titre de l’exercice 2018 s’élève à 30,919 MDT contre 29,446 MDT en 2017, enregistrant ainsi une hausse de 1,473 MD (5%). Ces fonds seront répartis comme suit : 29,419 MDT pour les dépenses de gestion et seulement 1,500 MDT pour les dépenses de développement.

Il est à rappeler à ce propos que les députés de l’ARP ont exprimé aujourd’hui leur mécontentent à l’égard de ce budget alloué à l’ARP. Le député Youssef Jouini n’a pas caché sa déception, soulignant que ce budget est très en deçà des attentes et ne permettra pas à l’ARP d’accomplir les tâches et missions qui lui ont été confiées. Selon lui, le député tunisien n’est pas bien considéré et valorisé lorsqu’il est en mission à l’étranger alors qu’il représente le pays, expliquant cela par le faible budget accordé aux élus pour leurs déplacements, soulignant à cet effet l’importance d’accorder à l’ARP son indépendance administrative et financière pour qu’elle soit à la hauteur des attentes et de ses missions.

De son côté, l’élue Kalthoum Badreddine a fait remarquer que le budget de l’ARP n’a pas évolué depuis trois ans et ce, malgré son statut dans le pays et les importantes tâches qui lui ont été confiées et qui ne sont pas seulement législatives ou exécutives mais aussi diplomatiques et électorales, selon ses dires. “C’est le plus faible budget par rapport à ceux alloués aux présidences de la République, du gouvernement et aux ministères”, a-t-elle dit. Elle a ajouté qu’à la lumière de ce budget, le rôle de l’ARP sera certes limité. “Le rendement de l’Assemblée va être limité car l’investissement dans le travail et dans la démocratie nécessite beaucoup plus de fonds”, a assuré la députée, appelant à réactiver le projet de loi portant sur l’indépendance administrative et financière de l’ARP dont les discussions avaient été suspendues suite à des accusations sur sa constitutionnalité.

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