Tunisie : Laissez-le à La Kasbah, il est le moins mauvais !

Tunisie : Laissez-le à La Kasbah, il est le moins mauvais !

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D’abord, cette anecdote, véridique et malheureuse, d’un attaché de presse d’un des ministres d’Ennahdha. Un chargé de communication, dont le ministre ne veut plus car il refuse de lui cirer les pompes en matière de communication, mais qu’il ne voulait pas non plus virer  pour ne pas entacher la nouvelle image de son parti qui se transforme en chaton après des années de chacal.

Cette anecdote rappelle, à plus d’un titre, ce qui se joue depuis quelques jours, entre le chef de l’Etat Béji Caïed Essebssi et le chef du gouvernement Habib Essid.

Le premier, en vieux renard de la politique, a jeté sa «proposition» de gouvernement d’union nationale, comme un appât. Il verrouille sa proposition, sans en donner nul  détail et tout en laissant une petite porte de sortie à son chef de gouvernement qu’il avait accusé sans le dénoncer.

Le second, un grand commis de l’Etat, qui connaît toutes les arcanes des jeux de pouvoir à l’intérieur de l’Administration. Sans renier le mérite du «père-fondateur» de la seconde République et sans oublier de faire l’apologie de la coopération des deux têtes de l’Etat, il comprenait le jeu de son maître et s’en jouait un peu quelques fois. Il s’avèrera être, en définitive, moins bête que ne le pensaient ceux qui l’avaient logé à La Kasbah sans pour autant lui en donner toutes les clés.

BCE comptait sur un Essid qu’il aurait blessé pour démissionner, sans qu’il ait besoin d’user de la première des deux cartouches auxquelles il avait droit selon l’article 99 de la Constitution. Essid n’est manifestement pas encore prêt à se sacrifier ni à se faire crucifier au nom d’un intérêt de l’Etat qu’il estime, plutôt bien servir, de la manière et au rythme dont il le fait. La partie n’est donc pas encore gagnée, ni pour lui, ni pour BCE. Le seul perdant dans cette nouvelle guerre froide des chefs, c’est le citoyen tunisien qui s’apprête à vivre une nouvelle phase de transition politique.

Hammadi Jbali a démissionné. Ali Larayedh aussi. Habib Essid refuse encore de le faire, au nom du même intérieur supérieur de l’Etat qu’invoque BCE pour essayer de le remplacer. S’il le fait ou si BCE réussit à l’écarter, c’est une nouvelle période d’instabilité politique, d’incertitude économique et de jeu du chat et de la souris social. Les crédits qui devraient être débloqués par le FMI et la BM (Banque Mondiale) seront suspendus dans l’attente de jours meilleurs. Les projets qui devaient repartir, profitant du semblant d’accalmie sociale gagnée par Essid contre 6,5 milliards DT d’augmentations salariales, entreront de nouveau en hibernation. Des dizaines de politicards se remettront à palabrer, à marchander les postes et les fauteuils. Retour donc à la case départ, même si c’est autrement fait.

A choisir donc, entre continuer avec un Essid et son gouvernement qui ont déjà engrangé l’expérience de 18 mois, de tensions sociales entre grandes déculottées et petites réussites, de tentatives de faire quelque chose pour le pays, même sans y arriver toujours et recommencer la même expérience avec de nouveaux inconnus qui ont plus faim que ceux qui les ont précédés, il est plus logique de choisir le statu quo de la continuité. Avec une Ennahdha qui devient plus forte et politiquement plus vorace, ne rien changer reste le meilleur choix.

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