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lundi 6 juillet 2020
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Ce que je crois. Le grand bazar aux portes du pouvoir

Ambiance glauque au parlement, semblable à celle d’une crèche d’enfants indisciplinés en l’absence d’une Supernanny. Samia Abbou demande à Ghannouchi de cesser son discours de Mollah, Saïd Ferjani traite Samia Abbou d’impolie, Mongi Rahoui invite les islamistes à cesser de mentir et Noureddine Bhiri traite Mongi Rahoui du plus grand menteur qu’a connu l’assemblée.

Le Cheikh croyait pouvoir y trouver le respect dû à tout tenant du perchoir, et y exercer son sport favori du consensus qu’il avait malicieusement pratiqué pendant l’ère Béji Caïed Essebssi. Il y découvrira Abir Moussi, comme on découvrirait l’arête d’un poisson qui vous colle à la gorge. Il y côtoiera des députés d’une nouvelle époque, déjà rompus à l’insolence envers tout et tous et qui s’améliorent chaque jour un peu plus. Des députés dans une Assemblée à la colombienne et qui, plus est, ont l’immunité.

Pourtant au perchoir, Ghannouchi mène les négociations pour la constitution du gouvernement. Langue fourchue, le chef du parti islamiste tunisien s’était opposé à Habib Jemli qui voulait incorporer Qalb Tounes. Il s’oppose désormais à Elyes Fakhfakh qui voudrait exclure Qalb Tounes de son gouvernement. Qalb Tounes était son ennemi juré, le grand corrompu. Il est désormais celui sans qui rien ne se fera.

Son parti avait refusé, pendant l’ancienne législature, en 2016, le projet d’amendement du règlement intérieur de l’ARP pour un perchoir annuellement tournant. C’est la même Ennahdha qui l’introduisait elle-même et le fait voter en commission en 2020.

Ainsi va la politique dans cette démocratie à la tunisienne.

  • Ambiance de fous à Carthage

Ambiance de fous à Carthage. Un chef d’Etat sans programme, comme un lion dans une cage, à ne pas pouvoir concrétiser son «idée» d’un nouveau type de pouvoir, où celui-ci reste phagocyté par une dizaine de groupes parlementaires et deux têtes d’un même Exécutif. Personne n’y est content et nul ne peut en changer quoi que ce soit, comme dans ce jeu d’enfants  du «Je te tiens, Tu me tiens, Par la barbichette, Le premier De nous deux Qui rira Aura une tapette !».

Un chef d’Etat qui démet, sans aucune explication, même ses frères d’armes, rappelle deux ambassadeurs (France et ONU), sans en parler ou en s’en expliquant par un communiqué que signe, non son porte-parole (il n’en a pas), mais l’agence de presse qui prêche son indépendance du pouvoir en place. Un chef d’Etat qui rate Berlin, Davos et Addis-Abeba, chamboulant toutes les notions acquises en matière de diplomatie économique et diplomatie tout court. Un chef d’Etat enfin, qui devient partie prenante, et même plus, dans la constitution du gouvernement, mettant à mal le principe de l’indépendance des pouvoirs dans le drôle de régime parlementaire où il s’est retrouvé. Celui d’Elyes Fakhfakh est son gouvernement. Il le nie, et c’est pourtant à lui que le préposé au poste de chef de gouvernement rend compte et qu’il consulte plus que les partis politiques concernés.

Ainsi va la politique dans cette démocratie à la tunisienne.

  • Ambiance Schizo à Dar Dhiafa

Ambiance schizophrénique et d’anosognosie à Dar Dhiafa, où tente de se former le premier gouvernement de l’ère Kais Saïed. Le nominé Elyes Fakhfakh assure qu’il tient sa légitimité de celle du chef de l’Etat, et ce dernier s’en défend. Il persiste et signe et se rend presque plus souvent à Carthage que chez lui à Carthage bis (Palais Dar Dhiafa, mitoyen de celui de Carthage).

Il détermine, unilatéralement, qui sera à ses côtés et qui devra faire l’opposition au Bardo. Il s’oppose à Ghannouchi, et va pourtant le voir partout où le Cheikh veut, au Bardo ou proprement chez lui, pour discuter de choses de l’Etat.

Détaché de la réalité du terrain, celle d’un régime semi-parlementaire où personne ne règne et tout le monde gouverne, il refuse le second parti de la place, selon les chiffres des législatives qu’est Qalb Tounes, reçoit à bras ouverts la ligue de protection de la révolution, et refuse d’imprimer à son prochain gouvernement le souffle révolutionnaire que voudraient Imed Dghij et Seifeddine Makhlouf. Et alors que toutes les priorités du prochain gouvernement sont économiques et financières, il compterait livrer l’économie aux mains de politiciens qui ont déjà été incapables de faire une bonne politique, avant de disparaître des radars des élections. L’homme est manifestement, politiquement schizophrène, et non conscient de son état, comme un politique atteint d’anosognosie .

Ainsi va la politique dans cette démocratie à la tunisienne.

  • Ambiance «lâche-moi les baskets» à la Kasbah

A la Kasbah, dernier antre du pouvoir, c’est un gouvernement sortant qu’on ne laisse pas sortir. Des ministres qui discutent de projets de loi dont ils ne seront plus redevables. Ils gèrent les affaires courantes et qu’on critique volontiers pour ce qui n’est pas fait. Et aussi, un chef de gouvernement qui en a marre et voudrait quitter, qui le dit franchement et qu’un membre d’Ennahdha prend comme alibi pour justifier son vote à Fakhfakh, juste pour écourter son passage.

Et lorsqu’il inaugure un projet ou prend une décision sportive, mal lui en est pris. Il dirige un gouvernement de 27 ministères, dont cinq sont dirigés par un intérimaire. Et pourtant ça tourne. Ça tourne à la va-comme-je-te-pousse. Ils sont là, presqu’à contrecœur, et cela ne semble déranger personne.

Ainsi va la politique dans cette démocratie à la tunisienne.

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