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Tunisie : Qui gouverne au sommet de l’Etat ?

Comme tout le monde s’y attendait, la scène politique tunisienne n’arrête pas de changer. Après la désintégration de Nidaa Tounes, voici Ennahdha qui fait campagne pour essayer de faire croire qu’elle a renié son référentiel islamiste des Frères musulmans et qu’elle devient un parti presque laïc. Et ce n’est pas encore fini. Voilà, en effet, l’UPL de Slim Riahi qui renvoie deux de ses membres et pense à s’accoquiner avec Al Moubadara de Kamel Morjane.  Mohsen Marzouk, le pestiféré de Nidaa Tounes, se demande, quant à lui,  pourquoi le visa de son parti-Clé tarde à venir. Juste avant les élections, ils étaient 115 partis, dont 97 avaient présenté des listes. Et voici qu’une nouvelle entité politique frappe au portillon. Il s’agit du Parti Démocratique, présenté la semaine dernière en conférence de presse par son SG Ilyès Mzoughi. Tout cela, alors que les anciens Destouriens font plus de tapage que de sorties médiatiques et n’arrivent toujours pas à s’organiser en parti, ni singulier ni pluriel.

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Dans l’antre du pouvoir, ce sont pourtant sept formations qui gèrent, de façon désordonnée, au gré parfois des simples humeurs du jour de leurs leaders, les affaires de l’Etat. L’ARP, une Assemblée des Représentants du Peuple, encore adepte du nomadisme parlementaire et où les députés viennent même quelques fois en simple touristes.

Le schisme le plus marquant, dans cette arène d’un pouvoir que les Députés défendent, bec et ongles et s’il le faut, toutes griffes dehors, restera cependant celui qui a dépecé  en deux le parti vainqueur des élections de 2014. Une division qui s’approfondit chaque jour plus, jusqu’à renverser complètement le pouvoir et induire des résultats en totale contradiction avec les résultats officiels de ces élections. Désormais, c’est Ennahdha qui dispose du plus grand groupe parlementaire à l’ARP. Le parti islamiste dispose, en effet, de 69 sièges, contre 56 pour Nidaa Tounes. Derrière, une kyrielle de formations politiques dont le seul ciment est d’être anti-Nahdha et anti-Nidaa Tounes à la fois, sans pour autant que cela parvienne à cimenter toute l’opposition. Une opposition qui s’oppose contre tout et rien, accusant FMI, Banque Mondiale, les Américains et tout l’Occident s’il le faut, d’être l’instigateur des réformes que voudrait introduire le chef du gouvernement.

Le résultat de toute cette confusion politique est que le parti qui avait été élu pour gouverner ne le peut plus. Cela, d’autant moins  que le chef du gouvernement qu’il avait pourtant choisi et présenté au vote de confiance à l’ARP, n’est ni un politicien, ni un technocrate, ni un apolitique, ni un politicien  partisan. Essid gouverne, en effet, selon un programme qui n’est celui d’aucun parti et encore moins de Nidaa Tounes. Un programme qui est le sien et qu’il tente de faire appliquer par un attelage  gouvernemental issu de partis politiques qui défendent des programmes parfois différents.

Un gouvernement qu’Ennahdha dit soutenir, dans un complet dédain du pouvoir que lui confère sa majorité parlementaire, mais qui n’arrive que très difficilement et au prix d’interminables palabres, à faire passer les projets de loi qui concrétiseraient le programme du chef du gouvernement.

De l’autre côté de la barrière de l’exécutif, c’est un chef de l’Etat constitutionnellement dénué de toute l’aura et du pouvoir attachés à un chef de l’Etat comme le voudrait un peuple qui le prend pour ce qu’il n’est pas. Un Béji Caïed Essebssi qui n’a plus que les affaires étrangères à gérer, une niche de pouvoir qui échappe désormais à tout le monde, y compris à lui-même, pour cause de  conjoncture internationale et régionale complexe. Un chef d’Etat qui n’a aucun pouvoir sur le vrai exécutif qui est entre les mains d’Essid, lui-même poings et  mains liés face à une ARP complètement disloquée et au pouvoir disproportionné.

Tout cela, sans oublier le pouvoir de l’UGTT qui se veut partenaire dans le ménage politique tunisien,  use et abuse pour ce faire du droit de grève. Mais il y a aussi la corporation des avocats, la République des juges et l’épée de Damoclès d’une société civile aussi hétéroclite que financièrement puissante.

Ce sont tous ceux-là et personne d’autre qui gouvernent la Tunisie de ladite révolution, chacun selon son agenda et chacun à son rythme. On n’est pas sorti de l’auberge dans la Tunisie de l’après Ben Ali !

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